Une députée s’inquiète de classes d’école trop pleines

FormationA force d’entendre des enseignants se plaindre, la Verte Sylvie Podio demande des chiffres précis sur les effectifs des classes.

De nombreux acteurs du terrain se plaignent de classes d'école trop peuplées. Le Département rétorque que la loi est respectée.

De nombreux acteurs du terrain se plaignent de classes d'école trop peuplées. Le Département rétorque que la loi est respectée. Image: PASCAL FRAUTSCHI/A

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Députée Verte et municipale des Écoles à Morges, Sylvie Podio côtoie régulièrement les acteurs scolaires du canton. En discutant çà et là, elle s’est aperçue qu’une plainte revenait souvent: «Les enseignants que je rencontre, dit-elle, déplorent souvent avoir des effectifs trop lourds dans leurs classes.» Les groupes dépassant durablement la limite réglementaire de 18 à 20 élèves seraient fréquents. Dans une interpellation, l’élue demande donc à connaître la réalité du phénomène: «Il s’agit, poursuit-elle, d’objectiver une perception diffuse.» Le sujet semble d’autant plus important au moment où se met en place le «Concept 360°» pour l’inclusion dans les classes régulières des élèves à besoins particuliers.

Dans les années 1990-2000, la question des effectifs animait régulièrement la scène politique vaudoise. À cause de la crise de ses finances, l’État avait tendance à tasser les classes d’école de manière à économiser des périodes d’enseignement. Le pilotage des ouvertures de classes était mené par le Département de la formation et remontait directement au Conseil d’État en cas de litige. Puis, en 2002, l’ancienne conseillère d’État Anne-Catherine Lyon a pacifié l’affaire en faisant démarrer le système de l’enveloppe pédagogique où chaque direction reçoit une allocation de ressources, à dépenser selon les spécificités locales.

«Des enseignants se plaignent de sureffectifs dans leurs classes»

Le sujet n’en revient pas moins aujourd’hui sur la table du Grand Conseil, même s’il ne soulève plus autant de passions. Dans les collèges, les difficultés des enseignants semblent multiples. C’est ce qu’en dit Gilles Pierrehumbert, président de la Société vaudoise des maîtres secondaires au syndicat SUD. Il dénonce un grand nombre de situations où l’article 61 du règlement de la loi sur l’enseignement obligatoire (RLEO) n’est pas respecté: «Lorsqu’une classe dépasse durablement l’effectif légal, des mesures doivent être prises; or ça n’est jamais fait.»

Le spécialiste, lui-même enseignant, évoque de nombreux cas de collègues en incapacité de travail. Il observe que les établissements peinent à prendre des mesures comme les dédoublements de classe à cause des complexités et des coûts que cela entraîne.

À la Société pédagogique vaudoise, qui rassemble plutôt les maîtres du primaire, le président, Gregory Durand, constate aussi une réticence des directions à dédoubler les classes au motif que leur enveloppe pédagogique n’est pas assez fournie: «Nous avons demandé une cartographie des effectifs pour voir ce qui est fait exactement.» La SPV revendique en outre un nombre d’élèves par classe à 16 pour les petits de 1 et 2 P (école enfantine), afin de permettre une meilleure observation des élèves et de repérer assez tôt les besoins particuliers s’il y en a.

«Conformes à la loi»

Serge Martin, directeur général adjoint de l’école obligatoire, ne fournit pas l’ensemble des informations à ce stade, réservées en primeur au Grand Conseil qui devrait les recevoir dans quelques semaines: «Ce que je peux dire en revanche, c’est que les chiffres sont conformes aux volontés de la loi. Les dépassements d’effectifs sont très marginaux. N’oublions pas qu’avec la LEO, le système se veut très perméable et permet des réorientations au semestre en voie générale, ce qui peut entraîner une grande variabilité dans les effectifs, à la hausse comme à la baisse.» Le responsable réaffirme la «réelle volonté» du DFJC (Département de la formation, de la jeunesse et de la culture) de veiller au respect des normes.

La loi promeut en outre un modèle adaptable où chaque établissement forge la formule qui convient à son contexte: «Les établissements peuvent choisir entre les différents besoins, selon qu’ils veulent des effectifs bas ou garder des ressources pour d’autres projets, comme la présence en classe de plusieurs intervenants.»

Créé: 05.12.2019, 18h34

Les directions font un contat mitigé

Qu’en pensent les directions d’école? L’Association des directeurs des établissements scolaires officiels vaudois (ADESOV) affiche un point de vue nuancé. Le président, Gérald Morier-Genoud, à la tête de l’établissement primaire et secondaire du Jorat, avance que l’effectif d’une classe ne fait pas tout: «Parfois, des classes à 23 vont bien, tandis que d’autres à 18 dysfonctionnent. Cela dépend souvent de la présence ou non d’enfants au comportement perturbateur qui peuvent être très déstabilisants. Sur le plan de l’organisation, il n’est cependant pas toujours facile de faire baisser le nombre d’élèves dans une classe et l’assistanat offre une bonne alternative.»

Le directeur ne peint cependant pas un tableau idyllique. Il rapporte que le niveau de l’enveloppe budgétaire tel qu’accordé aujourd’hui permet d’organiser les classes avec une moyenne de 19,5 à 20 élèves: «On est déjà dans le haut de la fourchette autorisée par le règlement. Il est correct de dire que nous sommes dans la cible, mais c’est parfois limite; en particulier pour les établissements de petite taille, souvent en campagne, où les directions ont moins de marge de manœuvre. Ces petites entités doivent faire de l’équilibrisme pour parvenir à respecter les normes.»

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