Le crowdfunding, nouvel outil des paysans vaudois

AgricultureLes initiatives de financement participatif fleurissent dans le monde agricole. Des expériences qui ne se font pas sans effort.

La famille Iseli a lancé sa campagne de crowdfunding en septembre 2017.

La famille Iseli a lancé sa campagne de crowdfunding en septembre 2017. Image: PEMimages.ch

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Un poulet fermier et la visite d’une exploitation contre 130 francs. Un bain de petit-lait pour 2500 francs. Ou un sachet de graines de petit épeautre à 60 francs. C’est peut-être cher payé, mais c’est le principe du crowdfunding. Contre sa participation pécuniaire, le contributeur recoit une contrepartie en nature d’une valeur moins importante. La différence sert à financer un projet de grande ampleur, la construction d’un hangar par exemple, dans le monde agricole.

Depuis un peu plus d’une année, ce genre d’initiative se répand chez les paysans vaudois. La société Biolait, à Juriens, au pied du Jura, a lancé une campagne de récolte de fonds fin 2016 pour monter son nouveau produit: un fromage à tartiner bio et local. «Chaque membre a mis de l’argent de sa poche. Mais cela n’était pas suffisant», explique Étienne Clerc, l’un des quatre initiateurs du projet. «Bien que nous eussions lancé une démarche collective, aucun de nous ne voulait mettre ses biens en garantie pour tout le projet. Les banques n’ont donc pas voulu nous prêter d’argent, raison pour laquelle nous nous sommes tournés vers le financement participatif», poursuit-il.

«Au début, nous étions réticents à mettre autant d’argent dans la communication, mais on s’est vite rendu compte que c’était indispensable»

Partant de zéro, les initiateurs sollicitent ProConseil, filiale de l’association Prométerre, ainsi qu’une agence de communication. C’était une nécessité, selon Étienne Clerc: «On nous a aidés à réaliser une étude de marché, une vidéo et un site Internet. Au début, nous étions réticents à mettre autant d’argent dans la communication, mais on s’est vite rendu compte que c’était indispensable.» Et surtout payant, puisque les producteurs de la région ont réussi à collecter les 50'000 francs nécessaires au démarrage de leur fromagerie. Et même 10% de plus.

Un pari risqué
Le défi était de taille: sur les plates-formes de crowdfunding, si l’utilisateur ne récolte pas la somme espérée, c’est l’entier du projet qui tombe à l’eau. C’est sans compter les investissements en temps et en argent pour mettre sur pied le projet qui ont écourté les nuits d’Étienne Clerc et de ses partenaires. «On y a mis absolument toute notre énergie», ajoute-t-il.

Aujourd’hui, Biolait a lancé son fromage et distribue les contreparties aux donateurs. Parmi elles: du fromage durant un an, des boîtes d’œufs bio ou des invitations à visiter la fromagerie.

Aurélie Daiz, qui a accompagné ce projet, est conseillère en commercialisation chez ProConseil. Selon elle, «certains agriculteurs se sont bien appropriés le financement participatif». On recense quatre projets dans le canton de Vaud initié par des paysans et plusieurs autres en lien avec l’agriculture (parution d’ouvrage, ouverture de magasins en vrac). Selon la conseillère, il s’agit d’une nouvelle façon de mobiliser les citoyens pour un projet précis et qui permet de recueillir directement l’adhésion du public.

Des compétences nouvelles
Cette façon de commercer exige une adaptation de la part des paysans. «Dans le monde agricole, on rencontre parfois des résistances face au marketing et aux nouveaux outils tels que le financement participatif», ajoute Aurélie Daiz. Raison pour laquelle elle incite les paysans à oser se former, être curieux et suivre des formations continues pour s’orienter d’avantage vers la communication avec le client. «Se lancer dans le participatif demande beaucoup de compétences différentes, ce qui peut constituer un frein.» D’où l’importance de s’entourer de personnes-ressources.

«Nous avons monté l’intégralité du projet nous-mêmes», explique Christina Iseli, mère de la famille. «Mon mari a réalisé les flyers, mon fils a monté le site Internet, j’ai rédigé les textes»

Pourtant, la famille Iseli ne s’est pas laissé impressionner. Possédant une exploitation à La Sarraz où elle produit des œufs, des céréales et de la viande de bœuf, elle a lancé son crowdfunding en septembre 2017. «Nous avons monté l’intégralité du projet nous-mêmes», explique Christina Iseli, mère de la famille. «Mon mari a réalisé les flyers, mon fils a monté le site Internet, j’ai rédigé les textes», raconte-t-elle.

Il faut dire que, chez les Iseli, il y a des ressources. Les parents étaient ingénieurs en informatique et en microtechnique pendant longtemps avant de reprendre l’exploitation familiale, ce qui leur a permis de se passer des services d’une entreprise externe. Jusqu’à aujourd’hui, l’expérience s’est avérée payante car elle a rapporté plus de 21'000 francs en cinq mois, soit 30% de l’ensemble du montant qui contribuera à la construction d’un hangar polyvalent. La famille Iseli, qui ne passe pas par un site de crowdfunding, se donne jusqu’à l’automne prochain pour récolter l’entier de la somme. «Cette expérience nous a permis d’avoir des discussions très riches en famille», ajoute-t-elle.

Boom en France
Chez nos voisins français, le financement participatif est en plein essor, à tel point que des plates-formes dédiées exclusivement aux projets agricoles ont vu le jour. C’est le cas du site MiiMOSA, en ligne depuis trois ans et qui a accompagné plus de 1000 projets depuis, avec un taux de réussite de 78%. La tendance se répandra-t-elle en Suisse? Pas sûr. «En France, les conditions structurelles sont différentes. Là-bas, l’urgence est plus prégnante, même si on va ici aussi vers un marché de plus en plus libéralisé», explique Aurélie Daiz.

Créé: 25.02.2018, 17h40

A Juriens



Etienne Clerc, Clément de Conto et Alice Giclat-Devenoge (Biolait) dans leur fromagerie. Photo: FLORIAN CELLA

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