«Derrière l'uniforme il y a une personne comme vous»

Paroles de flicsConfrontés à une hausse des agressions et des insultes, les gendarmes doivent rester calmes pour accomplir leur mission parfois difficile. Fiers de leur travail, ils témoignent

Trois policiers témoignent de la violence qu'ils subissent pendant leurs missions. Ici, Julien et Quentin.

Trois policiers témoignent de la violence qu'ils subissent pendant leurs missions. Ici, Julien et Quentin. Image: Florian Cella

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Crachats. Insultes. Menaces. Coups. Violences. Le quotidien des gendarmes n’est pas toujours une partie de plaisir. Comment les flics vivent-ils ce climat hostile? Pour le savoir, nous avons donné la parole à plusieurs gendarmes de la police cantonale.


A lire: Edito: Les flics embrassés ou détestés


«Je n’aime pas la bagarre»

Didier Vincent, premier lieutenant, 48 ans

«Quand j’étais jeune gendarme, il y avait encore un respect de l’uniforme, même si la personne n’était pas d’accord avec les injonctions. Actuellement, je trouve que ça s’est dégradé. Les gens deviennent plus individualistes. Dès que la police intervient pour faire respecter le droit, la violence est plus grande qu’avant.

Les cas d’agressions se rapprochent de plus en plus. Je suis à la tête d’une section qui emploie 47 personnes et je vois passer plusieurs plaintes par mois, souvent pour des violences physiques.

J’ai été blessé deux fois en service. Récemment, je devais faire ralentir des véhicules sur la route pour l’intervention des secours et un conducteur m’a foncé dessus. Je l’ai évité à la dernière seconde, sinon je ne serais pas là pour vous en parler. Cette affaire est en cours de jugement.

Mais le pire que j’ai vécu, c’est des crachats avec du sang d’une personne qui était atteinte du sida. Il faut faire des contrôles, puis attendre longtemps. On est inquiet pour sa santé et cela impacte toute la famille. J’aimerais qu’on se rende compte que derrière l’uniforme il y a des personnes avec une vie, qui ont le droit de rentrer en bonne santé après une journée de travail.

En vingt-huit ans de service, je n’ai jamais eu à utiliser mon arme et j’espère que ça continue. Je n’aime pas la bagarre. Je fais ce travail pour aider les gens, même si on doit faire respecter la loi et que les choses sont carrées. En fait notre travail est méconnu: aller relever un nonagénaire tombé la nuit, faire des levées de corps, annoncer des décès, enregistrer des plaintes de gens qui se sont fait cambrioler, aider des personnes qui ont tout perdu dans un incendie… La nuit dernière, on a dû s’occuper d’un perroquet. Si un policier n’a pas l’amour des gens, il ne peut pas faire ce métier.»


«Si on répond, c’est pire»

Julien, appointé, 29 ans

«Quand il s’agit seulement d’insultes, je laisse passer. On sait que l’uniforme représente l’autorité et que cela suffit à mettre en rogne certaines personnes. Il faut faire la nuance entre les insultes contre l’uniforme et celles qui visent la personne ou sa famille.

Avec l’expérience, on comprend vite que si on répond, c’est pire, c’est entrer dans le jeu des gens qui nous insultent. Le but, c’est de dialoguer et de calmer les choses. Quand je me suis engagé dans la police, je savais que je représenterais l’État et que des gens ne seraient pas contents. Mais je ne m’attendais pas à autant d’agressions verbales et de menaces, surtout la nuit. Je sens que la violence est en augmentation.

Par contre je pense que la gendarmerie est encore épargnée par rapport à nos collègues de la police de Lausanne. Les situations chaudes ne sont quand même pas notre quotidien. L’un des pires moments de ce métier, c’est de devoir annoncer un décès à des proches. On sait que la vie d’une ou plusieurs personnes va changer. C’est dur, on ne s’y habitue jamais.

J’ai aussi été victime de menaces, sur moi et ma famille. Quand ça arrive, on se pose toujours la question de savoir si la personne irait jusque-là. Après tout, il y a le nom des policiers sur les rapports, et si quelqu’un le veut vraiment, il peut nous retrouver. J’y pense, sans que ce soit une inquiétude.

À part ça, je trouve que l’image générale de la police n’est pas mauvaise: je suis ambassadeur depuis trois ans et je pose sur les affiches pour le recrutement et sur les réseaux sociaux. On a de super bons résultats et un grand soutien dans la population.»


«Il faut être passionné»

Quentin, gendarme, 28 ans

«Les coups sont assez rares. Cela arrive quand des gens sont sous l’emprise de l’alcool, sous stupéfiants ou qu’ils ont des problèmes psychologiques.

Le pire que j’ai vécu, c’est un automobiliste interpellé l’année passée à La Côte, avec de l’alcool. Il nous frappait, il nous traitait de «nazis» et il insultait ma mère et me disait qu’il voulait la tuer. On a dû demander des renforts pour le maîtriser car il était très agressif, même avec des menottes. J’étais à terre et il me donnait des coups de pied pendant qu’un collègue essayait de le maîtriser. Il a fallu six personnes pour le mettre sur une civière. C’est la seule fois où j’ai déposé une plainte. Mais la plupart des situations ne ressemblent pas à ça.

Avec le temps, on sait comment ça se passe. Si on répond aux gens qui nous agressent verbalement, cela risque de partir en cacahuète. Par rapport à l’époque où j’étais adolescent, il y a moins de respect, c’est clair. Moins de respect pour l’autorité, mais pas seulement: pour l’humain en général. Des jeunes nous insultent souvent pour faire les malins devant les copains, mais quand on va au contact cela se passe généralement bien.

La base du travail, c’est le dialogue pour désamorcer les situations, et s’il n’y a pas d’autre solution, en dernier recours, on se défend. La plupart des situations se règlent par la discussion. J’ai aussi eu des crachats dans les yeux et dans la bouche d’un gars qui se disait malade. J’ai dû descendre à l’hôpital pour des contrôles. Par bonheur, il a accepté de faire des examens et donc j’ai eu la réponse le jour même, mais ces trois heures ont été longues.

Je n’ai pas d’angoisse ou de peur particulières, mais il faut bien se préparer avant chaque intervention, sinon ce serait dangereux pour nous. J’aime ce métier et je n’aimerais pas en faire un autre. Cela se passe bien avec la majorité des gens. Il faut être passionné pour faire ce travail, sinon c’est impossible.»

Créé: 28.07.2018, 07h56

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Crachats. Insultes. Menaces. Coups. Violences. Le quotidien des gendarmes n’est pas toujours une partie de plaisir. Du moins si l’on en croit les statistiques de la police vaudoise. Les agressions contre les fonctionnaires ont augmenté de 70% en 2017: 283 cas ont été dénoncés à la justice, contre 166 l’année précédente. Ces chiffres englobent les violences contre tous les représentants de l’État, mais les agents en uniforme sont spécialement touchés: l’une des raisons de cette hausse, c’est que les policiers vaudois signalent les cas d’agression de manière plus systématique.

«Avant on ne déposait pas souvent de plainte mais, face à une hausse du phénomène, nous avons décidé de moins tolérer ce genre de choses», explique Florence Maillard, cheffe de la section communication de la police cantonale. Ces agressions contre la police viennent d’une minorité de personnes. «Principalement des gens en détresse et qui ont des problèmes avec l’autorité», estime Florence Maillard. S’il n’est pas rare que des policiers vaudois soient blessés, les blessures graves sont moins fréquentes. «À Berne, une collègue a failli être tuée, dit Florence Maillard. Elle travaillait à la sécurité d’une manifestation sportive et elle s’est fait tabasser.»

Comment les flics vivent-ils ce climat hostile? D’autant plus dans un contexte de critiques contre les corps de police suite au décès de plusieurs migrants interpellés (affaires en cours de jugement). Pour le savoir, nous avons donné la parole à plusieurs gendarmes de la police cantonale.

«J’ai embrassé cette profession en pensant que j’allais sauver la veuve et l’orphelin, et honnêtement je ne m’attendais pas à autant d’hostilité de la part de certains citoyens», explique Laurent (35 ans), gendarme depuis neuf ans. Il a été souvent insulté, «mais le plus vicieux c’est les menaces», dit-il. Quand un suspect interpellé lui murmure: «On va s’occuper de toi.» Ou quand des jeunes menacent de venir mettre le feu chez lui, il y a quelques années. «Je travaillais alors à Moudon, et les gens peuvent savoir où vous habitez s’ils le veulent vraiment. J’ai une famille.» Cette fois-là, il avait déposé une plainte.

Malgré tout, Laurent «adore ce métier» qui lui permet d’aider les autres. Comme cette fois où il a réussi à convaincre un homme de ne pas se suicider en sautant de son immeuble. «Il n’y a eu aucune phrase magique, j’ai juste essayé de me mettre à sa place et de lui parler humainement. Comme je le fais toujours dans mon travail.»

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