Moins de crimes dans la rue, plus sur le net

La criminalité est en baisse. Mais la part des escroqueries sur le net a triplé. Les polices romandes préparent la riposte.

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Il y a pourtant de bonnes nouvelles. Et même de très bonnes. Pour la quatrième année d’affilée, la criminalité est en baisse dans le canton de Vaud. En 2016, ce sont très exactement 54 548 infractions au Code pénal qui ont été enregistrées, en diminution de 6,5% par rapport à 2015. «C’est un tiers de moins en trois ans», s’est réjouie Béatrice Métraux, conseillère d’Etat en charge du Département des Institutions et de la Sécurité (DIS). C’est également mieux qu’au niveau suisse, la criminalité ne reculant «que» de 4,1% (lire ci-contre). Encore mieux: en terre vaudoise, les chiffres 2016 sont les meilleurs depuis 2009, année de création de la statistique harmonisée.

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Une autre bonne nouvelle? L’opération «Strada», qui fait la chasse aux dealers en les soumettant à une pression constante depuis plusieurs années, porte ses fruits. «Sur la commune de Bex, la problématique du deal de rues est réglée», n’hésite pas à lancer Jacques Antenen, commandant de la police cantonale vaudoise, ajoutant que «la pression sur les trafiquants doit être maintenue».

Au chapitre des autres bonnes raisons de se réjouir présentées lundi matin, lors du traditionnel bilan de la criminalité dans le canton, on pourrait aussi citer la diminution des homicides (de 7 à 6), des infractions contre le patrimoine (-9%), des vols (-10%), des cambriolages (-4,6%), des dommages à la propriété (-2%) ou encore des vols de véhicules (-22%). L’embellie persistante concerne également Lausanne, dont le titre peu envié de «ville la moins sûre du pays», décerné en 2013, n’est plus qu’un mauvais souvenir.

Pas de triomphalisme

Seulement voilà. A l’heure du bilan, aucun triomphalisme. Pas de hourra mais, à la place, une retenue qui étonne un peu. La faute peut-être à certaines statistiques moins flamboyantes, telles que les infractions à la loi sur les stupéfiants (+8%) ou à celle sur les étrangers (+16%), ou à des chiffres qui n’évoluent pas d’année en année, les violences domestiques en tête.

En cause, plus probablement, une menace toujours plus marquée: la cybercriminalité. En sept ans, par exemple, la part informatique dans les escroqueries a triplé. «Aujourd’hui, plus de 60% des escroqueries sont commises sur Internet», précise encore Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale.

Au hit-parade de ces arnaques: les petites annonces pour la vente ou la location d’un appartement et tous ces autres «bons plans», bien trop beaux pour être honnêtes. «L’arrivée de la cybercriminalité et de ces escroqueries est assez inquiétante et il s’agit d’un phénomène vicieux. L’auteur, qui peut se trouver dans n’importe quel pays, attaque une personne à l’autre bout du monde grâce à des serveurs disséminés encore à d’autres endroits de la planète. La poursuite pénale s’avère alors très compliquée. Avec l’avènement du tout numérique, il s’agit d’une des missions de police qui a le plus évolué ces dernières années. Beaucoup de gens ont délaissé une criminalité classique et opèrent désormais en ligne. C’est là que sont les enjeux», ajoute Jacques Antenen.

Pour se préparer à affronter ces nouvelles menaces, que Béatrice Métraux surnomme «criminalité 2.0», les forces de l’ordre courent deux lièvres à la fois: pour le grand public, de vastes campagnes d’information et de sensibilisation sont régulièrement lancées. Et, pour leurs agents, l’accent est mis sur la formation. «Il faut former l’ensemble de nos policiers à ces thématiques. Un module de la formation de Savatan est d’ailleurs dédié à la question. Les policiers doivent pouvoir être au courant et être capables d’identifier et de contrer les arnaques. Ils doivent, eux aussi, être porteurs du message: sur Internet, attention danger!» indique Béatrice Métraux.

Si les campagnes de prévention sont très visibles et que la formation des agents à ces nouvelles formes de criminalité tombe sous le sens, il existe une autre voie, plus souterraine, qu’ont choisi de suivre les autorités dans ce dossier.

A l’affût des traces numériques

Depuis le début de l’année, une dizaine d’agents sont regroupés au sein d’une brigade d’analyse des traces numériques. Leur mission? «Prioriser et savoir traiter les affaires qui comportent une dimension numérique», explique Alexandre Girod, chef de la police de sûreté.

Informatique, transports publics, téléphone portable, cartes de crédit… les marques numériques que l’on laisse derrière soi s’allongent jour après jour. «Une petite partie de la brigade pourrait ainsi se spécialiser dans les traces laissées sur la messagerie en ligne de type WhatsApp. Une autre s’attellerait à traquer les détournements de fonds, qui ont parfois lieu durant des campagnes de financement participatif», poursuit le responsable. Le véritable cahier des charges de cette équipe de superflics numérique est actuellement en cours d’élaboration à Berne. «De la même façon qu’il existe des éléments constitutifs d’un viol, la Confédération est en train de préparer le même genre de document de référence pour tout ce qui touche au numérique. Il s’agira d’une liste où seront détaillés tous les crimes numériques possibles, à l’image du phishing (ndlr: le hameçonnage, technique employée pour mettre la main sur des données sensibles: mot de passe, données personnelles…).

Enquêtes sur le Dark Net

Conscient du niveau de sophistication que peuvent prendre ces attaques informatiques, le chef de la police de sûreté entend mettre toutes les chances du côté des forces de l’ordre pour pouvoir y répondre. «Nous engagerons les personnes les plus compétentes possibles, à l’EPFL, à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton ou encore à l’école des sciences criminelles. Mais nous travaillerons également avec les personnes compétentes réparties au sein des différentes polices romandes. Le but étant de travailler en réseau pour pouvoir monter une task force intercantonale le plus rapidement possible.» Dans le cadre d’un concordat romand, les cantons de Vaud et de Genève ont été les deux pôles définis dans le cadre de ce projet.

Dans son travail, cette brigade sera également amenée à écumer le Dark Net, cette partie du Web où les sites échappent à tout référencement. Pédophiles, mafieux, trafiquants en tous genres et autres dissidents, ils sont des milliers à sonder les méandres du Net. «Il y a des investigations qui peuvent nous amener à faire des contrôles sur cette partie de la Toile», répond Alexandre Girod, qui n’en dira pas plus.

Créé: 27.03.2017, 21h48

45 homicides en Suisse en 2015

En Suisse, les infractions au Code pénal ont représenté 78,9% des infractions en 2016. Elles ont baissé de 4,1% par rapport à 2015 et atteignent leur niveau le plus bas depuis 2009. Diminution, aussi, des infractions aux lois sur les étrangers (-0,7%) et sur les stupéfiants (-3,3%). Les infractions à la circulation routière ne sont pas prises en compte dans cette statistique.

Cambriolages Baisse de 11% par rapport à 2015. 127 vols par effraction et par introduction clandestine ont été enregistrés en moyenne chaque jour, contre 201 en 2012, une année record. La tendance est aussi à la baisse pour d’autres types de vols.

Violence grave Avec 1407 infractions dénoncées, ces cas ont augmenté de 3,6%. Il y a notamment eu 45 homicides consommés et 187 tentatives, 573 cas de lésions corporelles graves et 588 viols (+10,5%). La violence domestique a entraîné la mort de 19 personnes – dont 18 femmes.

Calomnies, injures et diffamations En hausse, respectivement de 16%, 5% et 4% entre 2015 et 2016. Les infractions de calomnie ont doublé depuis 2009.

Taux d’élucidation Il se situe à 98,3% pour les homicides (y compris les tentatives). Pour les infractions contre le patrimoine, il est de 21,4%.

Comparaison Les vols par effraction et introduction clandestine sont les plus fréquents dans les cantons de Genève et Vaud (9,4 et 9,3 infractions pour 1000 habitants, contre 1,5 à Appenzell Rhodes-Intérieures et une moyenne nationale de 5,6). Les infractions de violence sont les plus nombreuses à Bâle-Ville (13,1 pour mille habitants), Neuchâtel (8,5) et Genève (7,9), pour une moyenne nationale de 5,2. Cette valeur est de 2 pour mille à Appenzell Rhodes-Intérieures.

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