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Deux candidats pour défendre les petits qui prennent des risques

Sylvie Villa et «Toto» Morand sont les outsiders du 2e tour. Ils convergent dans leur opposition au traditionnel duel gauche-droite.

Guillaume Morand, dit "Toto" Morand / Sylvie Villa
Guillaume Morand, dit "Toto" Morand / Sylvie Villa
Patrick Martin

Quelle est l’utilité de vous lancer au 2e tour?

Sylvie Villa:C’est important pour la vie citoyenne vaudoise de souligner les petits partis. S’intéresser à la chose publique, les gens peuvent le faire via différents partis qui vibrent pour eux. C’est important de leur donner une perspective. Nous confirmerions le peu de considération à leur égard en nous retirant. L’Alliance du Centre considère ma candidature comme crédible.

Guillaume Morand, Quelle est votre légitimité au 2e tour?

Guillaume Morand: Ma candidature était conditionnée à mes résultats du premier tour. J’avais dit dès le début que si je faisais moins que les 5,74% obtenus en 2012, je me retirerais de la vie politique définitivement. Mon résultat (ndlr: 8,54%) a été déterminant. Parmi les autres raisons, on a vu au premier tour une campagne fermée par les candidats sortants. Ils ont davantage parlé de leurs bilans que de leurs projets. Je peux encore taper dans ce gros réservoir de voix qui est l’abstention. Le fait que les élus sortants n’aient pas voulu débattre a favorisé l’abstention.

Etes-vous au centre? Où vous classe-t-on politiquement?

G. Morand: J’ai dit depuis le début: ni de gauche ni de droite. Je ne vais pas dire «comme Macron», car ce n’est pas mon idole. J’estime que les décisions doivent être dictées par le bon sens. Par exemple, la gauche ne veut pas parler d’une baisse de l’imposition des personnes physiques. Après douze ans de croissance, les Vaudois doivent quand même avoir un petit retour sur leurs investissements.

Y a-t-il besoin d’une autre voix dans le compromis dynamique vaudois?

S. Villa:Oui. Clairement, nous ne cautionnons pas le bilan qui dit que tout va bien. Il y a une classe moyenne modeste qui est en train d’étouffer. Nous pensons que beaucoup de petites entreprises n’arrivent pas à se développer et ferment. On mobilise les syndicats et les politiques quand une grosse entreprise veut quitter le sol vaudois et annonce 200 pertes d’emplois. Mais quand vous avez 10, 20 ou 30 toutes petites entreprises qui engagent entre deux et quinze employés et qui ferment, personne n’en fait un drame.

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Les appels au retrait

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Les grands partis vous ont-ils demandé de ne pas vous présenter au second tour?

S. Villa: Les critiques viennent des deux côtés, ce qui d’une certaine façon nous rassure. Il y a visiblement le sentiment qu’on va tirer des voix. On ne m’a pas appelée. Mais dans le cadre de nos multiples rencontres, j’ai clairement été incitée. On m’a dit: «Tu seras responsable si Jacques Nicolet passe» ou «Tu seras responsable si Cesla Amarelle passe.»

Guillaume Morand, qui vous a proposé une alliance?

G. Morand: Le Parti démocrate-chrétien (PDC). Axel Marion (ndlr: président du PDC) m’a contacté. Et puis Emmanuel Gétaz, de Vaud Libre. J’ai décliné. Il y a cinq ans, j’ai été contacté par M. Maillard pour me désister. Je l’ai fait. On avait un certain deal, qui était de continuer à parler de fiscalité, mon cheval de bataille. Il ne m’a jamais recontacté. Lundi passé, j’ai reçu un téléphone de Mme Métraux et un de Mme Amarelle. Je ne les ai pas laissé parler assez de temps pour qu’elles me demandent de me désister. Mais c’était clairement dans cette optique.

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Le risque d’aider l’UDC?

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Vous vous opposez tous deux à l’UDC. Seriez-vous responsables de l’élection de Jacques Nicolet?

G. Morand: Ce que j’attaque, c’est la campagne du gouvernement. Je n’ai donc pas ciblé sur l’UDC. J’ai plutôt fait mes attaques contre «Brouillard et Malice». Alors qu’on est sorti d’élections en Valais et à Neuchâtel où il y a eu une alliance pour éjecter l’UDC, dans le canton de Vaud le PLR a fait l’erreur de s’allier avec eux. Si Jacques Nicolet est élu, il faudra le reprocher au PLR. Pas à moi.

S. Villa:Nous ne voulons pas cautionner le système actuel. Laissons ces calculs à ceux qui savent les faire pour expliquer pourquoi ils sont eux-mêmes sur une liste. Nous assumerons pleinement les résultats, car nous estimons légitime d’être présents et de donner une alternative aux électeurs et électrices.

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L’économie

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Vos programmes mettent l’accent sur les entreprises. L’Etat doit-il s’impliquer dans l’économie réelle?

S. Villa: Nous avons besoin d’emplois, nous avons besoin d’auto-entrepreneurs. Une manière d’avoir de l’emploi, c’est de se le créer soi-même. Actuellement, il y a un vrai problème de financement.

G. Morand: Ce manque de soutien aux petites entreprises, ça fait longtemps que ça dure. Ce n’est pas nouveau. On ne peut plus compter sur les banques. L’Etat ne s’implique pas. On parle souvent des trois problèmes des petits commerces, qui sont le tourisme d’achat, le franc fort et la vente sur Internet. Mais on oublie le problème numéro un: payer le loyer. Les prix de l’immobilier n’ont fait que de monter depuis les années 1990 et n’ont pas tenu compte de la baisse du chiffre d’affaires et des marges.

Comment fait l’Etat pour aider des petits commerces face à leurs loyers?

G. Morand: Il faut déjà sensibiliser les milieux de l’immobilier, pour arrêter de laisser ces arcades vides pendant six mois ou une année, quitte à utiliser des moyens coercitifs. Cela existe dans certains pays où, si vous laissez une surface vide six mois ou une année, vous payez 30% d’amende par mois du prix du loyer, pour un fonds qui va aider les petits commerçants. C’est interventionniste. Mais quand vous voyez les excès, qu’à Saint-François il y a cinq ou six magasins qui sont vides dans le meilleur emplacement de la ville, il faut taper sur la table.

S. Villa: Dans le domaine de la restauration, on dit qu’en théorie il faudrait que le loyer se situe dans la fourchette de 6% à 12% du chiffre d’affaires au grand maximum. Or, la plupart du temps, pour beaucoup, cela monte à 20%, 25% ou 30%. Et là, c’est la fin, car les charges deviennent trop grandes. Les factures, on les reçoit tout de suite au début.

Même réflexion pour la spirale de l’endettement: quand il commence à y avoir des factures non payées et que les premiers commandements de payer arrivent, je trouve qu’il y a beaucoup d’administratif employé pour envoyer les rappels, et je pense sincèrement que la mise à disposition d’un fonds, c’est quelque chose qui pourrait être pris en compte. Y compris aussi du soutien, de l’accompagnement dans la gestion, du conseil pour ne pas entrer dans l’endettement, avec l’idée de prévenir plutôt que de guérir.

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L’agriculture

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Etes-vous tous les deux d’avis qu’il faut défendre davantage l’agriculture?

G. Morand: C’était un de mes gros thèmes de campagne. La situation est dramatique. La Suisse romande est une des régions les plus prospères du monde, on a un grand pouvoir d’achat et on laisse des gens dans la misère aux portes de nos villes, à dix ou quinze kilomètres de là. Ce sont des gens qui ont cultivé la terre et qui nous ont nourris pendant des siècles. Des expériences comme le lait C’est qui le patron! en France (ndlr: lait équitable dont les consommateurs fixent le prix), je ne comprends pas pourquoi cela n’existe pas en Suisse, une possibilité d’acheter local et équitable.

S. Villa: Je soutiens également cette cause et j’aimerais qu’il y ait au moins une transparence sur les coûts des matières premières. Il y a ces paiements directs qui sont donnés à ces agriculteurs. Mais, pour eux, c’est une tutelle qui est également lourde à porter. S’ils la refusent et qu’ils n’ont pas ces paiements directs, il n’y a pas les contrôles qui vont avec, et ces contrôles sont aussi des garanties pour les distributeurs qui achètent les produits.

Pensez-vous qu’il est possible d’influencer à l’échelon cantonal une politique de l’agriculture fédérale?

G. Morand: Sinon quoi, on les laisse mourir? Non. On fait pression sur les grands distributeurs pour qu’ils créent des rayons de produits locaux et équitables dans tout le canton. Je suis persuadé que cela aurait un grand succès. Les paysans disent que la seule solution pour qu’ils s’en sortent, c’est la vente directe. Les pouvoirs publics peuvent aussi intervenir en faisant, par exemple, un marché permanent de produits locaux – pas seulement le samedi et le mercredi matin –, en mettant à disposition une halle à loyer modéré pour que les producteurs vendent leur marchandise.

S. Villa: On peut aussi imaginer d’autres mesures, par exemple pour le bio. Dès le moment où l’on met moins de pesticides ou d’autres produits, cela signifie qu’il faut du personnel, pour désherber et travailler sur les exploitations. Je suis sûre que certains chômeurs auraient une dignité à faire un travail de ce genre, contents de trouver un travail à durée limitée, le temps d’une saison.

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Les deux sur un bulletin

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Allez-vous voter l’un pour l’autre le 21 mai?

G. Morand: Ou bien je ne vote que mon nom, ou bien, par solidarité envers les petits candidats, je rajoute Sylvie Villa. Mais cela dépend si elle rajoute mon nom. (Rires.)

S. Villa: J’ai la même position, à savoir que je vais voter pour moi et, c’est important comme signal à donner, j’ai aussi l’intention de mettre Toto Morand sur le bulletin.

Peut-on dire que ce qui vous rassemble, c’est que vous vous êtes «faits» vous-mêmes et que vous vous intéressez aux gens avant les idées politiques?

G. Morand:Oui, c’est certain, je crois qu’il faut donner une chance aux gens qui partent avec des idées et qui n’ont presque rien. Je me suis investi dans des petites structures culturelles, j’ai aidé des gens. Quand des petits jeunes arrivent, qui veulent se lancer dans de l’événementiel ou autre, ça me touche quand ils ont des bonnes idées, si je m’y retrouve et qu’il y a un coup de cœur avec leur projet. J’aime bien aider les gens qui commencent tout petit aussi parce que c’est mon parcours.

S. Villa:J’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont fait confiance à des moments où j’en avais besoin. Je suis arrivée en Suisse à 17 ans, je n’avais rien. J’ai commencé un apprentissage et puis je suis tombée enceinte à la fin de la première année. J’ai arrêté et je suis allée travailler comme caissière à la Migros. Des professeurs, le doyen, m’ont permis de terminer ma formation. J’ai vu trop de gens désespérés, le mur est trop haut. Il faut leur donner un tremplin pour le sauter. Rendre la difficulté accessible, surmontable. Tout le monde a de l’énergie, mais des fois elle est cassée par les circonstances de la vie. J’ai vraiment à cœur d’aider les gens à s’en sortir.

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