Débuts chaotiques à l'hôpital de Rennaz

Riviera-ChablaisL’organisation du bloc opératoire, générant retards et annulations d’interventions, est le gros point noir. Le temps d’attente aux Urgences est aussi pointé du doigt.

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«Une journée noire» ou «un vrai scandale». Dans sa lettre écrite à l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC), Sonia, paraplégique, ne mâche pas ses mots. «C’est ce que l’on peut appeler «se foutre de la tête des gens», et je pèse mes mots.» Mardi 21 janvier, après avoir attendu près de cinq heures, on lui annonce que son opération, pourtant planifiée, est reportée à une date inconnue, «faute d’anesthésiste ou d’instrumentiste». Un report potentiellement dangereux pour Sonia, qui risque d’étouffer: «Un œdème grossit sur mes cordes vocales et l’espace pour respirer devient de plus en plus petit.»

Que s’est-il passé à Rennaz? Présente à 12h15 pour être opérée une heure plus tard, Sonia est installée sur un lit dans une salle d’attente et non dans une chambre: bien qu’à plusieurs reprises il lui ait été spécifié qu’elle devrait certainement rester la nuit, elle est néanmoins admise à l’hôpital de jour, comme si son opération devait se passer en ambulatoire. D'où un premier sentiment désagréable d’incompréhension. Elle n’est pas rassurée. «Au CHUV, pour plusieurs opérations, j’ai été hospitalisée dans une chambre où ma chaise roulante reste à côté de mon lit. Là, ils m’ont dit que ma chaise me suivrait où j’irais. Mais je n’ai pas eu confiance: ma chaise, c’est mes jambes!»

«J’ai pété les plombs»

À 15 heures, toujours rien. Sonia n’a pas accès à son propre téléphone, car le système d’hôpital de jour fait que ses affaires sont ailleurs, dans le vestiaire commun. À 16h45, «j’ai pété les plombs: je n’ai vraiment pas été sympa, parce qu’on m’a laissée attendre des heures sans boire. J’étais à jeûn, même de liquide, depuis 9 heures le matin. Ne pas manger, je m’en fiche, mais rester sept heures sans boire, c’est honteux.»

Après être retournée à son casier, mais sans réseau dans l’hôpital (comme l’a révélé «20 minutes» lundi, les autres opérateurs que Swisscom passent très mal au rez et au 1er étage du bâtiment), Sonia a appelé son mari sur le parking, où elle a attendu qu’il vienne la chercher, dans sa chaise roulante et dans la nuit.

Nombreux arrêts maladie au bloc

Contacté, le chirurgien de Sonia ne fait «aucun commentaire» sur cette annulation dans un hôpital pourtant flambant neuf. Pour mémoire, comme «24 heures» l’expliquait l’été dernier, l’établissement s’est débarrassé d’une partie des instrumentistes, à cause de l’installation à Rennaz: la concentration sur le site unique a réduit de presque moitié le nombre de salles d’opération (passant de 17 dans les différents hôpitaux à 10 à Rennaz, dont seulement 8 pour les opérations programmées, les 2 autres étant dédiées aux Urgences et à la Maternité).

Plusieurs personnes attribuent les «dysfonctionnements du bloc» au manque d’effectifs, et pas seulement du côté des instrumentistes, comme le détaille un médecin: «Le personnel doit s’occuper d’un patient en salle de réveil et ne peut donc pas anesthésier le prochain à opérer. La bonne volonté de certains employés s’est épuisée dans le chaos des premières semaines, générant absences et arrêts maladie. Le personnel restant a dû assumer la charge de travail en plus.»

«Et maintenant ils ne veulent plus continuer à faire des heures supplémentaires à n’en plus finir, c’est compréhensible», constate un autre médecin. Qui s’interroge: «Si tout le monde était là, est-ce que ça tournerait? À mon avis, il faut plus de personnel.» Sinon, «les chirurgiens doivent trop attendre, car le flux d’arrivée des patients ne fonctionne pas», constatent plusieurs personnes interrogées. Un médecin souligne: «L’ambiance de travail est horrible. Et cela nous donne le sentiment que nous avions raison de dire que ce serait trop petit. Davantage que le terrain, la direction a écouté les chefs de projet», des «soi-disant experts, dogmatiques, ayant contribué à démotiver les troupes», estiment plusieurs médecins.

AVC envoyé au CHUV

Autre cas. Une patiente âgée, dont les médecins soupçonnaient qu’elle était en train de faire un AVC, aurait attendu longtemps à Rennaz, avant d’être transférée au CHUV, où le diagnostic a été confirmé, puis réhospitalisée quelques jours après à l’HRC. Pourquoi pareille situation? Les minutes sont pourtant comptées lors d’un AVC, et le directeur avait affirmé que la prise en charge de ces cas à Rennaz constituerait un réel avantage pour la population? «Notre Stroke Unit (ndlr: unité cérébrovasculaire spécialement dédiée à la prise en charge des AVC) a ouvert fin 2019 mais sera opérationnelle par étapes. La filière de la thrombolyse (qui sert à dissoudre les caillots responsables d’un AVC) n’a ouvert que le 27 janvier. Si cette patiente avait besoin d’une thrombolyse, elle l’a sans doute passée au CHUV avant de revenir ici pour la suite du traitement (surveillance et réhabilitation précoce)», explique le Dr Nicolas Piol, directeur médical adjoint.

Quid de l’intimité et de l’angoisse des patients?

Une mère, dont l’enfant a subi plusieurs opérations ailleurs, a trouvé pour le moins «bizarre» l’hôpital de jour de Rennaz. «On se change dans un vestiaire avec des casiers, comme si on laissait ses affaires à la piscine. Puis, avec des habits en papier qui se déchirent facilement, on patiente dans une salle d’attente au milieu d’autres personnes. C’est étrange, car les gens s’interrogent entre eux sur le pourquoi de leurs opérations, alors qu’on n’a pas forcément envie de répondre.» La gestion de l’appréhension est dans pareil environnement toute différente: dans une chambre, le patient peut somnoler, les heures paraissent ainsi moins longues. «Souvent, les soignants donnaient quelque chose à mon enfant pour qu’il se détende sur son lit et soit moins angoissé. Je vois mal une personne moins mobile ou plus anxieuse attendre ainsi dans cette salle puis se rendre au bloc à pied…» La suite «n’est pas grave mais rocambolesque, estime cette mère. Personne ne savait où se trouvait ma fille. Une fois qu’on a su, le personnel ignorait où c’était.» Car les unités n’ont pas les noms des services mais se nomment «Jardin», «Fleurs», «Lac», «Horizon»…

Problèmes d’attente aux Urgences

Dans une lettre de lecteur parue dans nos pages mi-décembre était relaté le cas d’un homme de 78 ans, atteint de deux cancers, venu aux Urgences pour se faire remettre sa sonde gastrique servant à l’alimenter. Il attendra dix heures. «Au final, ils n’avaient pas le modèle adéquat pour régler la situation!» concluait la missive. Le directeur, Pascal Rubin, répondait dans nos pages que «la priorité est évidemment donnée aux patients qui nécessitent les soins les plus urgents, générant ainsi, en cas d’afflux, une attente pour les patients dont l’état de santé est le plus stable. D’où l’utilité de nos permanences médicales [pour] les petites urgences.»

Depuis, les témoignages se multiplient sur ces temps d’attente jugés exagérés, de plus de six heures. Mais les commentaires sont davantage positifs sur le personnel. Ainsi, celui d’Alain: «Hormis l’attente, le personnel est top et s’est très bien occupé de moi!»

Créé: 30.01.2020, 18h01

Pascal Rubin, directeur Hôpital Riviera-Chablais

Interview du directeur: «Nous mettons tout en œuvre pour nous améliorer»

Que répondez-vous aux critiques?

Nous sommes dans la phase de démarrage. En comparaison avec un hôpital qui a vécu pareilles concentration et construction, cette phase peut prendre 12 à 24 mois jusqu’à une prise en charge optimale, qui va s’améliorer de façon continue. La population avait des attentes immédiates, mais le démarrage nécessite des correctifs et des aménagements. Nous ne minimisons pas les difficultés actuelles. Les patients nous écrivent et nous ne sommes pas épargnés sur les réseaux sociaux. Nous les écoutons et mettons tout en œuvre pour nous améliorer.

Le bloc n’est-il pas sous-dimensionné, comme le craignaient certains?

Non, le volume opératoire rentre, même avec les perspectives de croissance démographique. Mais les différents métiers doivent mieux se coordonner. Des instrumentistes qui ont assisté des chirurgiens en gynécologie pendant vingt ans doivent maintenant préparer les instruments pour de l’orthopédie. Le matériel spécifique à chaque discipline est rangé ailleurs. Ils ont perdu leurs points de repère. Je peux concevoir que cela mette en difficulté et en épuise certains. Un instrumentiste ne peut pas finir systématiquement à 18h au lieu de 16h, pas plus qu’il ne doit manger à 15h30. J’ai réuni le personnel du bloc avant Noël et je me suis engagé à trouver des solutions aux problèmes de débordements. Nous avons nommé un médecin anesthésiste au 1er janvier comme directeur du bloc.

Sans les arrêts maladie, est-ce que le bloc tournerait ou est-il trop à flux tendu?

Je suis persuadé que les effectifs sont justes, mais c’est vrai qu’au vu de l’absentéisme dans cette période, nous devons réfléchir à la nécessité de mettre en place un système de piquet. Allouer des ressources supplémentaires en personnel dans une phase de mise en place et d’ajustement n’est pas l’unique solution aux problèmes. Il n’est pas satisfaisant de faire venir un employé seulement pour remplacer un collaborateur sur des heures de pause ou en fin d’après-midi.

Pourquoi pareils temps d’attente aux Urgences?
Notamment pour une question de coordination entre les Urgences et les autres services de l’hôpital, comme la radiologie ou le laboratoire d’analyses. Nous intégrerons bientôt l’application pour smartphone Urgences Vaud, qui donnera les temps d’attente moyens à Rennaz et dans les permanences de Vevey et de Monthey. Il faut souligner que dans nos Urgences, les médecins-assistants sont encadrés par davantage de médecins-chefs qu’auparavant. Un gage de qualité. Cette qualité n’est d’ailleurs pas remise en question dans les critiques.

Quid de la perte de confort et d’intimité résultant de la prise en charge en ambulatoire par l’hôpital de jour plutôt qu’en chambre d’hospitalisation?

Beaucoup d’hôpitaux fonctionnent comme le nôtre sans que cela génère forcément des situations de stress ou d’angoisse. Peut-être que nos salles d’attente doivent encore être aménagées. Nous allons trouver des solutions, car nous travaillons sur le vécu des patients: une collaboratrice s’en charge, sans compter notre Espace Écoute et Médiation qui recueille les doléances et les remonte aux professionnels concernés.

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