Selon les dentistes, un Vaudois sur quatre renonce à se soigner

VotationLe chiffre doit être pris avec des pincettes selon les praticiens. Ils appellent les autorités à mieux informer les patients.

Image: Keystone

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Vingt-cinq pour cent. Ce serait la proportion de Vaudois qui renoncent à aller chez le dentiste pour des raisons financières. Ce chiffre impressionnant émane d’une étude menée par l’Institut de sondage alémanique Demoscope. L’étude a été commanditée par la Société suisse des médecins-dentistes (SSO), et ses prinicipaux résultats sont publiés ce samedi. Mais les dentistes l’assurent: dans le contexte du vote vaudois sur le remboursement des soins dentaires, ce chiffre est un argument contre une assurance obligatoire.

Moins en Suisse allemande

Selon Demoscope, 16% des personnes interrogées (représentant la population suisse) ont renoncé à un traitement pour des raisons financières en un an. La moyenne est plus importante en Suisse romande: 25% en terres vaudoises, mais 26% en Valais, à Neuchâtel, à Fribourg et dans le Jura, 20% à Genève. Bâle, Soleure et Argovie sont à 19%; Zurich et Saint-Gall à 10%. En parallèle, 34% de la population suisse ignore qu’il existe des aides financières publiques pour les soins dentaires et que certaines opérations sont prises en charge par l’assurance-maladie, l’assurance-accident ou l’assurance-invalidité. Ce chiffre est de 36% dans le canton de Vaud.

La SSO appelle à la prudence devant ces chiffres, car il existe plusieurs méthodes pour calculer le taux de renoncement. Le résultat dépend du caractère «nécessaire» ou non d’un traitement, mais aussi de la façon de poser les questions. Ainsi, l’Office fédéral de la statistique parle de taux entre 3,4% à 6,4% selon les années.

Information et prévention

Dès lors comment faut-il interpréter les résultats de Demoscope? Pour cela, la SSO a mandaté Willy Oggier, économiste de la santé à Zurich. Il met en avant le manque d’information à la population: «C’est une faillite du gouvernement et des responsables politiques, commente-t-il. Le premier devoir d’un ministre de la Santé est d’informer de ses droits la population, et particulièrement celle avec un faible revenu et une faible formation. La première solution est d’informer et de réduire les obstacles pour obtenir une aide. Si le processus est compliqué, la population avec une faible formation ne fait pas de démarche.» Parmi les autres solutions, Willy Oggier souligne notamment l’importance de la prévention chez les enfants, via les dentistes scolaires et la formation des professionnels de l’enfance.

«Ce résultat ne me choque pas en tant que tel, explique le dentiste lausannois Olivier Marmy, vice-président de la SSO. Derrière ce taux, il y a les renoncements au sens médical, où les patients renoncent malgré une pathologie ou une douleur par exemple. Il y a aussi de nombreux renoncements non médicaux, c’est-à-dire renoncer à un soin qui n’est pas médicalement indispensable, comme remplacer une molaire, ou différer un traitement esthétique.»

«Des aides variables»

Le taux de renoncement annoncé par Demoscope ne surprend pas les partisans de l’initiative pour une assurence dentaire. Eux-mêmes tablent sur un taux de 10% à 20%. Mais ils réfutent les conclusions sur le manque d’information. «Mieux informer la population sur les aides publiques? Concernant les adultes, seules les personnes qui bénéficient des régimes sociaux peuvent voir leurs soins financés par l’État, note la socialiste Brigitte Crottaz. L’argument des dentistes est qu’il existe des solutions pour se faire aider. Or cela relève du privé et s’apparente à de la charité pour les adultes. Concernant les enfants, les aides financières sont variables en fonction des communes.»

Pierre-Yves Maillard, conseiller d’État socialiste à la tête de la Santé, réfute d’une part un manque d’information et d’autre part qu’il s’agirait de l’origine du problème. Il note que les bénéficiaires des régimes sociaux sont suivis et informés soit par une agence d’assurance sociale, soit par les assistants sociaux de l’aide sociale. «Les gens qui n’ont pas droit aux régimes sociaux ont naturellement moins accès aux informations, ajoute-t-il. Le problème, c’est justement que la classe moyenne n’a droit à aucune aide pour soigner ses dents. On peut bien l’en informer, ça ne l’aidera guère.» (24 heures)

Créé: 24.02.2018, 08h53

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