Les dépenses des ex-chefs de Testuz face à la justice

ProcèsLicenciés avec effet immédiat en 2015, le directeur et la vice-directrice de Testuz, en couple, doivent répondre d’abus de confiance et de gestion déloyale.

La maison Testuz avait évité la faillite grâce à son rachat par Obrist, filiale de Schenk, en juillet 2015.

La maison Testuz avait évité la faillite grâce à son rachat par Obrist, filiale de Schenk, en juillet 2015. Image: DOMINIC FAVRE - A

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Le licenciement à l’américaine, en avril 2015, du directeur et de la vice-directrice de Jean et Pierre Testuz SA (JPT), à Treytorrens, avait fait grand bruit à Lavaux, où le déclin de l’entreprise vinicole phare de la région touchait financièrement et émotionnellement de nombreux acteurs de la branche. Le principal actionnaire et administrateur président, Me Olivier Bourgeois, avait évoqué à l’époque une «divergence profonde de vision avec le conseil d’administration» pour justifier ces limogeages éclair. Lundi au Tribunal d’arrondissement de Vevey, on a découvert les réels griefs qu’il formulait dans une plainte pénale contre ces deux employés. Ils se retrouvent accusés d’abus de confiance et de gestion déloyale.

Au menu de l’acte d’accusation, dont les prévenus ne nient qu’une partie, on leur reproche des bonus indus (137'500 fr.), des dépenses personnelles telles que vacances, repas ou pressing payées avec les cartes de crédit professionnelles (plus de 215'000 fr.) et l’achat, fin 2014, alors que la société périclitait, de deux abonnements généraux CFF 1re classe (9800 fr.) alors qu’ils disposaient chacun d’une voiture de fonction.

Voiture de sport et bonus

Il est reproché en particulier au directeur l’achat en leasing d’une voiture de sport (146'000 fr.), une Wiesmann Roadster MF4, par le biais d’une société fille de JPT, en échange de l’utilisation du patronyme du prévenu pour la nommer. Mais aussi un «coulage» de bouteilles de vin pour environ 45'000 fr. et une mauvaise gestion des stocks, augmentant artificiellement la valeur de l’entreprise.

Enfin, l’ancien directeur a des arriérés de 45'000 francs de pension alimentaire envers son ex-femme et leurs deux enfants.

L’ex-directeur et son ancienne assistante de direction, devenue responsable opérationnelle puis vice-directrice, sont en couple depuis «fin 2010 à tout le moins», indique l’acte d’accusation, et parents aujourd’hui. L’ascension rapide n’est pas contestée. Mais précisée par la prévenue: «Il m’a nommée vice-directrice pour que j’aie plus de respect de la part des employés.»

Rémunérée 7300 francs brut lors de son embauche en juillet 2008, elle était déjà augmentée de près de 2000 francs en novembre de la même année. L’année 2010, où le couple se forme, est marquée par deux augmentations, une voiture de fonction plus des montants forfaitaires notamment pour des «frais d’habillement». Le 1er janvier 2011, juste après que le directeur annonce sa relation intime à l’administrateur président, la prévenue est nommée vice-directrice. Son salaire plafonnera à 15'000 francs dès 2013. En plus de cela, des bonus pour un total de 137'500 francs en six ans lui ont été octroyés.

L’oral de la «vieille école»

Questionnée par la présidente, l’ex-vice-directrice ne se dit pas choquée que ces bonus lui aient été attribués par son concubin. Le fait qu’il les ait octroyés seul alors qu’il ne disposait que d’une signature collective à deux? Pas choquant non plus. Qu’il n’y ait pas de trace écrite attestant de la plupart de ces gratifications l’étonne davantage. Les décisions entre le directeur et Me Bourgeois étaient majoritairement prises par oral, l’administrateur président revendiquant les méthodes de la «vieille école» et la confiance réciproque, témoigne-t-elle. Un témoin évoque même une «relation filiale» entre les deux hommes.

Et en effet, les pièces et les détails manquent cruellement dans cette affaire et les versions divergent. Les tickets dispendieux de repas du soir pour deux personnes dans des bons restaurants de Berne, ex-lieu de domicile du couple de directeurs, étaient «des repas d’affaires», selon eux. Mais ils ne peuvent pas fournir de liste précise de leurs invités. «C’est qu’ils mangeaient ensemble aux frais de l’entreprise!» accuse la procureure, sans davantage de preuves. Et ces 72 bouteilles livrées en 2012 au domicile valaisan de l’ex-femme du directeur, dont la facture a disparu? «Je suppose qu’elle était cliente», essaie l’ex-directeur.

Aujourd’hui, le couple travaille toujours dans le commerce de vins. Lui est consultant indépendant. Quant à elle, elle est récemment devenue propriétaire de l’entreprise vinicole familiale de son ami, finançant cette reprise grâce au 3e pilier de ce dernier.

Le réquisitoire et les plaidoiries ont lieu ce mardi.

Créé: 02.09.2019, 22h07

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