Le dégrisement à 50 francs au centre d'intenses réflexions

LausanneLe CHUV va tester en 2015 un lieu dédié aux fêtards qui ont abusé de l’alcool. Faut-il faire payer ces patients? Les enjeux

Les hôpitaux croulent sous le nombre de jeunes fortement alcoolisés.

Les hôpitaux croulent sous le nombre de jeunes fortement alcoolisés. Image: RTS/Capture d'écran

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Les adeptes de la «biture express» seront pris en charge, dès le mois de mars 2015, au CHUV, dans un centre de dégrisement de quatre lits. Ce test de six mois soulève des questions délicates à propos du financement. Lundi, devant les médias, le projet d’une taxe symbolique de 50 fr. à la charge des patients a été évoquée. «Tout est encore matière à réflexion», précise Darcy Christen, porte-parole du CHUV. Une prudence qui s’explique par des enjeux politiques non seulement au niveau cantonal, mais fédéral.

Personne ne conteste l’augmentation des admissions de jeunes fortement alcoolisés ou en coma éthylique aux urgences du CHUV: chez les 18-30 ans, elles sont passées de 125 par an en 2000 à 544 en 2010. Faut-il pour autant faire payer les patients enivrés ou leurs parents à titre de sanction dissuasive, même symbolique? D’un strict point de vue médical, le professeur Jean-Bernard Daeppen, du Service d’alcoologie du CHUV, exprime certaines hésitations: «Je suis partagé entre l’effet dissuasif qu’une telle mesure pourrait avoir sur l’alcoolisation et l’obstacle qu’elle pourrait représenter pour des gens qui auraient besoin de soins et risqueraient d’y renoncer.»

Débat politique

Les enjeux ne sont toutefois pas que médicaux. La question de la responsabilisation des fêtards se pose de façon aiguë sur le plan politique. Actuellement, les soins médicaux d’urgence prodigués à un patient hospitalisé au CHUV, y compris dans une éventuelle unité de dégrisement, sont obligatoirement pris en charge par l’assurance-maladie de base. La situation est différente à Zurich, où des cellules de dégrisement ont été créées dans un cadre policier, sous surveillance médicale privée. Les «clients» doivent s’acquitter d’une facture de 450 à 600 francs, un prix diminué par rapport au tarif initialement prévu, sur un coût moyen de 1400 fr.

Sous la Coupole fédérale, l’initiative parlementaire de l’UDC zurichois Toni Bortoluzzi remet en cause la prise en charge des patients alcoolisés par l’assurance de base. Le Conseil d’Etat vaudois vient de s’opposer fermement à l’avant-projet en consultation, qu’il juge «non seulement dangereux, mais inefficace et inapplicable». Toutefois, le chef du Département cantonal de la santé et de l’action sociale, Pierre-Yves Maillard, laisse une porte ouverte: «Dès lors que tout risque médical est écarté, une partie du traitement, dans une unité de dégrisement moins médicalisée qu’un service d’urgences, relève de l’infrastructure d’abri et d’accueil. On peut considérer qu’une part de l’encadrement ne consiste pas en des soins et peut être mise à la charge du patient, en partie du moins. Nous avions pris cet engagement au début de l’année à la suite d’une détermination votée par le Grand Conseil.» Le conseiller d’Etat attend de pouvoir examiner le projet du CHUV complet afin d’en confirmer la faisabilité et d’en déterminer le coût.

L’idée de faire participer financièrement les patients fortement alcoolisés va de soi aux yeux de Jacques-André Haury, médecin et député vert’libéral: «Une unité de dégrisement représente un complément aux soins de base. Il est donc normal de la mettre en partie à la charge du patient, ou alors de l’assurance complémentaire.» Les spécialistes de la prévention ne se prononcent en revanche pas sur l’efficacité dissuasive d’une taxe sur le dégrisement en raison de l’absence d’études à ce sujet. «C’est la qualité de la prise en charge qui va influencer le comportement futur. Il faudrait aussi intervenir en amont, en agissant sur les prix pour mettre un terme aux ventes d’alcool bon marché», affirme Corine Kibora, porte-parole d’Addiction Suisse

Créé: 18.11.2014, 19h54

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