Dénigré, menacé, le CHUV saisit la justice

Lettres anonymesLe directeur adjoint Oliver Peters a subi les attaques personnelles d’un corbeau. Un procureur mène une enquête pénale.

Le directeur général Pierre-François Leyvraz (à g.) et son adjoint Oliver Peters: à la suite de messages anonymes menaçants qu'ils ont dévoilés vendredi, le CHUV a déposé une plainte pénale.

Le directeur général Pierre-François Leyvraz (à g.) et son adjoint Oliver Peters: à la suite de messages anonymes menaçants qu'ils ont dévoilés vendredi, le CHUV a déposé une plainte pénale. Image: FLORIAN CELLA

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Le canton de Vaud est de nouveau secoué par une affaire de corbeau. Le CHUV est cette fois visé, loin de l’univers des décharges et de l’immobilier dont les dissensions avaient inspiré des lettres anonymes au début de 2017. Des menaces personnelles ciblent le directeur général adjoint Oliver Peters. L’établissement et le haut responsable ont déposé il y a trois semaines une plainte pénale pour tentative de violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires, subsidiairement de contrainte.

Oliver Peters et le directeur général Pierre-François Leyvraz ont décidé de tout rendre public. L’affaire a commencé le 7 décembre 2018. Ce jour-là se tenait une séance de la Commission de la santé publique du Grand Conseil. Elle devait se pencher sur le plan stratégique du CHUV 2019-2023. Et à 1 h 29, les députés membres reçoivent un courriel signé «Le collectif SOS Hôpital», totalement inconnu.

«Saviez-vous que le CHUV va mal, même très mal?» Ainsi débute le courriel. Suivent des accusations sur le management, les finances ou les ressources humaines. La direction répond afin d’informer les députés. Un deuxième message, portant la même signature, arrive dans la boîte de courriels d’Oliver Peters. Il est daté du 19 mars 2019, juste après l’élection de la socialiste Rebecca Ruiz au Conseil d’État. Elle y succédera à Pierre-Yves Maillard, dès le 8 mai.

À la mi-février, le CHUV annonçait la nomination du Pr Philippe Eckert au poste de directeur général. Il remplacera Pierre-François Leyvraz, à la retraite à la fin de l’année. Oliver Peters, lui, était confirmé comme adjoint. Certains l’avaient imaginé à la fonction suprême. Directeur administratif et financier du CHUV de 2006 à 2013, puis vice-directeur de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) jusqu’en 2017 avant de revenir à Lausanne, cet ancien conseiller de Pierre-Yves Maillard était vu par certains comme un «technocrate». La nomination de Philippe Eckert, un médecin, les a rassurés.

Menaces personnelles

Et que dit le courriel du 19 mars adressé à Oliver Peters? «Vous êtes un personnage toxique.» Le texte brandit la menace d’une campagne médiatique et évoque son prétendu limogeage à l’OFSP, ce que l’intéressé dément. Puis vient la menace: «Sans annonce d’ici fin mars de votre départ volontaire, nous nous verrions contraints d’escalader nos actions.» Le message affirme vouloir éviter de faire du mal à quiconque. «Mais si cela ne suffit pas, nous n’hésiterons pas (plus) à déployer d’autres moyens», conclut le courriel.

Oliver Peters reste à son poste. Le 1er avril, un curieux poisson lui parvient: un courriel vide portant l’intitulé «Phase 2 déclenchée». Des médias reçoivent ensuite une lettre anonyme évoquant le suicide d’un patient, le 2 mars, au CHUV. L’auteur est-il le même? Le style peut le laisser penser.

Cet envoi, assorti d’allusions à des manquements de sécurité contestés par le CHUV, a poussé la direction à communiquer: «Nous discutons volontiers des problèmes. Nous savons que nous sommes en vitrine, sous l’œil du public. Nous savons que nous ne sommes pas parfaits et nous agissons afin d’améliorer nos prestations. Mais là, nous avons affaire à une campagne systématique de dénigrement et à des attaques personnelles contre un collaborateur. Nous protégeons nos collaborateurs et nous devions donc réagir», déclare Pierre-François Leyvraz, qui n’a jamais assisté à une campagne aussi agressive.

«Je me sens tranquille»

Oliver Peters se voit-il un ennemi? Sa carrière ne lui a sans doute pas apporté que des copains. Le CHUV voit passer, en ambulatoire, 3000 à 4000 patients par jour, qui peuvent rencontrer des difficultés. Il compte aussi 11'000 collaborateurs. Mais le directeur général adjoint ne perçoit pas de situation grave au point de lui valoir de telles menaces: «Je me sens tranquille. J’ai toujours travaillé dans l’organisation ou dans le domaine financier. Et je n’ai jamais eu de problèmes RH avec mes collaborateurs ou collaboratrices. Mais je devais réagir car je fais face à des attaques et à des menaces personnelles.» Le procureur, lui, ne donne pas de détail sur ses pistes pour ne pas nuire à son enquête. (24 heures)

Créé: 12.04.2019, 18h38

Forte pression d'ordre politique

L’auteur anonyme est bien informé. Il a sans doute des relais internes. Il envoie par ailleurs ses messages au moment d’une transition, sur le plan politique et à la tête du CHUV. Du trio qu’il formait avec le conseiller d’État Pierre-Yves Maillard et le directeur général Pierre-François Leyvraz, Oliver Peters sera le seul à rester, comme directeur adjoint. En outre, le contexte est tendu autour du CHUV: la droite veut le transformer, sans le privatiser, en un établissement autonome de droit public. Une telle évolution couperait l’hôpital du lien direct avec le chef du Département de la santé et de l’action sociale. C’est-à-dire, dès le mois de mai, la socialiste Rebecca Ruiz, qui succédera à Pierre-Yves Maillard. C’est dans ce contexte qu’interviennent les lettres anonymes. Le député Philippe Vuillemin ne goûte guère le rapprochement qui peut être fait. Son parti, le PLR, mène le combat pour l’autonomisation du CHUV: «Nous ne nous reconnaissons pas dans ces lettres anonymes qui n’ont rien à voir avec le débat politique. Et je salue la décision du CHUV de déposer une plainte pénale. On ne peut pas laisser dire n’importe quoi.» Philippe Vuillemin est aussi vice-président de la Commission de santé publique, qui passe au crible la situation du CHUV: «Il est juste que des questions soient posées et que les députés soient renseignés», affirme-t-il.

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