Les critères pour loger un migrant ont été assouplis

AsileL’EVAM pilote désormais seul le projet d’accueil de migrants à domicile. Une mission pour laquelle il s’est donné les moyens et qui promet des délais d’attente moins longs.

Farhad et Shabnam Ahmadi,deux migrants afghans, entourent la famille Schwaar, chez qui ils vivent depuis le mois de mars.

Farhad et Shabnam Ahmadi,deux migrants afghans, entourent la famille Schwaar, chez qui ils vivent depuis le mois de mars. Image: Odile Meylan

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En devenant la première du pays à accueillir un migrant sous son toit, en avril 2015, une famille de la région morgienne avait fait figure de pionnier suisse. Et avec elle le Canton de Vaud.

Un an plus tard, Vaud joue de nouveau l’instigateur national dans le dossier de l’hébergement des migrants chez des particuliers. Cette fois, en étant le premier à dessaisir l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) de son programme. Auparavant partenaire du projet, l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) a en effet annoncé, mi-avril, qu’il reprenait, seul, le dossier. Raison invoquée: l’OSAR est victime de son succès.

L’organisation le reconnaît du bout des lèvres: elle a été dépassée par la tâche. Ses deux employés à temps partiel gérant les demandes émanant de toute la Suisse ont ainsi rapidement été submergés par les dizaines de requêtes hebdomadaires. Conséquence: certaines familles, désireuses d’accueillir un requérant à domicile, ont parfois dû patienter des mois (lire ci-dessous). Avec le risque de refroidir des enthousiasmes, un risque que l’EVAM a décidé de ne pas courir.

Pour reprendre la main dans un dossier chronophage, l’EVAM a donc mis les moyens. «Conscients du potentiel du projet, nous avons décidé de lui allouer des ressources supplémentaires. Trois personnes à plein-temps ont ainsi été engagées pour gérer les demandes vaudoises», précise Evi Kassimidis, porte-parole de l’EVAM.

Fin de la salle de bains privée

L’autre mesure prise par l’établissement – probablement la plus spectaculaire – concerne le délai d’attente. «Lorsqu’une personne manifeste son intérêt pour le programme, nous la recontactons dans les dix jours», assure la chargée de communication. Un resserrement des délais de plusieurs mois à plusieurs jours rendu également possible par le site Web de l’EVAM. Critères pour l’hébergement, marche à suivre, foire aux questions et autres informations essentielles y figurent en bonne place. «La suite dépend de plusieurs facteurs. Si, par exemple, une femme désire héberger une femme seule, ça peut prendre un peu de temps. Mais, si nous avons une personne à placer immédiatement et que les deux parties s’entendent, cela peut être l’affaire de quelques jours.»

Au chapitre des «réajustements», l’EVAM a aussi décidé d’assouplir la mesure la plus contraignante édictée à l’époque: la mise à disposition d’une salle de bains exclusivement pour le migrant. «Si les deux parties s’entendent sur ce point, une seule salle de bains peut faire l’affaire», poursuit la porte-parole. Un choix payant, puisque plus de 20 personnes ont été placées depuis avril (contre 30 en huit mois, sous l’égide de l’OSAR) et 40 familles sont en attente dans le canton.

A Berne, Stefan Frey, porte-parole de l’OSAR, ne semble pas se formaliser de la perte du dossier. Mieux: il assure même rêver de voir le cas vaudois faire des émules. «Le Canton de Vaud a pu y dégager les moyens, c’est un précurseur. Genève et Bâle-Ville s’y mettent. Lorsque nous avons lancé ce projet il y a deux ans, personne n’imaginait qu’il marcherait aussi bien. Enfin, je précise que nous ne sommes pas totalement hors jeu en terre vaudoise, puisque nous continuons de suivre les placements que nous y avions initiés.»

Créé: 04.06.2016, 08h37

A Palézieux, la famille Schwaar héberge un couple d’Afghans

Il adore les fraises, dont il a d’ailleurs commencé une petite plantation dans le potager familial. Elle raffole des fromages vaudois, qu’elle décrit avec gourmandise. Les deux se plaisent «beaucoup» en Suisse, dont ils ont déjà vu les quatre coins: de Saint-Gall à Genève. Depuis quelques semaines, Farhad, 21 ans, et Shabnam, 17 ans, un jeune couple d’Afghans, vivent à Palézieux, chez les Schwaar, qui leur ont aménagé un petit studio dans leur maison. En manifestant son intérêt pour le programme d’accueil de migrants à domicile en septembre dernier, la famille Schwaar ne pensait pas devoir faire preuve d’autant de patience. «Les démarches ont été très longues», confirme Anne-Catherine Schwaar, qui a dû s’y reprendre à deux fois avant de voir Farhad et Shabnam poser leurs valises dans le village du district de Lavaux-Oron. «Quelques mois après notre inscription, ne recevant aucune nouvelle, ma femme a relancé l’OSAR en janvier», relève son mari, Jean-Luc, que cette longue attente n’a pas refroidi pour autant. Chez les Schwaar et leurs trois enfants, Colline (11 ans), Noé (8 ans) et Florent (6 ans), l’aventure a commencé le 29 mars dernier, avec l’arrivée du jeune couple sous leur toit. «Ils ne parlaient ni français ni anglais, et nous, pas un mot de leur langue. Les premiers temps n’ont pas été simples pour nous comprendre, et nous n’avons pas eu beaucoup d’appuis, mais, grâce à des traducteurs en ligne et des photos que l’on se montre quand on ne trouve pas un mot, nous nous entendons.» Depuis, les deux jeunes Afghans, scolarisés dans les structures de l’EVAM, ont fait des progrès dans la langue de Molière qui forcent l’admiration. «Une immersion totale, il n’y a rien de tel pour apprendre la langue. Entre les films que nous regardons avec eux et les chansons que nos enfants écoutent, ils baignent constamment dans le français», poursuit le couple vaudois, dont la femme passe beaucoup de temps avec les jeunes gens. «Nous voulions leur offrir plus qu’un espace de vie: une présence. Leur expliquer tout le fonctionnement d’un quotidien si loin du leur demande beaucoup de temps et d’engagement», explique Anne-Catherine Schwaar, qui pense, pêle-mêle, à se repérer en ville, aux transports publics, aux assurances et autres démarches administratives. «Sans oublier la taxe au sac!» Logés dans une partie indépendante de la maison familiale, Farhad et Shabnam passent ainsi beaucoup de temps avec leur famille d’accueil. Mais se ménagent aussi des moments pour eux. «C’est l’avantage d’accueillir un couple, ils sont très autonomes. Grâce à leur abonnement CFF Voie 7, ils sillonnent le pays et voyagent en soirée. Et, lorsqu’ils nous ont demandé s’ils pouvaient inviter des gens, ça nous a fait plaisir. Nous avons aussi besoin de nous retrouver entre nous», évoque Jean-Luc Schwaar. Si la famille de Palézieux a opté pour une formule plutôt longue durée, en signant avec leurs locataires un bail d’un an, elle voit surtout cette cohabitation comme une étape. «Ils se sont vite intégrés, aussi bien à l’équipe de foot pour Farhad qu’auprès de notre famille, mais nous nous voyons comme un tremplin vers une totale autonomie. S’ils obtiennent le statut de réfugiés, nous imaginons qu’ils iront vivre leur vie en Suisse, où ils veulent travailler.»

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