Les députés plaident pour une aide à la presse

PolitiqueLe Canton de Vaud doit-il soutenir les médias régionaux pour garantir leur diversité? Le Grand Conseil pense que oui.

La manifestation de soutien à L'Hebdo a réuni près de 300 personnes près du pont Bessières, jeudi dernier.

La manifestation de soutien à L'Hebdo a réuni près de 300 personnes près du pont Bessières, jeudi dernier. Image: Florian Cella

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les députés vaudois ne restent pas de marbre face à la disparition de L'Hebdo et aux restructurations qui touchent les médias, de manière générale. Mardi matin, le Grand Conseil a longuement discuté d'une résolution du Vert Vassilis Venizelos, cosignée par un membre de chaque groupe parlementaire. Peu avant, les socialistes Valérie Induni et Alexandre Démétriadès avaient déposé un postulat demandant au Conseil d'Etat d'étudier la «faisabilité d'un soutien financier direct ou indirect cantonal» aux différents médias romands.

Quant au texte de la résolution, il demande au Conseil d'Etat de «tout mettre en œuvre pour préserver et promouvoir l'implantation dans notre Canton et en Suisse romande d'éditeurs de médias de qualité se faisant écho d'un large spectre d'opinions et d'idées». Il a été largement accepté par 89 oui, 27 non et 16 abstention. L'opposition émanait en grande partie d'élus UDC. Fabienne Despot a été leur porte-voix, s'emportant contre une presse «univoque, de gauche, pro-européenne et moralisatrice».

Sur le principe, les députés se sont accordés à défendre la diversité de la presse, garante d'un bon fonctionnement de la démocratie. Mais tous ne s'accordent pas sur la manière. Aide directe – par le biais d'une subvention aux médias comme cela se fait en France – ou indirecte? Le débat a notamment porté sur cette question, qui fait appel à la notion d'indépendance journalistique. Pour le socialiste Denis-Olivier Maillefer, cofondateur et administrateur du journal L'Omnibus, le système français fonctionne. «Les grands titres de presse reçoivent des millions de francs et permettent à la démocratie de fonctionner: ce qui se passe avec l'Affaire Fillon le démontre bien.» «Je ne crois pas à la sainteté d'un comité de rédaction. On finit toujours par ne pas oublier ceux qui vous font vivre, ne serait-ce que par politesse», a objecté le PLR Philippe Vuillemin.

Le débat doit avoir lieu sur le plan fédéral, ont en outre insisté plusieurs élus, rappelant qu'une future loi sur le sujet était en préparation. L'importance de l'aide à la presse indirecte a ainsi été soulignée. Elle existe aujourd'hui pour la presse locale ou associative au travers d'un tarif préférentiel de la Poste sur la distribution. «Or, cette aide se réduit d'année en année et c'est une vraie menace pour les petites publications qui en dépendent et participent pleinement au débat démocratique» a relevé Julien Sansonnens (La Gauche). Le socialiste Laurent Ballif a quant à lui suggéré que l'Etat de Vaud renonce à sa Feuille des avis officiels, «illisible et imbuvable», afin de publier ces informations dans des journaux. «Ce sont des centaines de milliers de francs qui pourraient leur revenir ainsi. C'est une solution simple.»

La balle est dans le camp du Conseil d'Etat. Par la voix de Philippe Leuba, celui-ci a relevé que la disparition de L'Hebdo et les difficultés du Temps «sont une source de préoccupation importante». Le ministre a annoncé travailler sur ce dossier avec le gouvernement genevois, et que les dirigeants du groupe Ringier Axel Springer viendraient prochainement à Lausanne pour une rencontre, comme le Conseil d'Etat vaudois l'avait demandé.

Soulignant «la nécessité pour le peuple souverain de bénéficier d'une information exacte, pondérée, diversifiée et indépendante» à l'heure des fake news véhiculées par les réseaux sociaux, Philippe Leuba a écarté l'idée d'une aide à la presse directe avec cette formule: «La Pravda a fait peu pour l'avancée de la démocratie et de l'Etat de droit en URSS.»

Créé: 07.02.2017, 14h07

Charge UDC contre «L'Hebdo»

Dans une longue intervention, l'UDC Fabienne Despot a pris position contre la résolution Venizelos, attribuant le destin funeste de «L'Hebdo» à la déconnexion de sa ligne éditoriale avec la population. «Si «L'Hebdo» a déclaré forfait, c'est parce qu'on ne le lit plus. Oui je suis inquiète pour la diversité de la presse, une presse qui doit fournir des informations plutôt que des commentaires et des mises au pilori. Mais en quoi la disparition d'un des principaux vecteurs de la bien-pensance, pour ne pas dire de la pensée unique, nuit à la diversité de presse?» a questionné l'élue. En préambule, celle-ci avait précisé ne pas se réjouir de la mort d'un journal et penser aux employés restés sur le carreau.

Sa charge n'en a pas moins fait réagir de nombreux députés de gauche, qui se sont relayés au micro pour expliquer que la mort de «L'Hebdo» était due à la perte, non de lecteurs, mais de revenus publicitaires. Ceux-ci migrent sur d'autres supports numériques appartenant aussi au même groupe de presse, «lequel se débarrasse ensuite de ce qui n'est plus rentable: la presse», a résumé le socialiste Samuel Bendahan.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.