Entre dénonciations et menace de plainte, la crise s’aggrave au POP

PolitiqueDans le sillage d’accusations à l’encontre du président et du secrétaire général du parti, un militant durcit le ton.

Image: ROD MATHIEU

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La tension monte d’un cran, au Parti ouvrier populaire. Luis Misiego, qui se dit militant depuis dix ans mais formellement membre du POP depuis novembre, a décidé que, «puisqu’ils ne veulent pas régler les problèmes et se mettre en conformité, il faut utiliser d’autres moyens pour qu’ils comprennent». «Ils», ce sont en premier lieu le secrétaire général du parti (suisse et vaudois), Christophe Grand, et son président, Gavriel Pinson. Mais «ils», ce sont aussi ceux qui «sont complices en ne faisant rien ou en profitant de la situation».

Pour rappel, «24 heures» révélait à la fin d’avril qu’une vingtaine de membres du POP avaient signé un courrier dénonçant le manque de démocratie interne et le non-respect des statuts du parti. Certains, dont Monique Misiego, la femme de Luis, ont été invités à en discuter avec le député Marc Vuilleumier et l’ancienne députée Christiane Jaquet-Berger. «Sans que cela n’ait de conséquence», dit Luis Misiego. Marc Vuilleumier ne nie pas avoir constaté que «tout n’a pas été fait parfaitement. On peut toujours améliorer le fonctionnement du parti et nous le faisons, en mettant en place une meilleure formation.»

Luis Misiego juge que cela n’est pas suffisant. Il lance trois offensives contre les méthodes du POP. Et fait sortir la crise en dehors du cercle du parti. Car «depuis deux ans au moins, ajoute-t-il, les décisions du parti ne reposent sur rien». Christophe Grand concentre la colère. Mais ce n’est pas le seul: les députés popistes Vincent Keller et Marc Vuilleumier en prennent pour leur grade.

Le Code civil violé?

«Tout sociétaire est, de par la loi, privé de son droit de vote dans les décisions relatives à une affaire ou un procès de l’association, lorsque lui-même, son conjoint ou ses parents ou alliés en ligne directe sont parties en cause.» Voilà ce que dit l’article 68 du Code civil suisse. Pour Luis Misiego, «il est évident que Christophe Grand viole la loi». Les frondeurs reprochent en effet au secrétaire général d’avoir participé à des décisions le concernant. Pour l’octroi d’un abonnement général et pour décider de son augmentation de salaire. Le vice-président du parti, Luca Schalbetter, a d’ailleurs confirmé ces faits sans y voir de problème. «Il va être très difficile de déposer une plainte, mais je suis déterminé à aller jusqu’au bout et à faire tout mon possible s’ils ne se mettent pas en conformité», prévient pourtant Luis Misiego.

Christophe Grand reste serein. «Je sais d’où ça vient… Luis Misiego a formellement adhéré en novembre dernier. Il ne vient jamais aux assemblées. On dirait que son seul but, c’est de créer des conflits. Monique et Luis Misiego étaient beaucoup moins à cheval sur les pratiques quand leur fille, Céline Misiego, était secrétaire cantonale!» Concède-t-il que la participation à des votes le concernant peut déranger? Non. «Je n’ai aucun problème. Mon augmentation, c’est 200 francs par mois sur un salaire pas mirobolant. Je suis à 30%, mais je fais beaucoup de bénévolat et je ne compte pas mes heures. Tout ça devient ridicule.»

Deuxième angle d’attaque, cette fois-ci dirigé contre des élus. Luis Misiego estime en effet que les députés popistes Vincent Keller et Marc Vuilleumier «ont caché et cautionné le comportement de (…) M. Christophe Grand», dit-il dans son courrier, parvenu au secrétariat du Grand Conseil. Il y accuse là aussi Christophe Grand d’avoir violé l’article 68 du Code civil. Igor Santucci, secrétaire du Grand Conseil, confirme avoir reçu la missive. Il a répondu que «ni le Grand Conseil ni son Bureau ne sont compétents». Marc Vuilleumier ne s’émeut pas de cette attaque. «Je prends ça d’où ça vient, c’est-à-dire de gens qui ne font que critiquer sans arrêt le parti, alors que Mme Misiego préside une section qu’elle n’a pas réunie depuis deux ou trois ans!»

«Il faut que ces gens redescendent sur terre et cessent de mentir et de tricher»

Vincent Keller ne dit pas autre chose. «Tout ça ne m’inspire pas grand-chose. Si ce n’est: quel est l’intérêt pour ces personnes de détruire un parti qui va bien?» Lui aussi concède que tout n’a pas toujours été fait «idéalement». «Mais Christophe Grand apprend.» Pour le député, «c’est une non-affaire. Ces personnes auraient dû venir dans les assemblées générales pour parler de tout ça, débattre et tenter de convaincre la majorité. C’est comme ça que ça devrait se passer.»

Une exonération illégitime?

Troisième et dernière salve: l’exonération fiscale dont bénéficie le POP. Les directives qui règlent cette question «interdisent à un salarié de siéger dans les organes dirigeants du parti», dit la lettre que Luis Misiego a envoyée le 25 mars à l’Administration cantonale des impôts (ACI). Il poursuit: «Je demande que cette association (ndlr: le POP) soit privée de l’exonération fiscale dont elle bénéficiait jusqu’à présent.» L’ACI ne souhaite pas commenter, en vertu du secret fiscal. Pour l’heure, donc, impossible de savoir quelle suite aura cet angle d’attaque. Christophe Grand, lui, dit ne pas se mêler de ces questions. «C’est le travail du caissier; moi, je ne m’occupe pas de ça.»

Luis Misiego, lorsque les intéressés l’accusent de vouloir faire imploser le POP, rétorque: «Il faut que ces gens redescendent sur terre et cessent de mentir et de tricher.» Il avoue aussi s’être décidé à agir comme il le fait aujourd’hui un soir où sa femme est rentrée d’une réunion du POP meurtrie par les attaques qu’elle y subissait. Marc Vuilleumier conclut: «Ces personnes devraient démissionner ou alors être exclues du POP.»

Créé: 06.05.2019, 18h23

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