Les dentistes refusent les tests gratuits pour enfants

SantéMaillard veut une contrepartie à la hausse des coûts pour les personnes au social. Refus des indépendants, mais intérêt des cliniques.

L'Etat de Vaud paie pour 30 millions de francs par an pour les soins dentaires des personnes bénéficiant des régimes sociaux. Le nouveau tarif représenterait une hausse de 6 à 8 millions. Image: Odile Meylan

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En mars, les Vaudois disaient non à 57,5% à une assurance dentaire. Mais partisans et opposants se rejoignaient sur un point: il faut faciliter l’accès aux soins pour certaines catégories de la population, comme les enfants et les personnes entrant en EMS.

C’est pour ces deux catégories que le conseiller d’État socialiste Pierre-Yves Maillard a proposé un package aux dentistes, avec des tests de dépistage gratuits ou à prix «fortement réduits». Mais la Société vaudoise des médecins-dentistes (SVMD) ne veut pas entendre parler de gratuité et a récemment quitté la table des discussions. Les cliniques dentaires privées y sont restées. Idem pour le CHUV et la Policlinique médicale universitaire (PMU).

Si Pierre-Yves Maillard a proposé un tel paquet, c’est pour compenser une hausse des dépenses de l’État. Car en fait les négociations portent surtout sur les tarifs que l’État de Vaud paie pour les soins dentaires des personnes qui bénéficient des régimes sociaux (revenu d’insertion, PC familles, rente-pont). Aujourd’hui, l’État de Vaud met environ 30 millions de francs par an. Ce chiffre devrait augmenter dans une fourchette allant de 6 à 8 millions.

Pourquoi? Parce que l’État se calque sur le tarif utilisé depuis janvier par les assurances sociales fédérales (assurance invalidité, assurance accidents et assurance militaire), négocié avec la Société suisse des médecins-dentistes (SSO). L’ancien tarif date des années 90. Pour l’AI, qui rembourse pour 60 millions de francs de soins dentaires par année, la hausse sera de 10%.

Problème de budget

En fait, Pierre-Yves Maillard refuse de payer une hausse de tarif pour des prestations identiques. D’où son idée des tests gratuits ou à prix réduit. «Les assureurs maladie ont refusé le nouveau tarif, explique le ministre. Nous n’excluons pas de le prendre en compte, car il est reconnu au niveau fédéral par les assurances sociales. Dans le même temps, le Grand Conseil nous demande d’étudier de nouvelles prestations. C’est sur cette demande que nous voulons mettre la priorité. Nous n’avons pas de marge dans le budget de mon département pour payer une telle somme juste à cause d’un nouveau tarif.»

Il ajoute: «Les tarifs dentaires avoisinent les 300 francs par heure. Une fois les frais fixes déduits, il reste 100 à 150 francs par heure de rémunération, cela pour les patients bénéficiant des régimes sociaux. Ces tarifs ne sont de loin pas choquants.»

Pas réévalué depuis 25 ans

Il est vrai que les dentistes s’étaient ralliés à l’idée de faciliter l’accès aux soins pendant la campagne. «Mais il n’a jamais été question de gratuité de notre côté», explique Jérôme Simon-Vermot, secrétaire général de la SVMD. «Pour nous, l’idéal serait de remplacer le dépistage scolaire par un contrôle chez le dentiste.» Quant aux personnes âgées, la SVMD travaille notamment sur l’idée de faciliter le travail des dentistes dans les EMS.

Pour les dentistes, le paquet de Pierre-Yves Maillard nie le renchérissement des prix et des salaires depuis les années 90. Ils ne comprennent pas non plus pourquoi Vaud appliquerait un système particulier. «En face de nous, il n’y a pas d’arguments, hormis politiques, pour prouver l’économicité et l’adéquation du modèle proposé, ajoute Jérôme Simon-Vermot. Les propositions ne tiennent pas compte de la typologie des différents cabinets, alors que certains sont spécialisés dans la prise en charge des plus jeunes ou des personnes âgées ou handicapées.»

«Responsabilité sociale»

La donne est différente du côté des cliniques dentaires. Ainsi le groupe Adent a aussi pour objectif final d’appliquer le tarif révisé. «Mais nous comprenons que le Canton de Vaud ait besoin d’une période d’adaptation», explique Maren Knief Clerc, chief operating officer. «C’est notre canton d’origine, où nous sommes fortement implantés, et nous tenons à pouvoir y définir un modèle pratique et réaliste en partenariat avec les autorités et les autres acteurs. C’est une question de responsabilité sociale.»

Créé: 27.09.2018, 07h12

Et les patients privés?

Le nouveau tarif est aussi en vigueur depuis le 1er janvier partout en Suisse pour les patients privés des praticiens de la Société suisse des médecins-dentistes (SSO). Si l’AI et le Département de la santé prévoient une hausse des coûts à leur charge, qu’en sera-t-il pour les patients privés?

Leur facture ne devrait pas changer, selon Jérôme Simon-Vermot, secrétaire général de la Société vaudoise des médecins-dentistes (SVMD). «L’un des buts de ce nouveau tarif est la neutralité des coûts pour la patientèle privée», explique-t-il. En effet, tant avec l’ancien que le nouveau système tarifaire, les dentistes ont une certaine marge de manœuvre. «Dès lors, ils ont déjà pu adapter leurs tarifs au renchérissement au fil du temps pour leur patientèle privée», ajoute Jérôme Simon-Vermot.

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