Deux pédiatres sont jugées définitivement coupables du décès de Marisa

Tribunal fédéralLa Haute Cour confirme et justifie la condamnation de deux médecins pour homicide par négligence.

Le drame avait eu pour théâtre l’Hôpital de Morges en 2009.

Le drame avait eu pour théâtre l’Hôpital de Morges en 2009. Image: Patrick Martin

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Le 15 mai 2009, la petite Marisa, 11 mois, décédait au CHUV d’une méningite mal diagnostiquée par deux pédiatres, une cheffe de clinique et son adjointe, pratiquant à l’époque à l’Hôpital de Morges où l’enfant avait été admise en urgence.

Très médiatisée, l’affaire avait fait l’objet d’un volet de l’émission 36,9° à la Télévision romande.

«Le choix de l’inaction était indéfendable dès lors que les recourantes ne pouvaient ignorer que la méningite peut évoluer de manière foudroyante»

Accusées d’homicide par négligence, les deux doctoresses avaient été acquittées par le Tribunal de La Côte en décembre 2013. À la suite d’un appel des parents de la petite et du ministère public, elles avaient été condamnées par le Tribunal cantonal en mars 2015 à 30 jours-amendes avec sursis et à verser 30 000 francs pour tort moral à la maman et au papa de la petite.

Saisi d’un recours des deux médecins, le Tribunal fédéral vient de confirmer cette condamnation. Désormais clos au plan pénal, le dossier va être traité au plan administratif afin de décider de l’avenir professionnel de ces médecins.

«L’expert judiciaire a relevé qu’il était plus que probable qu’en cas de diagnostic rapide de méningite bactérienne le décès aurait pu être évité», relève la Haute Cour. Elle souligne que le médecin responsable des soins intensifs au CHUV n’a pas souvenir en vingt ans d’une résistance d’une méningite à pneumocoques à un traitement aux antibiotiques commencé à temps.

Accablant

Aux yeux du Tribunal fédéral, «même si le médecin dispose d’une grande latitude pour décider ce qu’il doit faire ou pas dans un cas particulier, les recourantes ont ici outrepassé leur marge d’appréciation en ne faisant pas tout ce qui était en leur pouvoir pour exclure le risque d’une méningite bactérienne». En clair, il leur est reproché de ne pas avoir fait les investigations qui s’imposaient. Et de rappeler que selon l’expert judiciaire toujours: «L’exclusion d’une méningite bactérienne dans le cadre de la médecine d’urgence pédiatrique relève de la plus grande priorité, elle est enseignée dans les universités ainsi que dans le cadre de la formation du médecin visant à devenir spécialiste en pédiatrie.»

Pour le Tribunal fédéral, «le choix de l’inaction était indéfendable dès lors que les recourantes ne pouvaient ignorer que la méningite peut évoluer de manière foudroyante, d’une part, et que, d’autre part, les gestes salvateurs étaient faciles et sûrs (traitement par antibiotiques et/ou examens complémentaires).»

Enchaînement fatal

La chronologie de ce drame est particulièrement éloquente.

Marisa commence à avoir de la fièvre le dimanche. Le lundi, sa maman la conduit chez son pédiatre en ville. Il diagnostique une infection respiratoire. La fièvre se manifeste encore le mardi. Elle grimpe à 40 °C le jour suivant. Le bébé a des convulsions et des vomissements. Ses parents retournent vers le pédiatre. Il appelle le SMUR. Marisa est admise à l’Hôpital de Morges. Elle est hautement fébrile et convulsive. Puis elle sem­ble récupérer. Mais son état s’aggrave durant la nuit. Elle reçoit un antibiotique. A 7 heures du matin, elle est transférée au CHUV. Une craniectomie révèle une méningo-encéphalite à pneumocoques importante avec la présence d’abcès. Le bébé mourra le vendredi matin.

En plus d’une prise en charge inadéquate, il est reproché aux deux pédiatres de ne pas avoir mis en place une surveillance efficace avant le transfert au CHUV de la petite.

Le cas avait été dénoncé à la suite d’une lettre des parents de Marisa au conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard. Davantage que faire condamner les médecins, ils souhaitaient que cette affaire permette d’améliorer la prise en charge hospitalière des enfants. Le patron de la Santé vaudoise avait alors ordonné une analyse du système de santé pédiatrique. La situation à l’Hôpital de Morges n’est plus du tout la même qu’en 2009. Après ce drame, le couple a par ailleurs créé une fondation pour la recherche en pédiatrie (marisasophie.ch).

Créé: 25.10.2016, 19h22

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