Qui sont les députés qui sortent du lot cette année?

ClassementLe parlement vaudois boucle sa première année de législature. Après dix ans consensuels, les 150 élus se galvanisent enfin. Voici les 10 qui font bonne figure et les 10 qui laissent songeurs.

Sur les 150 députés, trois se sont particulièrement fait remarquer cette année: Hadrien Buclin (SolidaritéS), Christelle Luisier Brodard (PLR) et Marc-Olivier Buffat (PLR).

Sur les 150 députés, trois se sont particulièrement fait remarquer cette année: Hadrien Buclin (SolidaritéS), Christelle Luisier Brodard (PLR) et Marc-Olivier Buffat (PLR). Image: FLORIAN CELLA/JEAN-CHRISTOPHE BOTT/JEAN-BERNARD SIEBER

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Une évaluation des députés est aussi compliquée à réaliser qu’elle peut être vexatoire. Pour ce faire, nous sommes partis des observations des six journalistes de «24 heures» qui se sont relayés pour suivre l’intégralité des séances du Grand Conseil. Un parlement est un théâtre où les députés sont là pour… parlementer. C’est donc sous cet angle que nous les avons scrutés. Lesquels ont le plus marqué les esprits ces douze derniers mois? Pour le meilleur et pour le pire. Le tout en veillant tant bien que mal à garder un équilibre politique.


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Il se dégage un peloton de tête d’une dizaine d’élus. Ceux-ci se sont mis en évidence par leur éloquence, mais aussi, pour les plus besogneux, par leur contribution aux débats. À l’autre bout, on retrouve les députés dont les interventions, ou leur inexistence criante, ont laissé plus que songeurs les observateurs en tribune. Ces élus ont encore quatre ans avant la fin de la législature pour défaire ce classement. Il est entendu que, comme dans tous les parlements, la plus grande partie des effectifs constitue le ventre mou du Grand Conseil. Bien sûr, les députés vous diront qu’ils brillent surtout dans le huis clos des commissions. Mais on n’est pas toujours obligés de les prendre au sérieux.


L'édito: Hadrien et le nouvel empire radical



Ceux qui se sont montrés sous leur meilleur profil

Hadrien Buclin
Ensemble à Gauche

Une galerie du public pleine à craquer, des députés plutôt gênés et un Conseil d’État qui serre les fesses en regardant Hadrien Buclin le questionner sur la situation fiscale de Pascal Broulis. La séance du 6 mars aura été le climax de cette année parlementaire. Sans l’interpellation du député d’Ensemble à Gauche, le bulletin du Grand Conseil n’aurait gardé aucune trace de l’affaire qui a secoué la vie politique vaudoise ces derniers mois. Ton monocorde, rarement déstabilisé, Hadrien Buclin déroule ses argumentaires comme le trax pousse ses quinze mètres cubes de terre. Membre de la Commission des finances, il a aussi pris l’habitude de croiser le fer avec la quasi-totalité du plénum sur les questions budgétaires. On lui doit le premier rapport de minorité sur le budget depuis 2011. À peu près personne ne l’a lu, mais le simple fait que ce rapport existe raffermit un peu plus notre système démocratique.


Marc-Olivier Buffat
Parti Libéral-radical

L’avocat lausannois a troqué sa casquette de chef de groupe pour celle de président de parti. Mais le bonhomme est toujours aussi présent dans les débats durant lesquels son art oratoire fait merveille. Pour cette année parlementaire, il a occupé les avant-postes sur les deux objets qui ont le plus mobilisé les députés. Marc-Olivier Buffet a ferraillé contre le projet d’une assurance pour les soins dentaires. Au final, son camp l’a emporté. Pour la loi sur l’aménagement, il a endossé un tout autre rôle. Il est l’un des artisans de la feuille de route qui a abouti à un compromis. Par le passé, il a déjà évolué dans le même registre, notamment lors de l’élaboration de la loi sur l’enseignement obligatoire. Marc-Olivier Buffat a clairement la carrure pour le Conseil d’État. Mais contrairement à certains de ses collègues, il n’a pas d’ambition à ce niveau-là. Ce qui rend le personnage d’autant plus intéressant.


Christelle Luisier Brodard
Parti Libérale-radical

Depuis quand la syndique de Payerne est-elle candidate au Conseil d’État? Officiellement, pas encore. Mais Christelle Luisier, incontournable dans les grands débats parlementaires, sait jouer avec son image de plus-que-probable-aspirante-ministre. Elle n’a jamais confirmé ni infirmé son intérêt pour prendre la place de Jacqueline de Quattro, qu’elle remplacerait avantageusement. L’ancienne présidente du Parti radical a usé de son aplomb pour faire le job sur les grands dossiers. Au front pour la loi sur l’aménagement du territoire (qu’elle maîtrise sur le bout des doigts) et la RIE III, elle est désormais le porte-voix des villes et des villages, quitte à égratigner son propre ministre des Finances. Comme membre du comité de l’Union des communes vaudoises (UCV), elle bénéficie au Grand Conseil du départ de Claudine Wyssa, la présidente de l’UCV, et de la discrétion de Josephine Byrne Garelli, pourtant présidente de l’Association de Communes vaudoises.


Philippe Jobin
UDC

Le chef du groupe UDC a su bénéficier de l’éviction de certains stratèges pour affirmer son statut. Ces interventions ne sont pas toujours aussi bien taillées que sa barbe, mais on lui doit surtout le premier texte sérieux pour demander une baisse de 3 points d’impôt pour les personnes physiques. Il est aussi à la base de la requête pour une commission d’enquête sur les prisons. Mais celle-ci n’a pas abouti.


Jessica Jaccoud
Parti socialiste

La Nyonnaise sait où elle va. Et elle y va vite. La désormais présidente du Parti socialiste vaudois s’est imposée comme l’une des patronnes au Grand Conseil. Alors qu’elle y siège «seulement» depuis 2014. Ses propos en plénum ont force de loi à gauche, ils engagent le parti. Jessica Jaccoud prend bien la lumière, alors que certains de ses petits camarades rament pour sortir de l’ombre.


Raphaël Mahaïm
Les Verts

Très en pointe sur les questions d’aménagement du territoire, il donne l’impression de mieux maîtriser le dossier que la conseillère d’État. Le Vert n’est pas vraiment un plaisantin lors de ses interventions. En revanche, il s’efforce d’apporter de nouveaux arguments, de nouveaux angles aux débats. Alors que beaucoup de ses collègues se contentent de répéter le prêchi-prêcha de leurs préopinants.


Léonore Porchet
Les Verts

Sa facilité à prendre la parole et l’entraînement qu’elle a eu au Conseil communal de Lausanne font d’elle une oratrice incontournable à gauche. Reine de la mise en scène, elle a vite enfilé l’habit de députée. Si elle est très présente dans les débats et les médias, influe-t-elle sur le résultat des discussions? Au niveau cantonal, elle est en tout cas l’une des révélations de ce début de législature.


Axel Marion
Parti démocrate-chrétien

Le Lausannois a un défaut: avoir misé sur le mauvais parti s’il voulait véritablement peser dans le débat politique vaudois. Stratège du mini-Parti démocrate-chrétien (PDC), il est néanmoins l’un des élus dont les analyses pointent le plus juste, au point de parfois crisper les députés pieds et poings liés par le gouvernement. Sa visibilité bénéfice de l’inexpérience de ses collègues de parti.


Thierry Dubois
UDC

Dans un parlement relativement centriste, le médecin ORL du district de Nyon est l’un des députés les plus marqués à droite. Rentré au Grand Conseil en juillet de l’année dernière, il s’est rapidement fait un nom dans son propre parti. Il en est tout bonnement le seul qui puisse essayer de prendre à revers Pierre-Yves Maillard sur les questions de santé.


Jean Tschopp
Parti socialiste

Le syndicaliste est l’incarnation même du type posé. Le député lausannois est écouté sans qu’il ait à hausser le ton ou à forcer le trait. Les effets de manches de certains de ses collègues ne sont pas sa tasse de thé. Lui cherche avant tout à convaincre par des interventions précises et factuelles. Jean Tschopp est aussi l’un des rares juristes du Grand Conseil à ne pas trop jargonner.


Ceux qui laissent le plus songeurs

Jean-Daniel Carrard
Parti libéral-radical

Dans un contexte tendu entre l’État et les communes, son parti attend beaucoup du syndic d’Yverdon, deuxième ville du Canton. Même s’il a lâché du lest dans son poste communal, il intervient au compte-gouttes au Grand Conseil. Plusieurs de ses confrères peuvent être cités dans la même catégorie, comme Vincent Jaques (syndic socialiste de Morges) ou Pierre Dessemontet (municipal socialiste à Yverdon).


Hugues Gander
Parti socialiste

Le président du Groupement des skieurs de fond des Rasses s’est montré bien timoré jusqu’à maintenant. Ce qui n’est pas un problème en soi. Seulement, il vient d’être nommé à la présidence de la Commission de gestion. Soit la première commission de surveillance du canton. Ce profil n’est pas idéal pour contrôler des ministres et des chefs de service.


Pierrette Roulet-Grin
Parti libéral-radical

Sa stature d’ancienne préfète du Nord vaudois peine à cacher ses jugements à l’emporte-pièce dans un parlement qui veut se professionnaliser face à l’administration du Conseil d’État. Cette Yverdonnoise, ancienne présidente du TCS Vaud, semble avoir renoncé à faire profiter le plénum de l’expérience qu’on pourrait espérer d’un tel CV dans les institutions vaudoises.


Jean-Luc Chollet
UDC

Élu en 1998, l’agriculteur retraité de Lausanne fait partie des vieux briscards du parlement. Mais au bout de deux décennies au parlement, il a tendance à s’écouter parler. Ses prises de parole sont constantes, en revanche, il n’a rien déposé cette année. Dans le même registre, le libéral-radical Philippe Vuillemin sait, lui au moins, se montrer un peu plus mordant avec le Conseil d’État.


François Pointet
Parti vert’libéral

Fervent partisan du développement durable, le président du Parti vert’libéral se montre relativement peu énergique dans les débats. Ou en tout cas moins que ce qu’on attendrait du boss d’un parti cantonal. Il a bien manœuvré pour s’assurer une place au parlement lors des dernières élections. Mais depuis, il donne l’impression d’avoir laissé la main à la cheffe de groupe, Claire Richard.


Florence Gross
Parti libéral-radical

Elle a eu le temps de se faire un nom. L’élue est à la vice-présidence du plus grand parti du canton depuis 2012. Mais elle peine à mettre son expérience au service de son mandat de députée. Soupe au lait sur les réseaux sociaux, elle est quasi inexistante au parlement. Alexandre Berthoud, l’autre vice-président, pèse beaucoup plus, notamment en dirigeant de la Commission des finances.


Olivier Gfeller
Parti socialiste

Le Montreusien fait partie de ces politiciens ultrataiseux qui ne peuvent s’empêcher de vouloir rester au niveau cantonal. Député de 2002 à 2010, il a ensuite filé en coulisses comme assistant d’Anne-Catherine Lyon. Sa cheffe déchue, il est revenu au parlement l’an dernier. Un come-back raté jusqu’ici? Le désormais municipal n’a pas encore endossé l’habit de parlementaire émérite.


Pierre Zwahlen
Indépendant

Alors que le Parti socialiste ne voulait plus de lui après son départ en 2012, Pierre Zwahlen a réussi à réapparaître au parlement l’an dernier. On peut attribuer deux faits d’armes à ce revenant: agacer prodigieusement le PS et désormais siéger en indépendant, plus ou moins rattaché aux Verts. Sa facilité à parler de son propre pedigree, comme d’autres anciens, empêche de souligner son apport au débat.


Christian Van Singer
Les Verts

En 2015, son ton professoral avait agacé son parti et lui avait fait perdre son siège au Conseil national. Le retour au Grand Conseil de ce physicien énergéticien a confirmé que son discours a peu évolué sur les questions énergétiques et que sa diction n’a pas changé. Sa victoire serrée pour que la police séquestre les armes des conjoints violents est plus un one shot, que le résultat d’une vista politique.


Pierre Volet
Parti libéral-radical

Les interventions de ce patron, à la tête de son propre groupe de charpenterie avec plus de 150 employés, ont le mérite de provoquer des sourires plus que gênés chez ses collègues de parti. Comme les formes du toit du Parlement, qu’il a construit, ses propos sont bien arrêtés. La grossièreté de certaines de ses formules et ses incohérences ne participent pas à la bonne tenue des débats. Incompréhensible. (24 heures)

Créé: 18.07.2018, 06h48

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