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Un dialogue de sourds sur le livre «L'islam conquérant»

Face à un public en grande partie critique, les orateurs ont décortiqué le livre de Shafique Keshavjee lundi soir. Sans véritables échanges.

Le théologien Shafique Keshavjee a refusé de participer au débat organisé lundi soir à Lausanne sur son livre.
Le théologien Shafique Keshavjee a refusé de participer au débat organisé lundi soir à Lausanne sur son livre.
Chantal Dervey - a

Ce n'est «pas un tribunal de l'Inquisition», a prévenu Michel Grandjean. Le théologien genevois était le modérateur du débat consacré au livre «L'islam conquérant» en l'absence de l'auteur, lundi soir à l'Espace culturel des Terreaux. Un événement qui a réuni une centaine de personnes, avec deux gardes de sécurité à l'entrée. Malgré la précision du modérateur, les deux spécialistes conviés n'ont rien trouvé de positif à dire sur le livre de Shafique Keshavjee.

«En tant qu'historien, la méthodologie me chagrine, a lancé Wissam Halawi, professeur d’histoire sociale et culturelle de l’islam. C'est un essai politique et idéologique.» Pour le sociologue Philippe Gonzalez, il ne s'agit «pas d'un livre d'analyse de l'islam, mais d'un ouvrage de positionnement évangélique face à l'islam».

Quant à Sandrine Ruiz, présidente de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), elle a avoué ne pas avoir entièrement lu le livre. Shafique Keshavjee dénonce la violence de certains textes fondateurs de l'islam, résume-t-elle: «Il estime que si les musulmans vaudois sont pacifiques, c'est par méconnaissance des textes... alors l'immense majorité des musulmans ignorent tout de leurs textes!»

Un mérite au moins

Seul Michel Kocher, journaliste et théologien, a trouvé quelque chose de positif à dire sur un bouquin qui a, selon lui, «le mérite d'ouvrir un débat. J'observe une grande animosité ici et là contre son auteur. Cela me préoccupe car un vrai dialogue doit pouvoir permettre de poser toutes les questions.»

Celles du public ont mis en évidence différents niveaux d'approche, parfois incompatibles. «Mohammed était conquérant, c'est un fait historique occulté, a lancé un retraité. Cela figure dans le Coran.» Wissam Halawi a tenté d'expliquer plusieurs fois que la réalité historique est plus complexe, avant de lancer: «Si vous avez les réponses, ne posez pas de questions!»

Un pasteur a jugé que le livre de Shafique Keshavjee est «peut-être maladroit, mais il atteste de la crainte de beaucoup de gens sur certains textes de l'islam. J'aimerais entendre les milieux musulmans sur la question». Philippe Gonzalez a expliqué toute la nuance qu'il faut faire entre les textes religieux et leur utilisation politique. «Dans certains milieux évangéliques aussi les textes sont interprétés de manière à justifier un projet hégémonique.»

Plusieurs spectateurs se sont émus du fait que Shafique Keshavjee ne pouvait pas se défendre. Plusieurs fois applaudi, Michel Kocher s'est également dit déçu «qu'on décrédibilise un auteur qui n'est pas là». Une femme a accusé les spécialistes de vouloir «noyer le poisson» face aux vraies questions posées. Une certitude: «Les musulmans vaudois suivent les lois suisses et pas la charia», a rappelé Sandrine Ruiz, au terme de deux heures d'interventions plutôt hétéroclites.

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