«Dépendre d’un ministre est idéal pour le CHUV»

SantéAlors que la droite veut réformer la gouvernance du CHUV, son directeur Pierre-François Leyvraz défend le système actuel

Créer un conseil d’administration du CHUV entraînerait
des retards, selon Pierre-François Leyvraz.

Créer un conseil d’administration du CHUV entraînerait des retards, selon Pierre-François Leyvraz. Image: Keystone

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Mardi dernier, le Parti libéral-radical (PLR) a lancé l’assaut contre le CHUV. Objectif: «dépolitiser» l’Hôpital cantonal en lui créant un conseil d’administration. En clair: faire en sorte que le conseiller d’État socialiste Pierre-Yves Maillard n’ait plus la haute main sur le CHUV, qui n’est légalement qu’un service de son Département de la santé. Alors que le CHUV est traité de «dévoreur de ressources» par le PLR, son directeur général, Pierre-François Leyvraz, réplique. Pour lui, avoir un conseil d’administration au-dessus de sa tête n’apporterait rien de bon au CHUV.

En quoi le fait d’avoir un ministre de la Santé comme supérieur direct est-il bénéfique pour le CHUV?

Je suis médecin, je n’ai pas de positionnement politique, et je cherche avant tout le meilleur système de gouvernance pour diriger un hôpital dans l’intérêt du patient. Mon expérience de dix ans à la tête du CHUV m’a montré que, comme service de l’État, notre position est idéale. Elle permet une relation directe, régulière et rapide, sans intermédiaire. Il est des situations où il faut agir vite. Récemment, des difficultés sont apparues aux soins intensifs. En une discussion, Pierre-Yves Maillard a validé les changements que j’envisageais. Les choses ont pu être faites en dix jours. Si j’avais dû en référer à un conseil d’administration, j’aurais dû attendre la séance suivante. Cela aurait entraîné un retard préjudiciable.

En écartant la question de la rapidité, en quoi est-ce légitime que l’autorité du CHUV soit politique? Quelle en est la plus-value?

Comme ministre de la Santé, Pierre-Yves Maillard a une vision d’ensemble sur les enjeux de santé publique. Cela garantit que le CHUV et nos décisions soient toujours en harmonie avec les orientations sanitaires du Canton. C’est une question de santé publique. L’idée qu’il intervient régulièrement dans l’opérationnel n’est pas exacte. Il est parfois amené à le faire, mais toujours en concertation avec la direction. Un autre exemple: si la Fondation Ludwig nous a choisis pour un investissement d’un demi-milliard de francs sur trente ans pour la recherche en oncologie, l’un des motifs a été la possibilité d’un dialogue rapide avec le monde politique, ce qui garantit un investissement public dans ce domaine.

Cette proximité vous met-elle en position privilégiée face à des acteurs privés accusant P.-Y. Maillard de les brider?

Non, pas du tout. Il n’y a aucun favoritisme. Nous sommes soumis, cependant, aux règles spécifiques à nos missions d’hôpital de dernier recours.

Tirez-vous avantage à l’avoir comme supérieur, lui qui veut aligner les salaires maximaux des médecins aux vôtres?

Non. L’arrivée d’un médecin de haut niveau ne s’explique pas seulement par le salaire, mais aussi pour son environnement de travail. Le cardiologue René Prêtre est venu chez nous parce que nous lui offrions des conditions particulières pour faire son travail, en termes de recherche notamment.

On peut se dire que le CHUV pourrait être plus libre, sur le plan médical, sans devoir en référer en politique. Le PLR y voit aussi une possibilité de diminuer vos coûts.

Notre autonomie est garantie par la loi sur les hospices cantonaux. Elle n’a rien à voir avec le statut juridique. Nous transformer en «établissement autonome de droit public», comme le propose le PLR, ne changerait rien. Un conseil d’administration ne changerait rien non plus à nos coûts, car ils sont liés à notre mission. On nous traite de mastodonte. Oui, le CHUV en est un. C’est lié à son rôle, comme hôpital de ville de Lausanne, comme référence pour les autres établissements hospitaliers et comme hôpital universitaire avec la vocation d’offrir les prestations les plus modernes à la population.

Et concernant les accusations d’opacité?

C’est une contre-vérité. Nous sommes audités par le Contrôle cantonal des finances, par un service d’audit interne, par des commissions du Grand Conseil. Notre plan stratégique est ouvert et transparent, validé par le Conseil d’État et le Grand Conseil. L’appareil démocratique a une vision complète et permanente sur notre activité. Si notre gestion était opaque, le Grand Conseil et le Conseil d’État ne nous auraient jamais accordé près de 800 millions de francs d’investissements sur les dix dernières années.

À vous entendre, le modèle d’un conseil d’administration est moins bon.

Je ne vois pas en quoi avoir un conseil d’administration serait moderne. Au contraire, notre situation est moderne. La mission des conseils d’administration des nombreux acteurs hospitaliers du canton est de défendre leurs intérêts légitimes, mais particuliers. L’idéal serait que tous les hôpitaux d’intérêt public aient une gouvernance commune. Cela garantirait une mobilité des compétences et des médecins. La responsabilité actuelle est trop fractionnée. La santé de la population est une tâche régalienne de l’État. (24 heures)

Créé: 02.09.2018, 18h35

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