Après la crise, la refonte de la Haute École de musique

FormationLes principaux bailleurs de fonds de la Haute École de musique relèvent son directeur général de ses fonctions et mettent l’institution et son conseil de fondation sous tutelle.

Cesla Amarelle et Jean-Pierre Siggen, ministres vaudoise et fribourgeois, ont annoncé les mesures prises par les cantons et la Ville de Lausanne. 
Recadrage 
Cesla Amarelle et Jean-Pierre Siggen, ministres vaudoise et fribourgeois, ont annoncé les mesures prises par les cantons et la Ville de Lausanne.

Cesla Amarelle et Jean-Pierre Siggen, ministres vaudoise et fribourgeois, ont annoncé les mesures prises par les cantons et la Ville de Lausanne. Recadrage Cesla Amarelle et Jean-Pierre Siggen, ministres vaudoise et fribourgeois, ont annoncé les mesures prises par les cantons et la Ville de Lausanne. Image: Keystone

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L’annonce faite par la conseillère d’État Cesla Amarelle jeudi matin, devant quelque 150 professeurs de la Haute École de musique Vaud-Valais-Fribourg (HEMU-CL) venus initialement écouter les résultats de l’audit externe lancé en novembre 2017, a été accueillie par des applaudissements nourris. La ministre en charge de la Formation et de la Culture révélait les décisions coup de poing prises par les autorités des trois cantons et de la Ville de Lausanne, principaux bailleurs de fonds de la HEMU. Tout d’abord, la mise à pied immédiate du directeur général, Hervé Klopfenstein, dont le management avait été qualifié de «dictatorial» par une dizaine de collaborateurs dans nos colonnes l’automne passé. Il bénéficiera d’un «congé scientifique», prévu dans la loi vaudoise sur les hautes écoles de type HES, pour envisager la suite de sa carrière. Il n’exerce désormais plus aucune responsabilité au sein de l’institution.


Edito: À fondation privée, mission publique


Une refonte totale imposée

Les autorités ont aussi mis en place une tutelle d’État. Barbara Vauthey, cheffe du Service des affaires universitaires à la Direction de l’instruction publique, de la culture et du sport du Canton de Fribourg, préside dès maintenant la conduite opérationnelle de l’institution (soit le conseil des directeurs).

Dominique Arlettaz, ancien recteur de l’Université de Lausanne, est chargé d’opérer une refonte fondamentale de la HEMU et de son conseil de fondation d’ici à l’été. «Son président, Nicolas Gillard, est personnellement et individuellement concerné par cette demande de changement», a souligné Cesla Amarelle. Ces mesures vont au-delà des recommandations de l’auditeur externe, Dominique Alain Freymond (Alderus Consulting), dans son rapport rendu le 26 février aux autorités et présenté jeudi aux professeurs (lire encadré). Cet expert avait été mandaté par le conseil de fondation pour établir un diagnostic de la gouvernance, de l’organisation et du fonctionnement de la HEMU, sous la surveillance d’un comité de suivi des autorités. Durant trois mois, 46 entretiens ont été menés. La moitié du personnel enseignant et de recherche, ainsi que 80% de l’administration et de la technique ont été sondés via un questionnaire. Le rapport d’audit préconise de ne pas se séparer du directeur général avant la fin de son mandat, en décembre 2018, et indique qu’il n’y a pas de «situation de grave crise» à la HEMU. Mais il parle de «torts partagés» et estime qu’il faut rapidement trouver un successeur à Hervé Klopfenstein. Les autorités disent tout le contraire et relèvent que la situation au sein de la HEMU est à «considérer comme une crise», qui comporte des «risques académiques». Le poste de directeur général doit être redéfini – une mise au concours devrait pouvoir intervenir cet été.

«C’était le moment de réagir avant que des choses qui avaient été construites commencent à se décomposer»

Pourquoi ce camouflet? «Ce rapport d’audit n’est pas à la hauteur de la crise. Il n’a pas intégré tous les éléments de ces dernières semaines», justifie Cesla Amarelle. Pour rappel, sept démissions, dont celle de Béatrice Zawodnik, directrice du site de Lausanne depuis 2013, ont été annoncées à fin février. Ces départs, ajoutés aux vingt autres durant ces deux dernières années et au fait que les autorités aient appris la plupart de ces démissions par voie de presse, ont précipité les décisions politiques. Le rapport prévoyait aussi que la direction ad interim du conseil des directeurs soit confiée à Mathieu Fleury, directeur administratif depuis octobre 2016. En nommant Barbara Vauthey à sa place, les autorités montrent une certaine défiance envers l’intéressé. Ce conseil sera notamment responsable de rediscuter avec les récents démissionnaires. «Plusieurs personnes ont souhaité publiquement que Mme Zawodnik reste, indique Barbara Vauthey. C’était le moment de réagir avant que des choses qui avaient été construites commencent à se décomposer.»

Déficit de 750 000 francs

Ce n’est pas tout. La nouvelle présidente devra aussi se pencher sur les comptes de l’institution et opérer une clarification financière. En effet, dans le rapport d’activité 2016, on note un «trou» de 750 000 francs. La fluctuation du nombre d’étudiants et certains projets lancés avant d’en garantir le financement en seraient la cause, selon les explications du conseil de fondation.

De son côté, Dominique Arlettaz définira «quelles décisions doivent être prises par qui». Il reconnaît que le conseil de fondation de droit privé est souverain, «mais cela ne nous empêche pas de poser des questions».

Le Conseil, souverain?

Dans un communiqué, le conseil de fondation prend acte «de la lecture que les autorités politiques ont de la situation». Malgré tout, Nicolas Gillard indique que «le conseil de fondation peut se positionner autrement que ce qui est requis par les autorités politiques. Nous sommes tous visés par la demande et nous souhaitons nous déterminer à tête reposée». Une réunion est prévue lundi. Restera-t-il président? «Si le conseil estime que la réforme exigée par les autorités politiques va dans le même sens que ce que nous envisagions, je n’exclus pas d’accompagner ce processus», répond-il. Rencontré mercredi, avant l’annonce de sa mise à l’écart, Hervé Klopfenstein a exprimé des regrets: «Si j’ai pu tenir des propos qui ont blessé des collaborateurs, je présente mes excuses.» Il s’estime «lavé de graves accusations» par le rapport d’audit. (24 heures)

Créé: 08.03.2018, 22h14

Des liens personnels à clarifier

Les dix recommandations de l’audit paraissent peu contraignantes par rapport aux observations assez dures qu’on y trouve. Hervé Klopfenstein y est qualifié de «charismatique» mais «parfois aussi manipulateur»; il aurait aussi blessé des personnes «par des propos désobligeants, voire plus». L’expert estime pourtant que ce que le chef d’orchestre a fait pour la bonne réputation de la HEMU suffit à justifier qu’on le maintienne à son poste.

Un paragraphe fait état d’«accusations de népotisme ou de manipulations des nominations». Deux précédentes épouses du directeur général et son épouse actuelle travaillent à la HEMU. Des accusations infondées, affirme l’expert: les deux premières ont été nommées avant son accession à la direction, et la titularisation de la troisième «a respecté les procédures». Il admet tout de même qu’«il eut été préférable qu’elle renonce à postuler». Barbara Vauthey, la nouvelle présidente du conseil des directeurs, se penchera notamment sur cette nomination.

L’audit propose de redimensionner le conseil de fondation, mais sans parler de changement à sa tête. De quoi questionner les liens personnels entre l’expert Dominique Alain Freymond et le président Nicolas Gillard, notamment. «La question de l’indépendance de l’auditeur lui a été posée (ndlr: dans le cadre du conseil de fondation) et il a répondu oui, répond Cesla Amarelle. Ce qui compte, c’est que la lecture de la crise par les bailleurs de fonds n’est pas la même que la sienne.» Une porte de sortie a-t-elle été proposée à Nicolas Gillard? «Trois cantons et Lausanne ont pris leurs responsabilités. Il est attendu que le conseil de fondation prenne les siennes.»
C.CO/PH.M.

Et la Fondation culturelle?

Hervé Klopfenstein n’exercera plus de responsabilité au sein de la HEMU-CL. En revanche, il est prévu qu’il intègre la Fondation culturelle HEMU-CL, créée sous sa direction en 2013, à temps partiel au 1er janvier 2019. Dans un communiqué daté du 21 décembre 2017, le conseil de fondation annonçait qu’il en assurerait «la gestion» et celle «des projets qui lui sont associés en marge des écoles» jusqu’en 2023, soit le moment de sa retraite. Dans le même temps, il indiquait que le directeur général ne briguerait pas un nouveau quinquennat à la tête de l’institution.

La volonté des bailleurs de fonds, soit les cantons de Vaud, Valais et Fribourg et la Ville de Lausanne, clairement établie jeudi matin, est de couper tout lien ou toute ambiguïté entre Hervé Klopfenstein et la HEMU. Or cette Fondation culturelle y est intimement liée. Les projets qu’elle développe font appel à des musiciens ou professeurs de l’institution. Seules ses sources de financement, pour la plupart des mécènes privés permettant d’assurer la pérennité des productions, l’éloignent de l’établissement subventionné par les autorités.

Ainsi, malgré sa mise à pied sévère, l’ancien directeur général pourrait-il accéder à ce poste? «Les relations avec les fondations partenaires font partie du travail de réflexion du groupe de travail accompagné par M. Dominique Arlettaz, répond Cesla Amarelle. Il est clair que les parts respectives des fonds publics et privés doivent être clarifiées.»
C.CO

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