Les députés privés de poubelles et d’horloge

VaudAprès deux mois dans leurs nouveaux locaux, des élus pointent du doigt les petits tracas du quotidien. La commission de projet se défend.

Les députés auraient dû rentrer dans leur nouvelle salle en août. L’inauguration a été avancée et le bâtiment est encore en rodage.

Les députés auraient dû rentrer dans leur nouvelle salle en août. L’inauguration a été avancée et le bâtiment est encore en rodage. Image: Keystone/Jean-Christophe Bott

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L’architecte du nouveau Parlement refuserait-il que des poubelles et une horloge dénaturent son œuvre? C’est la question qui revient dans la bouche de plusieurs députés après deux mois passés dans leur nouvelle salle, inaugurée le 14 avril. Ils ont vite remarqué qu’ils devaient désormais sortir de la salle pour jeter leurs déchets et qu’ils étaient obligés de regarder leur poignet, leur téléphone ou leur ordinateur pour savoir si les débats tirent en longueur. De quoi être décontenancé après avoir siégé au Palais de Rumine. Là-bas, de nombreux rangs de sièges avaient leur propre bac à déchets et une horloge numérique aux chiffres rouges ornait l’un des murs de la salle.

Le sujet est sensible au point que le Bureau du Grand Conseil a désigné un groupe «consultatif» d’utilisateurs et que chaque parti politique y sera représenté par l’un des siens pour récolter les avis de ses collègues. Bien sûr, ce groupe ne discutera pas seulement des poubelles et de l’horloge, mais de tout ce que les utilisateurs d’un bâtiment «en rodage» découvrent au moment d’y siéger.

Pieds froids

Même si les députés se réjouissent d’avoir un nouveau bâtiment et une salle enfin lumineuse, on trouve de tout parmi les points à améliorer: «Nous n’avons pas de point d’eau à la sortie de la salle et les prix du vin à la buvette ont augmenté», constate un homme de droite. Un socialiste ajoute: «Les marches au milieu des rangées de sièges sont casse-gueule et les toilettes sont mal placées, à un étage inférieur.»

Sans oublier des soucis de température, pour certains. Selon une députée de gauche, «la ventilation dérange parfois, car l’air froid arrive sur nos pieds depuis derrière nous. De plus, avec l’acoustique améliorée, les discussions entre collègues nous embêtent. A Rumine, elles se perdaient dans le brouhaha. Pas ici.»

Un député ajoute encore: «Les indications dans les ascenseurs et sur les murs sont faites avec des lettres autocollantes. On a mis des millions dans ce bâtiment et on aurait pu s’attendre à mieux.»

«Le règlement stipule qu’on ne mange pas dans la salle et il n’y a donc pas besoin de poubelles»

Les élus sont-ils surpris par ces critiques de leurs pairs? Pas tant que ça: «Il ne faut pas oublier que nous étions censés entrer dans ce bâtiment en août seulement, commente une femme de droite. Certains ont préféré qu’il soit inauguré avant les élections, pour permettre à tout le monde d’y siéger au moins une fois. Maintenant, il est normal que nous participions au rodage du bâtiment.» Yves Golay, qui préside la Commission de projet du nouveau Parlement, tient à rassurer: les architectes du bureau lausannois Atelier Cube n’ont rien à voir avec le bannissement des poubelles et de l’horloge. C’est l’utilisation de la salle qui a dicté ces disparitions: «Le règlement stipule qu’on ne mange pas dans la salle et il n’y a donc pas besoin de poubelles dans la salle plénière», explique celui qui est aussi l’adjoint du chef du Service immeubles, patrimoine et logistique (SIPAL) de l’Etat de Vaud.

Un parlement sans papier

Deuxième raison: l’objectif est d’arriver un jour à un parlement sans papier. Il faut savoir que de nombreux députés passent une bonne partie de leur temps les yeux rivés sur leur ordinateur portable. Comme la quasi-totalité des documents qu’ils utilisent se trouve sous forme informatique, il n’y a pas besoin de les imprimer pour suivre les débats. Et donc pas besoin de les jeter. De plus, deux poubelles ont été placées à l’extérieur de la salle et permettent le tri entre les déchets ordinaires, le papier et les bouteilles en plastique.

Maître d’ouvrage et architecte notent aussi que la place manque dans la salle. Les deux allées dans la salle du Palais de Rumine permettaient aux députés de circuler et des poubelles avaient pu y être installées. Désormais, la seule allée centrale serait trop étroite pour que les députés y serpentent entre des poubelles. «Sortir pour jeter nos déchets, c’est normal et c’est le principe du pollueur responsable», estime une députée.

Et la disparition de l’horloge? «Ce choix a été fait de manière consciente», explique Yves Golay. Ils sont tellement connectés que la majorité des députés a la possibilité de savoir l’heure sans regarder une horloge murale.

Selon Yves Golay, c’est la commission de projet qui a fait ces choix, avant même la construction du bâtiment et l’aménagement de la salle. «Nous avions fait une liste des équipements nécessaires dans chacun des locaux, ajoute-t-il. Aujourd’hui, le Parlement est en phase d’appropriation, comme tout nouveau bâtiment.»

(24 heures)

Créé: 13.06.2017, 06h43

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