Il crée un profil internet pour provoquer le viol d'une amie

ProcèsLa vengeance concoctée en 2017 par un jeune homme a été déjouée in extremis alors que sa victime était déjà aux prises avec un agresseur

Le Tribunal correctionnel de La Côte, à Nyon, juge depuis mercredi un jeune homme qui avait orchestré une incroyable machination pour se venger d'une amie.

Le Tribunal correctionnel de La Côte, à Nyon, juge depuis mercredi un jeune homme qui avait orchestré une incroyable machination pour se venger d'une amie. Image: Jean-Paul Maeder

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«Je sortais de la gare pour rentrer à la maison. Un type m’a sauté dessus par-derrière. Il a posé sa main sur ma bouche, m’a saisie au cou et m’a frappée. Comme je me débattais, il a dit qu’il s’était trompé de personne. Mais il est revenu à la charge, m’a demandé si j’étais bien moi en prononçant mon nom. Par peur, j’ai dit non. Il a insisté, m’a montré une photo de moi qu’il avait sur son téléphone. Je n’en croyais pas mes yeux.» Annie* sursaute lorsqu’elle constate que cette image a été faite ce même après-midi de mai 2017 où elle était aux Bains de Lavey avec Jérôme* et son amie… et que c’est Jérôme qui l’a prise.

«Ce que tu m’as fait, ce n’est pas humain»

Son agresseur s’est rendu compte de la méprise. Il n’a pas été inquiété. On ne pouvait paradoxalement rien lui reprocher. C’est Jérôme qui est le seul coupable. Incarcéré depuis les faits, il a tout avoué. Il avait orchestré une machination qui fait froid dans le dos. Ce jeune homme d’une vingtaine d’années répond depuis mercredi devant le Tribunal correctionnel de Nyon de tentative de séquestration et d’enlèvement, de tentative de viol et de pornographie. Annie a eu le courage de soutenir son regard à l’audience, mais elle ne peut toujours pas accepter ses excuses: «Ce que tu m’as fait, ce n’est pas humain.»

Ce n’était pas un jeu imbécile, mais une vengeance, consécutive à un «conflit mineur» selon l’expression de l’accusé. Diagnostiqué autiste, mais apparemment en pleine possession de ses moyens devant les juges, Jérôme invoque une vague contrariété résultant du refus d’obtenir un prêt de 19 fr. 90 pour acheter une maquette convoitée dans un magasin à Lausanne. Mais il admet qu’Annie, une fille qu’il connaît depuis l’école obligatoire et pour laquelle il éprouvait des sentiments amoureux, a servi de bouc émissaire à une frustration plus vaste – «Je n’aimais pas le garçon qu’elle fréquentait car c’était mauvais pour sa santé.»

Passage à l’acte

Jérôme se rend sur un site de rencontres sexuelles, où il crée un compte au nom d’Annie. Il introduit les données personnelles de la demoiselle, ainsi que son numéro de téléphone portable. Plusieurs personnes la contacteront à la suite de cette publication. Pour s’en débarrasser, elle changera à trois reprises de numéro, mais il les connaît, les met à jour au fur et à mesure. Il finira tout de même par supprimer ce compte. Sans pour autant cesser de mettre fin à ses agissements, bien au contraire.

Il crée ainsi deux adresses e-mail et deux profils Facebook au nom d’Annie. Et se rend par ailleurs sur un site sadomasochiste pour y ouvrir un compte en se faisant passer pour elle. Un compte où il indique qu’elle a pour fantasme d’être kidnappée et violée. Deux hommes au moins répondent à ce souhait. Jérôme transmet à l’un d’eux non seulement des photos de sa victime, mais il indique aussi le lieu et l’heure où il peut la rencontrer et discute avec cet inconnu de la réalisation du fantasme. On connaît la suite.

Que faire de lui?

Que faire de Jérôme? La question est d’autant plus préoccupante que l’intéressé a d’autres méfaits de nature sexuelle à se reprocher, non des moindres. Les enquêteurs ont trouvé dans son ordinateur des centaines de fichiers image et vidéo à caractère pédopornographique, dont certains, des mangas, représentaient des actes d’ordre sexuel non effectifs avec des mineurs. L’accusé explique avoir chargé des fichiers par curiosité, à une période où il avait des problèmes personnels importants. Interrogé sur le regard qu’il porte maintenant sur cela, il répond que ces images lui donnent aujourd’hui envie de vomir. Et puis il y a autre chose encore, cette obsession du ligotage qui le hante depuis plus de dix ans et s’exprime par des photos d’enfants sur lesquelles il dessine des liens au stylo.

Pour ce jeune homme qui résidait en appartement protégé, l’expert psychiatre témoigne d’une extrême prudence. «J’ai l'impression que l’incarcération a eu un effet positif sur lui, observe-t-il tout de même. Cela l’a amené à prendre conscience de ses actes dont il était loin à l’époque de se rendre compte de la dimension judiciaire et pénale.» Si la Cour suit son avis, une prise en charge psychiatrique dans un foyer conjointement à la poursuite d’un traitement de neuroleptiques censé diminuer les pulsions sexuelles serait adéquate. Ainsi qu’une étroite surveillance de son utilisation d’internet dont ce garçon, qui se présente comme journaliste, est un utilisateur compulsif. Il a par exemple créé sa propre chaîne sur YouTube où ses propos ne lui valent pas que des amis.

La procureure Marjorie Moret a requis qu’il soit condamné à 2 ans de prison, et surtout astreint à un traitement psy en milieu fermé. La défense, par la voix de Me Baptiste Viredaz, considère qu’il faut et il suffit de le soigner en milieu ouvert et de lui rendre immédiatement sa liberté. Verdict dans quelques jours.

* Prénoms d’emprunt

Créé: 09.01.2019, 19h26

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