«Nous devons définir une politique de fin de vie à domicile»

La cheffe de la Santé publique, Stéfanie Monod, veut accroître la prise en charge des urgences à domicile et favoriser la possibilité de finir ses jours chez soi.

Stéfanie Monod, cheffe du Service vaudois de la santé publique.

Stéfanie Monod, cheffe du Service vaudois de la santé publique. Image: PHILIPPE MAEDER

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Mourir en Suisse romande ou au Tessin coûte en moyenne 20% plus cher qu’en Suisse alémanique, selon une étude récente du Fonds national suisse (FNS) portant sur les douze mois précédant le décès. Réduire les coûts est justement l’un des buts de la réforme du dispositif de réponse à l’urgence mijoté par le gouvernement vaudois après l’avortement de l’avant-projet de loi sur les Régions de santé. Les explications de Stéfanie Monod, cheffe de la Santé publique.

– Comment expliquer que les coûts de la fin de vie sont plus élevés chez nous qu’en Suisse alémanique?
– C’est le reflet de la proportion importante de décès à l’hôpital. Nous avons 20% de personnes en moins en EMS que la moyenne suisse. Du coup, depuis le domicile, la fin de vie provoque davantage de transferts à l’hôpital que depuis l’EMS. En outre, l’hospitalisation se fait souvent par défaut, faute d’alternative. Moins parce que la personne en a besoin que parce que son besoin de soins ne peut être satisfait dans son lieu de vie. Dans ces situations-là, l’hôpital a malheureusement retrouvé sa fonction d’«hospice» accueillant les personnes pour lesquelles nous n’avons pas d’autre solution. L’étude du FNS est une opportunité d’initier le débat de société sur la fin de vie. Nous devons définir une politique de décès à domicile.

– Que voulez-vous changer dans le système?
– Le repenser en mettant la personne et la communauté au centre du dispositif. Il faut recréer des alternatives, notamment pour les soins de fin de vie. Globalement, il sera aussi nécessaire de limiter le recours à l’hospitalisation aux cas qui nécessitent un plateau technique, des soins et une surveillance très intensive. Mais pour cela, il faut aussi préparer un dispositif communautaire en amont qui permette d’anticiper la crise ou qui permette de la gérer dans le lieu de vie de la personne à chaque fois que cela est possible.

– Quel serait ce dispositif?
– Des équipes mobilisables 24 heures sur 24, pouvant intervenir rapidement pour opérer le tri et l’évaluation, examiner la possibilité d’un maintien à domicile et mettre en place l’accompagnement adéquat. Elles seraient constituées de médecins mais aussi d’infirmiers, de palliativistes, de physiothérapeutes, d’ergothérapeutes… Ce dispositif de réponse à l’urgence ne concerne pas seulement la fin de vie. Nous voulons aussi créer des lieux tampons; des lits d’accueil médicalisés temporaires pour les personnes qui ne nécessitent pas un plateau technique lourd mais dont on ne sait pas encore si elles peuvent rester chez elle ou pas. Nous espérons mettre en œuvre la réforme de la réponse à l’urgence en 2019. Cet automne, la communauté sanitaire doit présenter un plan détaillé de mise en œuvre.

– Qui gouvernerait ce dispositif?
– Il serait placé sous gouvernance hospitalière ou des réseaux engagés dans une fusion avec les associations de soins à domicile.

– Est-ce le retour, par la bande, de l’avant-projet de loi sur le développement de Régions de santé, suspendu par le Conseil d’Etat après les critiques?
– Non. Développer la prise en charge des situations d’urgence à domicile et favoriser la possibilité de finir ses jours chez soi est une action concrète pour faire face au vieillissement de la population. Il ne s’agit pas de politique, mais de voir les problèmes en face. Renforcer une ligne médicale à domicile ne signifie pas étatiser. Le système actuel est bon, mais il est un peu trop éclaté: il y a les médecins traitants, les CMS, les ambulanciers, les urgentistes, les réseaux de soins régionaux… Certains patients se rendent à la policlinique, d’autres appellent le 144, d’autres leur médecin traitant… Il s’agit de simplifier; d’éviter les doublons. Il faut le faire maintenant, avant un engorgement trop critique.

– Comment financer la réforme?
– En réinjectant progressivement les «non-dépenses» qui seront générées par une moindre croissance du parc hospitalier. On s’attend à ce qu’un dispositif communautaire renforcé puisse permettre d’éviter des hospitalisations et donc, à terme, l’augmentation massive de lits d’hôpital (ndlr: le Canton paie 55% de la facture hospitalière. En 2040, les Vaudois âgés de 65 ans et plus seront 220'000, contre 126 000 aujourd’hui, estiment les statisticiens de l’Etat. Les hôpitaux auront besoin de 2300 à 2600 nouveaux lits, dont 84% à 92% consacrés aux seniors. Le coût moyen de construction d’un lit en soins aigus s’élève à 1,1 million de francs et son exploitation à 560'000 francs par an).

– Qu’est-ce que les patients ont à y gagner?
– La possibilité de rester chez eux en sécurité. Il faut prendre le temps de discuter avec le patient, voir ce qui lui convient le mieux et proposer des alternatives à l’hôpital en fonction de ses besoins. J’ajouterai que lorsque survient une crise, une personne est plus à l’aise pour exprimer ce qu’elle souhaite si elle est chez elle que si elle est aux urgences, en dehors de son cadre de vie. (24 heures)

Créé: 23.09.2017, 08h45

Mourir coûte plus cher que vieillir

On entend souvent que le vieillissement de la population fait exploser les coûts de la santé. Carlo De Pietro, professeur au département santé de la Scuola universitaria professionale della Svizzera italiana, nuance: «Les dépenses de santé sont beaucoup plus liées au facteur «proximité de la mort» qu’au facteur âge.» En France, le coût d’une année de vie est 7,5 fois plus élevé, à âge équivalent, pour quelqu’un qui décède au terme de cette période que s’il poursuit son existence. La dernière étude du Fonds national suisse montre que les dépenses remboursées par les caisses explosent dans les douze mois qui précèdent le décès (près de dix fois plus). «Elles vont jusqu’à franchir la barre des 30'000 francs, ce qui dépasse largement les coûts de santé habituels. Ces derniers, selon l’âge, oscillent entre environ 3500 et 6700 francs par an», détaillent les auteurs. Carlo De Pietro cite une autre étude (Reich et al. 2013) qui indique les coûts LAMal des six derniers mois de vie selon le lieu du décès pour Helsana. A domicile: 11'194 francs. En EMS: 16'579 fr. A l’hôpital: 23'193 francs.

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