Fabriquée en Espagne, l'extension de la prison fait des remous

Prison de la CroiséeLe président de l’USAM s’en prend à un contrat de sous-traitance. Les socialistes lui emboîtent le pas.

Les travaux pour l’extension de la prison ont commencé en janvier avec la sécurisation du chantier, qui a impliqué d’ouvrir une brèche dans l’enceinte.

Les travaux pour l’extension de la prison ont commencé en janvier avec la sécurisation du chantier, qui a impliqué d’ouvrir une brèche dans l’enceinte. Image: GÉRALD BOSSHARD

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Après deux évasions collectives, les foudres de la controverse s’abattent une nouvelle fois sur la prison de la Croisée, proche d’Orbe. Cette fois, c’est le Fribourgeois Jean-François Rime qui a tonné dans la dernière édition du Matin Dimanche. «Je suis scandalisé quand je vois ce genre de cas», a lâché le conseiller national UDC, qui est aussi président de l’Union suisse des arts et métiers (USAM).

Le cas en question, c’est une entreprise espagnole, Hydrodiseño, dont le siège est à Almeria, en Andalousie. Dans le cadre d’un contrat de sous-traitance passé avec le groupe Losinger Marazzi, cette société est sur le point de livrer 24 des 62 modules cellulaires préfabriqués qui permettront d’agrandir la prison de la Croisée. De la sorte, 81 nouvelles places de détention avant jugement seront mises à disposition en deux temps: en avril d’abord, en juin ensuite.

Le «scandale»

Le scandale, selon Jean-François Rime, c’est qu’une entreprise suisse n’a pas été retenue au terme de l’appel d’offres lancé en novembre par l’Etat de Vaud. Cette entreprise, c’est Element SA, qui est établie sur deux sites, à Tavel (FR) et à Veltheim (AG). Elle a été rachetée il y a bientôt dix ans par le groupe irlandais CRH.

Dans Le Matin Dimanche, Jean-François Rime développe ses griefs de concert avec Steve Hoffer, patron d’Element SA. En premier lieu vient le soupçon de «distorsion de la concurrence sous forme de dumping salarial déguisé». Suit une critique écologiste. Alors qu’Element SA exploite une fabrique «à moins de 100 kilomètres d’Orbe», le transport par la route des modules fabriqués en Espagne occasionnera un impact environnemental excessif.

L’article dominical a fait des vagues. Lundi déjà, les socialistes se préparaient à intervenir au Grand Conseil. Ils aspirent à un contrôle plus strict des «conditions de production» auxquelles doivent se soumettre les sociétés étrangères impliquées dans l’adjudication d’un marché public.

Cette agitation encourage Philippe Pont, chef du Service immeubles, patrimoine et logistique (SIPAL), à recadrer le débat qui s’annonce. «Quand le Conseil d’Etat décide de construire, c’est mon service, rattaché au Département des finances et des relations extérieures, de réaliser l’opération.» Dans le cas de la Croisée, le Département de l’intérieur (dont relève le Service pénitentiaire) a formulé ses besoins à la fin du mois d’août. La surpopulation carcérale posait alors de gros problèmes, très sensibles au niveau de la détention avant jugement. D’où l’urgence décrétée par le Conseil d’Etat: il était impératif que l’extension carcérale soit mise en service au cours du printemps 2013 déjà.

Prime au calendrier

Vu son coût, quelque 10 millions de francs, l’opération devait passer par un appel d’offres conforme aux dispositions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les marchés publics. En synchronisation avec l’adjudication du chantier, le Grand Conseil a approuvé avec une célérité inhabituelle le crédit d’ouvrage le 27 novembre. Ce jour-là, le ministre des Finances, Pascal Broulis, avait prévenu les députés: «En raison de ce rythme très soutenu, seules trois entreprises générales ont répondu à l’appel d’offres. Ce n’est pas très sain. Elles iront chercher des compétences à l’étranger pour pouvoir réaliser cette extension. Il ne faudra pas nous le reprocher ultérieurement…»

Les trois entreprises générales en question, c’était Losinger Marazzi, avec Hydrodiseño parmi ses sous-traitants; HRS avec Element SA; et Steiner, dont on ne connaît pas les sous-traitants. Une seule de ces offres respectait le calendrier fixé. Celle de Losinger Marazzi, qui, de surcroît, était inférieure de 500 000 francs à celle de HRS et d’Element SA.

Les concurrents malheureux n’ont pas fait recours, confirme le chef du SIPAL. Philippe Pont garantit aussi que les conditions de sous-traitance imposées à Hydrodiseño ont fait l’objet de discussions serrées avec la direction de Losinger Marazzi. En outre, le transport par rail des modules préfabriqués a été examiné, mais écarté pour des raisons techniques. Et puis, hors de la part du chantier revenant aux Espagnols, tous les autres sous-traitants sont suisses. Philippe Pont observe enfin que, sans doute, «jamais un si gros projet n’a été réalisé aussi vite par l’Etat de Vaud tout en respectant lois et directives».

Créé: 29.01.2013, 07h04

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