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Crises psychiatriques chez les seniors

Le vieillissement de la population s’accompagne d’une multiplication des troubles mentaux. A Lausanne, les effectifs de l’équipe mobile de psychiatrie de l’âge avancé ont quadruplé.

Une infirmière et un psychiatre du CHUV se rendent dans un EMS de Pully auprès d’un résident souffrant de dépression sévère et de troubles du comportement.
Une infirmière et un psychiatre du CHUV se rendent dans un EMS de Pully auprès d’un résident souffrant de dépression sévère et de troubles du comportement.
PATRICK MARTIN

«La patiente, âgée de 83 ans, porte un pacemaker. Elle est très angoissée, distraite, présente des problèmes cognitifs, notamment des pertes de la mémoire. Elle oublie les casseroles sur le feu et a des altercations interminables avec son époux.» Réunie en colloque dans leurs locaux à Cery, l’Equipe mobile de psychiatrie de l’âge avancé (EMPAA) de la région lausannoise passe en revue les cas. Les psychiatres concluent, pour cette octogénaire, que «l’idéal serait un séjour en Centre d’accueil temporaire une fois par semaine et des antidépresseurs pour faire baisser les angoisses».

L’équipe ambulatoire rattachée au Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé (SUPAA) du CHUV enchaîne avec une autre situation complexe: celle d’un nonagénaire atteint d’Alzheimer. L’homme souffre de troubles de l’équilibre et de la compréhension, de problèmes cardiaques et d’un ulcère douloureux. Il ne marche presque plus. «Le patient est très angoissé, tendu, fébrile et méfiant, rapporte l’infirmière qui le visite. Il devient de plus en plus agité et agressif avec sa femme. Le CMS ne sait plus comment gérer ce cas. L’épouse est très protectrice, elle l’aide beaucoup mais je pense qu’elle n’en peut plus. La dernière fois que je l’ai vue, elle était au bord des larmes. Comme elle culpabilise, elle n’est pas prête à le voir partir en séjour hospitalier ou en EMS. Je lui ai dit que ce n’était plus possible.» Les spécialistes optent finalement pour une hospitalisation assortie d’un suivi à domicile après le retour.

Toujours plus de demandes

Le vieillissement de la population n’a pas que des conséquences sur la santé physique. Les seniors présentent de plus en plus souvent des troubles psychiques. Des cas complexes, difficiles à gérer pour les généralistes, les employés des CMS ou les proches. Sans suivi psychiatrique adapté, ces situations aboutissent souvent à une hospitalisation d’urgence. Pour éviter ces dernières et améliorer l’accès aux soins, le Canton de Vaud développe depuis 2004 le suivi ambulatoire.

Les Equipes mobiles de psychiatrie de l’âge avancé sillonnent quotidiennement le nord de territoire, l’ouest et la région lausannoise, se rendant au domicile des personnes âgées ou en EMS. «Nous appliquons le principe de proximité en amenant les soins psychiatriques au plus près des gens qui en ont besoin», résume la Dresse Montserrat Mendez, médecin associé au SUPAA.

Voilà plusieurs années que l’équipe couvrant la région lausannoise, active depuis 2004, est dépassée par la demande. En mai dernier, ses effectifs ont quadruplé. Quatre tandems constitués d’une infirmière et d’un psychiatre sont désormais au front.

Ces binômes interviennent lors de situation de crise, généralement sur demande des médecins traitants, dans un délai de 12 à 24 heures pendant les jours ouvrables. Les spécialistes posent un diagnostic, instaurent ou ajustent un traitement et coordonnent le réseau de soins.

«Le but est le maintien à domicile, pour autant qu’il n’y ait pas de mise en danger du patient lui-même et de ses proches», précise la Dresse Mendez. Si la prise en charge à domicile n’est plus possible, l’évaluation clinique permet d’opter, par exemple, pour une hospitalisation forcée, un court séjour en EMS, l’admission dans un Centre d’accueil temporaire (CAT) ou dans un hôpital de jour, l’intervention du CMS…

Angoisses et solitude

Pour le dernier cas abordé en colloque lors de notre venue, le dispositif n’est pas encore arrêté. Le patient, mélancolique et délirant, ne sort plus de chez lui. «Le médecin traitant de Monsieur change chaque semaine, détaillent les soignants. Tout va à vau-l’eau car il n’y a aucun suivi. C’est l’infirmière du CMS, inquiète, qui nous a contactés. Il faudra évaluer les risques suicidaires et décider s’il doit être hospitalisé ou aller en hôpital de jour.»

Démence, anxiété, troubles de l’humeur, crises d’angoisse, dépressions sévères… Outre ces pathologies, les équipes observent quotidiennement un autre fléau: la solitude. Un facteur aggravant pour la dépression. «Nous voyons beaucoup de gens isolés, sans famille, rapporte Simone Marquis, infirmière. Il y a des immeubles plein de personnes âgées qui vivent seules dans leur appartement. Certaines errent pendant la nuit dans les couloirs et ce sont les concierges ou les voisins qui donnent l’alarme. On se demande comment elles ont pu vivre si longtemps ainsi.»

L’intervention de l’équipe mobile a porté ses fruits pour Madame F., veuve de longue date. «Il y a quatre mois, elle vivait encore seule, explique l’infirmière en charge du dossier. Maintenant, elle habite chez sa fille. C’est cette dernière qui l’a amenée au CHUV en septembre. La patiente était agitée, avec des idées délirantes. Selon sa fille, elle devenait paranoïaque. Nous l’avons vue toutes les semaines depuis son retour à domicile.» Aujourd’hui, la nonagénaire supporte bien son traitement et les psychiatres ont rassuré la famille.

Moins de psychotropes

«L’expérience vaudoise démontre que l’intervention de crise dans le milieu de vie donne des résultats positifs, rapporte la Dresse Mendez. Le travail des équipes mobiles répond à un besoin clair de la communauté. Il permet un traitement rapide, une diminution des hospitalisations, une stabilisation de pathologies psychiatriques des personnes âgées et une satisfaction importante des soignants de première ligne.» Autre effet démontré: une diminution de la prescription de psychotropes.

Les EMPAA supervisent aussi les employés des EMS, démunis face à des résidents agressifs. «Dans ces situations, le personnel est souvent en souffrance, observe Sara Oliveira, infirmière. Nous leur expliquons la maladie, leur enseignons des techniques comportementales pragmatiques… Les équipes, parfois au bord de l’épuisement, sont soulagées par notre intervention.» La demande de soins psychiques explose dans les établissements médico-sociaux. En 2014, pratiquement un patient du SUPAA sur trois venait d’un home.

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