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Le croque-mort low-cost reste en prison pour atteinte à la paix des morts

L’entrepreneur de pompes funèbres avait conservé trois mois le corps d’un bébé et remis les cendres d’un autre à ses parents.

Le Tribunal cantonal a confirmé mercredi la condamnation d'un entrepreneur de pompes funèbres dans une affaire très spéciale.
Le Tribunal cantonal a confirmé mercredi la condamnation d'un entrepreneur de pompes funèbres dans une affaire très spéciale.

Silhouette longiligne, voix onctueuse, l’homme mesure ses phrases mais on sent qu’il est à cran devant la Cour d’appel entre les gendarmes qui l’escortent.

La cinquantaine grisonnante, l’entrepreneur de pompes funèbres qu’on appelait Monsieur Michel contestait mercredi sa condamnation en mai dernier à 1 an de prison ferme pour atteinte à la paix des morts et escroquerie. Résidant à l’étranger, il avait été emprisonné sur-le-champ à son procès pour avoir fait faux bond par deux fois.

«Cette condamnation m’a d’abord plongé dans une profonde dépression, puis elle a agi comme un électrochoc qui m’a guéri et j’ai décidé de me battre!» explique cet homme qui soutient avoir toujours accompli sa tâche à la satisfaction de ses nombreux clients. Les faits dont il répond ici n’en sont pas moins sidérants.

Début octobre 2014, le petit Salomon décède deux jours après sa naissance à Genève. Ses parents, domiciliés dans le canton de Vaud, mandatent l’entreprise de Monsieur Michel, qui propose ses services à un prix moitié moindre que celui de la concurrence. Il s’occupera de tout pour 1500 francs. Trois semaines plus tard, à la demande des parents, qui s’inquiètent du temps écoulé, le croque-mort leur remet une urne portant le prénom de leur enfant et censée contenir ses cendres.

Le couple conserve et vénère durant plus de deux mois cette urne sur un petit autel aménagé dans son salon. Puis il décide de procéder à une inhumation au cimetière de Montoie, à Lausanne. La Ville lui demande le procès-verbal d’incinération. Les parents obtiennent ce document officiel et découvrent alors que la crémation a eu lieu à Bienne… le 7 janvier 2015. Stupeur. Ce n’est pas tout: quelques jours plus tard, ils reçoivent une nouvelle urne funéraire par la poste. Avec à l’intérieur, dans un sac en plastique mal fermé, les cendres qu’on leur assure être celles de leur enfant.

Questions embarrassantes

Qu’est-il advenu du corps du bébé pendant ces quelque trois mois? Monsieur Michel laisse entendre que la petite dépouille se trouvait, mise en bière, dans une morgue «longue durée» à Genève. Aucune trace administrative ne l’atteste. Il ajoute par ailleurs que ce cas n’était pas prioritaire à ses yeux.

Pourquoi avoir d’abord remis aux parents une urne contenant les cendres d’une personne non identifiée? «Cela s’est fait en accord avec le papa, répond l’accusé. Il pensait que cela permettrait de calmer la douleur de la maman. J’ai eu tort d’accepter.» Le père conteste avec énergie: «Jamais je n’aurais pu faire cela à mon épouse!» L’accusé réplique: «Ils ont grandement souffert avec ce décès. Je pense que cela a affecté leurs paroles et leur jugement.»

Défenseur de Monsieur Michel, Me Julien Lanfranconi conteste l’infraction d’atteinte à la paix des morts dans la mesure où le corps de l’enfant se trouvait dans un endroit approprié. Le procureur général, Eric Cottier, qui s’est en personne chargé de cette affaire très particulière, n’est pas de cet avis. «Le but du législateur, c’est de protéger le deuil, lance le patron du Ministère public. Or, on a laissé croire à ces parents pendant des mois que le processus avait été complet puisqu’ils avaient reçu l’urne funéraire.» Au côté des plaignants, Me Antonella Cereghetti rappelle qu’aujourd’hui encore ils ne savent pas si ce sont vraiment les cendres de leur bébé qui ont été inhumées.

La condamnation de Monsieur Michel pour atteinte à la paix des morts, probablement la plus infamante pour un entrepreneur de pompes funèbres, a été confirmée par la Cour. Les juges ont toutefois ramené la peine à 10 mois, car ils ont abandonné l’accusation d’escroquerie, faute d’enrichissement illégitime de l’intéressé dans cette sordide histoire. Monsieur Michel a cessé son activité de pompes funèbres après ces ennuis. «Je suis devenu salarié d’un vétérinaire à Sofia dans une affaire d’exportation de chiens dans les pays musulmans.»

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