Passer au contenu principal

Le couple de militantes qui change le fric en blé

Murielle Lasserre et Marie-Jo Aeby ont lancé la première monnaie locale vaudoise, l’Épi.

Initiatrices de l'Epi, la première monnaie locale vaudoise, Murielle Lasserre (à g.) et Marie-Jo-Aeby se sont toujours battues pour des grandes causes.
Initiatrices de l'Epi, la première monnaie locale vaudoise, Murielle Lasserre (à g.) et Marie-Jo-Aeby se sont toujours battues pour des grandes causes.
Vanessa Cardoso

Deux ans et quatre mois. C’est le temps écoulé entre le moment où Murielle Lasserre et Marie-Jo Aeby ont découvert le film «Demain» et l’instant où elles ont mis en circulation les billets de l’Épi, première monnaie locale vaudoise. Une sacrée performance, révélatrice de l’implication et de la ténacité de ce couple de retraitées ayant déjà vécu plusieurs vies.

«En sortant de la séance, on s’est dit: et nous? On fait quoi pour améliorer les choses? La monnaie locale nous a semblé être la petite graine la plus porteuse», se souvient Marie-Jo Aeby. Il faut dire que chez les deux femmes, le terreau était fertile. Bien avant de se rencontrer, elles ont cultivé chacune de leur côté de véritables âmes de militantes: contre le nucléaire, contre la guerre au Vietnam ou au cœur des mouvements non violents. La vingtaine à l’époque, elles ont épousé les grandes causes des années septante.

Cette attention à l’autre a poussé Marie-Jo Aeby à se former comme travailleuse sociale, Murielle Lasserre comme médecin généraliste. Toutes deux se sont mariées et ont fondé des familles.

Une première vie de vingt ans

Vingt ans de vie conjugale traditionnelle se sont ainsi écoulés. Du côté de Fribourg pour Marie-Jo Aeby, qui a eu droit à une certaine médiatisation en ouvrant successivement avec son mari Jean Bindschedler le Théâtre des Marionnettes de Fribourg, puis le Musée suisse de la marionnette. À Orbe pour Murielle Lasserre, comme médecin de campagne aux côtés de son mari, médecin également, feu Bernard Lasserre. «Du temps où nous étions des sortes d’artisans traitant les gens avec du bon sens», commente- t-elle. Mais le passage de la quarantaine a réveillé leur identité profonde. «Même si c’est très difficile à vivre, il y a un moment où il faut arrêter de jouer la comédie», explique Murielle Lasserre de sa voix douce.

Coup de pouce du destin

Alors que leurs vies de couples avaient fait leur temps, le destin les a assises l’une à côté de l’autre lors d’une soirée militante consacrée à la pétition «Les mêmes droits pour les couples de même sexe». Tout un symbole. C’était il y a vingt-cinq ans et les deux se sont bien trouvées. «On est très complémentaires, constate Marie-Jo Aeby. Elle est ordrée et je laisse tout traîner. Résultat, on s’engueule!» Sa compagne se marre: «Je suis hypersensible, tout me touche très fort. Dans ma pratique de médecin, j’ai dû apprendre à mettre des filtres. Mais avec l’âge, ils deviennent un peu usés.»

Si leurs caractères les différencient – Marie-Jo intériorise beaucoup les choses alors que Murielle les exprime par la parole –, leurs sens de l’humour et leurs convictions les rapprochent. Comme, par exemple, la cause environnementale. «Entre les deux, nous avons onze petits-enfants. Nous aimerions qu’ils aient un avenir vivable», explique la première. «Si on attend que les politiques se bougent, on va droit dans le mur. C’est aux citoyens de les secouer», assure la seconde, remontée comme à 20 ans alors qu’elle vient de passer le cap de la septantaine.

Leur appartement entouré de champs au cœur du Gros-de-Vaud leur sert de base. Dans leur grand salon, elles réunissent le comité de l’association de l’Épi pour étudier les prochaines étapes: l’implantation de la monnaie dans la région de Cossonay-La Sarraz et un futur spectacle de cabaret dont le titre est déjà connu. «Ce sera «L’argent des gens». Car cette monnaie locale, nous devons maintenant la faire vivre et prospérer. Il reste beaucoup à faire.»

C’est dans ce salon qu’elles avaient aussi préparé leurs trois précédents «grands projets communs». D’abord la création d’un théâtre d’ombres à Orbe, puis le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle depuis Constance qu’elles ont effectué sur trois ans. Et enfin, un concert – spectacle intitulé «À l’ombre de Paris» dans lequel Marie-Jo chantait des chansons de jazz francophone des années 30 à 50. On fait remarquer la double présence de l’ombre. «Ce n’est pas un hasard, répond Marie-Jo Aeby. L’ombre m’interroge beaucoup. Elle dit beaucoup de choses sans les dire vraiment. D’ailleurs, en sortant du théâtre d’ombres, des spectateurs nous félicitaient pour les belles couleurs. Alors que tout était en noir et blanc…» Enfin, c’est aussi dans ce salon qu’elles préparent leurs prochaines vacances en voilier ou en caravane. «On aime voyager, mais pas trop loin. On va dans des régions où la langue nous permet d’échanger avec les habitants», explique Murielle Lasserre en caressant la tête de leur fidèle compagnon de voyage, leur chien Barry, un lagotto blanc.

La légende du colibri

Si la mise en circulation des premiers billets de l’Épi a déjà fait taire certaines mauvaises langues, d’autres estiment toujours que ces deux utopistes brassent de l’air. Elles n’en ont cure. D’abord parce que la vie leur a appris à ne pas tenir compte des remarques négatives, mais surtout parce qu’elles ont fait de la légende du colibri leur guide de vie. «C’est une légende amérindienne que raconte le spécialiste de l’agroécologie Pierre Rabhi, explique Marie-Jo Aeby. Un jour, un incendie ravage une forêt. Tous les animaux s’enfuient, mais un colibri arrose les flammes avec quelques petites gouttes qu’il prend dans son bec. Alors que les autres animaux lui font remarquer que ses efforts sont vains, il répond: je sais, mais je fais ma part!» En créant la première monnaie locale vaudoise, les deux retraitées ont fait la leur.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.