«Le développement de la Ville doit profiter à tous»

LausanneLe socialiste Grégoire Junod accède au poste de syndic. Le successeur de Brélaz se veut «facilitateur». Les années à venir seront synonymes de réalisation des grands projets.

Seul candidat au poste de chef de l’Exécutif de la Ville de Lausanne, Grégoire Junod est officiellement élu tacitement depuis hier.

Seul candidat au poste de chef de l’Exécutif de la Ville de Lausanne, Grégoire Junod est officiellement élu tacitement depuis hier. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ça y est, son parti le lui avait promis, il l’a. Depuis hier, le socialiste Grégoire Junod est officiellement le futur syndic de Lausanne. Il a été élu tacitement car il était le seul candidat. Personne ne lui a contesté le droit de s’asseoir dans le siège du Vert Daniel Brélaz, qui prend sa retraite. Ni Oscar Tosato, doyen du Collège élu en 2002, ni Florence Germond, qui l’a devancé de 300 voix le 28 février dernier. A peine élu à la Municipalité en 2011, son parti parlait de cet ancien syndicaliste de 40 ans, père de famille et ancien député, comme du futur syndic.

Comment allez-vous incarner votre nouvelle fonction?

Je conçois d’abord ce travail comme celui d’un facilitateur et d’un coordinateur au sein d’une équipe. Celle-ci effectue un travail collectif qu’il s’agit de mettre en musique et auquel il faut donner une cohérence politique, pour en porter le programme politique.

Quel est ce programme que vous voulez porter?

Mon credo, c’est de porter le développement urbain de Lausanne – qui rentre dans sa phase de concrétisation –, en le conciliant avec une amélioration de la qualité de vie. La ville connaît un dynamisme remarquable, avec les axes forts (métro et tram), les énergies renouvelables, le programme Métamorphose, le pôle muséal et les infrastructures sportives. Pour les porter, il s’agit d’être attentif à la qualité de vie des Lausannois, par le dialogue, l’écoute et la participation de tous les milieux. La législature sera aussi très marquée par les questions sociales et d’immigration.

Qu’est-ce qui différenciera l’ère Junod de l’ère Brélaz?

Je ne me situe pas en rupture avec Daniel Brélaz, qui a fait du très bon travail et à qui nous devons en partie les résultats électoraux de la gauche. Mais la Municipalité connaît un changement de génération important, avec Natacha Litzistorf, David Payot et Pierre-Antoine Hildbrand. Daniel Brélaz a été très orienté vers les grands projets d’infrastructures, c’était sa marque de fabrique.

En quoi cette Municipalité, comme la précédente, est-elle représentative avec un seul membre de droite?

A nous sept, nous représentons 80% du Conseil communal. Cela dit, toutes les Municipalités connaissent une surreprésentation des partis majoritaires. Ce qui fera la qualité de notre travail et ce qui l’a fait jusqu’ici, c’est de savoir écouter la minorité et de chercher des compromis.

Daniel Brélaz acceptait tant bien que mal la dette de la Ville à 2 milliards de francs. Vous en accommodez-vous?

Nous avons l’ambition de la maîtriser et notre préoccupation est une gestion rigoureuse des finances. Une politique réaliste nous amènera à des comptes équilibrés. Le développement est générateur de recettes. Le projet Métamorphose est équilibré, grâce aux recettes générées par les droits de superficie accordés par la Commune. Ceux-ci financeront en partie les infrastructures sportives et publiques. Mais notre situation dépend aussi de facteurs extérieurs. La Municipalité analysera les tâches à prioriser et celles, s’il le faut, à mettre en retrait.

Et votre rôle d’ambassadeur, comment le voyez-vous?

Je porterai les couleurs de Lausanne au sein de l’Union des villes suisses et au niveau international. Je me reconnais volontiers dans la tradition d’Yvette Jaggi, syndique de 1990 à 1998, qui a souhaité donner une dimension et un rayonnement culturels à Lausanne à côté de son rôle important de capitale du sport.

Que voyez-vous sous les termes «qualité de vie» que vous utilisez?

Nous observons, comme ailleurs, des inquiétudes de la population sur le développement et la croissance qui profiteraient surtout à l’extérieur, avec le sentiment que la population est un peu oubliée. Nous avons la responsabilité que le développement profite à tous. Cela doit par exemple se concrétiser par une politique du logement orientée vers les Lausannois et des loyers accessibles à tous, ainsi qu’un renforcement de l’accueil de la petite enfance et une poursuite des efforts engagés dans la sécurité. Nous devrons aussi être soucieux de préserver l’identité et le charme des quartiers lausannois.

Lausanne a souvent demandé une participation financière à ses voisins pour ses charges de ville-centre. Quel est votre message aujourd’hui?

Les relations qui étaient tendues sont en voie de pacification. Dans les domaines dont je me suis occupé, nous avons su dialoguer avec le Canton sur la sécurité et avec les communes voisines sur le développement de Malley. Désormais, le débat sur la reconnaissance des charges des villes-centres touche surtout la répartition des tâches entre le Canton et les villes.

Face à Oscar Tosato et Florence Germond, quelle est votre légitimité pour devenir syndic?

Je n’ai pas plus de légitimité que qui que ce soit. J’ai été le seul candidat socialiste et notre parti l’a annoncé en toute transparence. Il s’agit d’un choix collectif et partagé, contrairement à ce que certains médias ont parfois voulu faire croire.

Créé: 30.03.2016, 07h00

Qualités reconnues à gauche comme à droite

Grégoire Junod est de taille à reprendre la syndicature de Lausanne. Cela ne fait pas un pli pour ses alliés politiques. Pas plus que pour ses adversaires. Conseiller communal UDC, Jean-Luc Chollet salue à titre personnel «une personnalité solide, capable de s’imposer, comme elle l’a prouvé au dicastère de la Sécurité». Bien sûr, l’agrarien ne partage pas du tout les options politiques du futur syndic: «Sur ce point, cela ne fera pas grande différence avec l’ère Brélaz, dit-il. Mais Grégoire Junod me semble capable de sortir d’une vision strictement de gauche pour nouer des alliances, à l’exemple d’un Pierre-Yves Maillard.» Président du PDC et futur conseiller communal, Manuel Donzé croise les doigts pour que ce soit le cas: «J’attends de lui qu’il ne fasse pas de dogmatisme et ne se contente pas de mener une politique de gauche. Il devra se montrer rassembleur et discuter avec la droite, les commerçants, les milieux économiques. Je crois qu’il a assez d’intelligence pour le faire et il ne fait pas partie des Bisounours de gauche.» La droite attend une politique financière plus ferme afin de réduire la dette de la Ville et davantage d’efforts pour la sécurité, lesquels devraient passer par l’engagement de policiers supplémentaires.

Pour l’heure, les critiques pleuvent plutôt à la gauche de la gauche: «Grégoire Junod va hélas s’inscrire dans la continuité de cette politique technocratique menée à Lausanne depuis vingt-cinq ans, prévoit Jean-Michel Dolivo, conseiller communal (SolidaritéS). C’est une gauche sociale libérale qui n’a plus de gauche que le nom.» Pour autant, l’avocat salue tout de même «les compétences et les qualités personnelles indéniables» du futur syndic. «Junod est subtil et politiquement rusé, apprécie pour sa part Alain Hubler, conseiller communal indépendant sur la liste d’Ensemble à gauche. J’espère qu’il ne glissera pas complètement à droite.» Toto Morand, de l’Association des commerçants du Flon et du Parti de Rien, en conflit avec la Ville à cause du projet de tram Flon-Renens, n’attend en revanche «rien de l’arrivée de Grégoire Junod à la syndicature. En tant que municipal, il n’a pas montré davantage de qualités d’écoute que ses collègues.»

Biopolitique

1975 Grégoire Junod naît à Genève, puis passe son enfance à Strasbourg et à Lausanne.

1998 Il accède au Conseil communal de Lausanne à l’âge de 23?ans, alors qu’il est encore étudiant.

2001 Trois ans plus tard, il débute sa carrière de syndicaliste.

2004 Il préside le Parti socialiste lausannois durant quatre ans.

2007 Il accède au Grand Conseil.

2008 La même année, il quitte la présidence du parti lausannois et prend la tête du groupe au Grand Conseil.

2011 Il est élu à la Municipalité de Lausanne et empoigne les dossiers du Logement et de la Culture.

2012 Il reprend finalement le dossier de la Police, lâché par le popiste Marc Vuilleumier, et il cède la Culture.

Articles en relation

A nouveau syndic, nouveau style

Vaud en 2016 Grégoire Junod devrait succéder à Daniel Brélaz à Lausanne. Un changement patiemment construit Plus...

«Autoritaire» et «réservé», tel est le syndic rêvé du PS

Lausanne La candidature de Grégoire Junod a été acclamée par les socialistes lausannois. Retour sur le parcours de celui qui s’affiche résolument comme l’homme fort du parti. Plus...

Les roses veulent voir Junod dans le fauteuil de Brélaz

Lausanne Le PS lausannois a acclamé les candidatures de ses trois municipaux sortants en vue des élections communales de février prochain. Grégoire Junod s’affirme comme chef de file. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.