«On nous demandait de ne contrôler que les Africains»

Yverdon-les-BainsLe policier qui écrivait «dealer» dans les passeports écope de 180 jours-amendes avec sursis.

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«Il s’agit de relativiser la faute de mon client. Ce n’est pas si grave. Les migrants auraient pu simplement refaire leurs passeports, ou arracher les pages où il avait écrit «dealer de coke». Tout cela, c’est une affaire politique. Nous pourrions trouver une solution élégante…» Mercredi devant le Tribunal de police de l’arrondissement d’Yverdon, l’avocat du brigadier poursuivi pour suppression de titre étranger et abus d’autorités a tenté d’alléger la peine réclamée par le Ministère public, 180 jours-amendes avec sursis pendant deux ans. Elle a toutefois été confirmée.

«Je suis effaré par votre bassesse de caractère, par votre comportement indigne et malveillant. Qu’avez-vous contre les Africains?» a demandé le procureur en début d’audience. «Je n’ai pas d’animosités particulières. C’est notre hiérarchie qui nous demandait, dans le cadre de la lutte contre le deal de rue à Yverdon, de ne contrôler que les Africains», a répondu l’accusé. Une affirmation mise à mal par la divulgation de messages retrouvés dans son téléphone et sur son ordinateur. Il faut dire que près de 20 000 d’entre eux ont été passés au peigne fin. Ainsi, à une Africaine qui tentait de l’arnaquer sur les réseaux sociaux, il répondait: «Hitler avait raison. Il a attaqué les Juifs, mais il aurait dû s’en prendre à vous également et exterminer votre race. Putain de négros. Allez mourir!»

Et le procureur d’ajouter: «Jamais un policier vaudois n’a écrit de telles insanités. Je n’ai jamais vu de telles horreurs.» Appelé à témoigner par l’avocat de l’accusé, un ancien collègue gendarme à Neuchâtel a confirmé qu’écrire «dealer de coke» dans les passeports de migrants était d’usage dans certains corps de police de son canton, par le passé. «Je sais que «négro», ce n’est pas un terme admissible, mais c’est un terme qu’on emploie tout le temps entre policiers», a assuré l’accusé.

Au chômage depuis que l’affaire a éclaté, l’ancien policier a expliqué n’avoir reçu que des réponses négatives de la part des polices communales auprès desquelles il a postulé depuis. «Vous devriez peut-être songer à faire autre chose, parce que policier, cela semble cuit. En tant que policier, ce que vous avez fait, cela ne va pas», lui a conseillé le président du Tribunal de police.

Entre juillet 2017 et mars 2018, le brigadier avait profité de contrôles au poste d’Yverdon pour annoter les passeports de migrants nigérians. Il est également accusé d’avoir détérioré des cartes de crédit et des cartes sanitaires, ce qu’il nie. L’enquête, confiée à la Division affaires spéciales du Ministère public central, a recensé six victimes. C’est au lendemain d’une enquête publiée dans nos colonnes, le 27 avril 2018, que le policier s’était spontanément dénoncé à sa hiérarchie.

Créé: 09.10.2019, 17h47

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