Une crue centennale et des inondations record

Intempéries Le violent orage qui a frappé Lausanne lundi soir a fait de lourds dégâts, mais aucun blessé. La police a reçu des centaines d’appels; les pompiers des milliers. L’armée a offert son aide

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Scènes de désolation, mardi matin à Lausanne. Des trombes d’eau se sont abattues la veille entre 23 heures et minuit. Les rues se sont rapidement transformées en torrents, les escalators en cascades, les passages sous voies de la gare en pataugeoires… Il a plu dans des halls d’hôtels, des murs de soutènement se sont affaissés, l’écran géant de Bellerive pour la Coupe du monde de football est endommagé et le célèbre ginkgo du parc Mon-Repos, l’arbre préféré des Lausannois, est fissuré. On ne compte plus les caves, habitations et commerces inondés. Certaines salles d’examens étant inutilisables, des élèves du Gymnase Auguste-Piccard ont vu leurs épreuves repoussées de deux heures. Même la piscine de Montchoisi est inondée… Et sa machine à vague n’aura pas résisté à la tempête.

«De mémoire de Lausannois, on n’a jamais vécu une situation avec une intensité de pluie si forte dans un délai si court», résume Michel Gandillon, chef de la cellule communication du DIAM, l’état-major coordonnant les interventions. «Nous sommes face à une crue centennale, ajoute le municipal de la Sécurité, Pierre-Antoine Hildbrand. Là où nous mesurons 1 mètre cube d’eau par temps sec, on en a mesuré 83.» L’élu, en tournée mardi sur le terrain, a fait savoir que la situation était «sous contrôle».

Attention aux arbres

Plus de 300 personnes s’activent sur différents sites pour faire face à cette situation extraordinaire: pompiers, police, PCi, services de la Ville. Les équipes ne chôment pas. Le 118 a déjà répondu à 2000 appels. Les dégâts ne sont pas encore listés mais aucun blessé n’est à déplorer. Il est déconseillé de se rendre dans les parcs et espaces verts en raison des risques de chute d’arbres et de branches, tout particulièrement à Mon-Repos et à Montriond. Une personne a été désincarcérée de sa voiture pour cette raison. Elle est indemne.

L’état-major annonce ses priorités: lutter contre l’eau, rétablir la circulation et surtout sécuriser les sites pour prévenir des accidents liés aux chutes d’arbres. «L’enjeu est de taille», reconnaît Michel Girod, capitaine de l’état-major. Les secours peuvent compter sur les bras de quelques dizaines de militaires, de passage à Lausanne pour un exercice avec les autorités civiles. Un heureux hasard. Ils ont proposé leur aide et s’attellent au déblaiement notamment. «On a pu mettre en application ce qu’on devait simuler», relève Jérémie Chenaux, chef d’état-major du groupe artillerie 1 de l’armée suisse.

À l’avenue du Denantou, notamment – axe fermé à la circulation jusqu’en fin d’après-midi –, on déblaie les branches jonchant la route. Un peu plus bas, à Ouchy, côté tour Haldimand, on racle la boue et les gravats. Il s’agit aussi de sécuriser les arbres que la gifle du vent a rendus dangereux. «Les quais d’Ouchy seront fermés jusqu’à mercredi, vu l’énormité des travaux de rétablissement», explique Michel Gandillon. Sur les massifs de fleurs couchées, l’empreinte de l’eau est impressionnante.

«Je n’ai jamais vu ça»

Les commerces sont durement touchés (lire encadré). On a mesuré plus de 2 mètres d’eau dans la boutique H&M, à Pépinet. Sur place, les pompiers se relaient avec des pompes d’une capacité totale de 5000 litres par minute. «J’en ai vu, des inondations, mais jamais rien de tel», note l’un d’eux.

Les dégâts dans les habitations diffèrent selon leur orientation, leur âge et leur entretien. «Une quarantaine de bâtiments sont touchés au centre-ville et on ne sait plus où donner de la tête», explique Georges Houlmann, directeur adjoint de la Régie Braun. Il recense des sous-sols et des buanderies inondés, des cages d’ascenseur pleines d’eau, des grilles bouchées ou des portes de garages bloquées en raison des alluvions. «Comme les pompiers sont débordés, nous avons fait appel à toutes les entreprises de Lausanne qui ont des pompes.» Sébastien Henchoz, sous-directeur de la Régie Retraites Populaires, raconte que «les concierges ont travaillé d’arrache-pied, certains toute la nuit pour nettoyer et éponger l’eau. C’est remarquable».

Une ville étanche?

Vu les dégâts, d’aucuns se demandent si les mesures d’étanchéité des bâtiments sont suffisantes. Les normes de drainage se basent sur les statistiques et mesures de pluviométrie, explique Pedro Manso, spécialiste des constructions hydrauliques et chargé de cours à l’EPFL. «Ce type d’événements est par définition rare mais il faut les prendre au sérieux et continuer à les documenter pour voir si une tendance se dégage. À ce stade, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de changer les normes du jour au lendemain. Il faut aussi réfléchir aux causes de ces inondations, qui ne sont pas uniquement d’ordre météorologique. On a vu sur les images l’eau qui accélère sur les rues de façon impressionnante. Y a-t-il à Lausanne assez de zones inondables qui font tampons? Ou trop de zones imperméables?» La Confédération va édicter cet été une carte des zones de ruissellement connues.

Un tel orage n’aurait peut-être pas provoqué des crues aussi monstres il y a quelques décennies: «L’urbanisation a rendu les surfaces plus étanches et accentué le phénomène de ruissellement», explique Marc Choffet, expert en prévention des éléments naturels à l’ECA (Établissement cantonal d’assurance). La majorité des bâtiments lausannois ne sont pas équipés pour faire face à des crues exceptionnelles de cette ampleur. «Il n’y a pas de prescription particulière pour les propriétaires car il ne s’agit pas d’un débordement de cours d’eau ou d’un phénomène prévisible, juste un gros nuage qui s’est déversé en un temps record.»

Lignes saturées

Certaines normes pourraient être revues pour les constructions nouvelles mais, à ce stade, l’ECA n’envisage pas de les renforcer pour Lausanne. Pour Raphaël Dessimoz, architecte, ces normes sont «très contraignantes et largement suffisantes». Lundi soir, ce Lausannois a constaté avec surprise qu’il y avait de l’eau sur son palier. «Alors que je vis au dernier étage… Elle est arrivée par le toit, je suppose. S’il y a trop d’eau, les dégorgeoirs ne suffisent plus.»

Les lignes téléphoniques étant saturées, les habitants sont priés d’annoncer d’éventuels dégâts par le biais du site Internet de l’ECA (www.eca-vaud.ch).


Des pluies exceptionnelles mais rien d’inquiétant, selon les météorologues

Un vrai déluge. En dix minutes, au plus fort de l’orage, 41 millimètres d’eau sont tombés sur les hauts de Lausanne. Ce qui équivaut à 41 litres d’eau par m2. En moins d’une heure, c’est deux semaines de précipitations qui se sont abattues sur la tête des Lausannois, par Toutatis. Peut-être un record national, plus fort que la pluie drue qui était tombée en Thurgovie le 8 août 2017.

Pourquoi cette douche subite sur Lausanne? La Suisse vit en ce moment sous un système tropical, avec des températures douces de 3 à 5 degrés au-dessus des normales saisonnières, expliquait mardi Olivier Duding, météorologue à MétéoSuisse sur le site 24 heures.ch «Nous vivons une période de marais barométrique, a-t-il précisé. Il n’y a ni anticyclone ni système dépressionnaire. Une situation qui favorise l’éclatement d’orages très localisés et imprévisibles.»

L’orage a touché principalement le centre-ville. «Disons qu’il y a eu une bonne rincée dans toute la région, mais on a enregistré moins de pluie à Pully ou à Cugy. Le rayon de cette pluie torrentielle était très limité, peut-être de deux kilomètres», estime Frédéric Glassey, chef de la météorologie chez MeteoNews. Pourquoi cet orage, qui s’est formé sur la Savoie et Genève, et qui a lentement traversé le Léman, a-t-il particulièrement frappé la ville de Lausanne? «De la pure malchance», explique Frédéric Glassey. Le sol imperméable et les rues pentues de la ville ont fait le reste.

Un tel événement s’avère exceptionnel pour Lausanne: sa fréquence serait d’une fois sur plusieurs décennies. Les habitants de la capitale auraient peu à craindre, même si on annonçait de nouvelles intempéries pour ce mercredi, elles devraient être de moindre intensité. «En revanche, un orage tout aussi fort pourrait éclater ailleurs ces prochaines heures, prévient Frédéric Glassey. On enregistre beaucoup d’épisodes de ce genre depuis quelques semaines. Peut-être que certaines pluies étaient aussi intenses que celle de lundi soir mais qu’elles n’ont pas été mesurées par une station météo proche.»

Ces orages n’ont en revanche rien à voir avec le réchauffement climatique, assurent les spécialistes. Interrogé par la RTS mardi, le climatologue Martin Beniston n’a fait aucun lien. «Ce serait faux de faire un tel raccourci, confirme Frédéric Glassey. Le réchauffement est une norme, pas une suite d’exceptions.

C’est vrai que nous vivons cette année un épisode particulier avec de l’air chaud qui vient du sud. Mais c’est ce que le Tessin a l’habitude de vivre presque chaque année.»

(24 heures)

Créé: 12.06.2018, 22h14

En chiffres

400 interventions sollicitant une centaine de sapeurs-pompiers et une cinquantaine de membres de la Protection civile. Mardi vers 14 heures, deux tiers étaient «en cours de traitement ou résolues».

300 personnes mobilisées sur le terrain pour les interventions.

30 militaires du groupe artillerie 1 de l’armée suisse, présents par hasard à Lausanne pour un exercice avec les autorités civiles, ont proposé spontanément leur aide.

2000 appels reçu au 118. La Centrale d’alarmes et d’engagement de la police de Lausanne, elle, a répondu à 500 demandes entre 23 h et 1 h 20 du matin.

2 millions c’est le coût (en francs) des dégâts dus aux intempéries en Suisse romande dans la nuit de lundi
à mardi, selon une estimation provisoire d’Axa.

Dégâts: Des magasins fermés à cause des inondations

Mardi matin, au cœur de Lausanne, place Pépinet. Des pompiers s’affairent depuis lundi soir déjà. Car ici, la tempête a été ravageuse. Dans cette zone commerciale de la ville, les dégâts sont très importants. Les torrents diluviens qui se sont déversés durant la nuit ont inondé les sous-sols des magasins de la place, tels que H&M, Mix-Image, ou encore Nature et Découvertes. À certains endroits, «le niveau est même monté jusqu’à 3,50 m», confiait mardi un employé de la Protection civile, venu épauler les pompiers dès 5 h 30. «Nous avons eu besoin de masques à oxygène pour accéder aux sous-sols», poursuit-il. De l’autre côté de la place, la Librairie Payot a aussi été victime de fortes inondations. Le magasin est ainsi resté fermé une bonne partie de la journée, un inventaire devant y être effectué afin de savoir si des livres ont été touchés. Les libraires qui y travaillent se considéraient moins fortement touchés que les commerçants situés en face. Mardi en fin d’après-midi, les équipes d’intervention étaient encore à pied d’œuvre pour gommer les traces de cet épisode exceptionnel. L.M

Transports: Métro inondé et ligne 8 du bus déviée

De nombreux travailleurs sont arrivés en retard mardi matin. Avec une bonne excuse: les Transports publics lausannois (TL) ont subi l’orage de plein fouet, lundi soir. Les TL ont dû dévier le bus 8 en raison de la chute d’un arbre sur la ligne aérienne. «Les dégâts sont conséquents», souligne Élodie de Kalbermatten, chargée de communication. Et la situation risque de durer. Lundi soir, la ligne 16 a également été déviée à cause d’une coulée de gravats au niveau de l’Hermitage, mais la circulation
a pu être rétablie. Du côté du M2, plusieurs stations ont été inondées. À Ouchy, le niveau d’eau a même dépassé la hauteur des quais. «Des techniciens s’affairent pour réparer les installations abîmées dans les stations, mais le métro circule normalement sur l’ensemble de la ligne», précisait Élodie de Kalbermatten mardi matin. À noter que les quais d’Ouchy resteront fermés à la circulation jusqu’à mercredi, tandis que l’avenue du Denantou a été rouverte mardi après-midi. Du côté des CFF, les trains roulaient sans encombre majeur sur l’arc lémanique. «Nous avons enregistré quelques retards», indique toutefois Frédéric Revaz, porte-parole. Par contre, sur Fribourg, les RER S 30 ont été remplacés par des bus entre Estavayer-le-Lac et Yverdon-les-Bains et entre Fribourg et Grolley. N.R.

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