EMS vaudois: les résidents prennent trop de psychotropes

SantéPlus de 80% des pensionnaires prennent ce type de médicaments. L’État présente les résultats des mesures.

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Neuroleptiques, antidépresseurs, tranquillisants, anxiolytiques… Ces médicaments sont très fréquemment utilisés en EMS, par exemple pour les troubles cognitifs, l’alzheimer, la dépression ou l’insomnie. L’État de Vaud se penche depuis quelques années sur les pratiques de prescriptions. Il a annoncé vendredi les effets des mesures prises dès 2010. En résumé: «Une amélioration de la prise en charge des résidents et une baisse significative des coûts des médicaments».

«Plus on augmente le nombre de médicaments, plus on augmente le risque d’effets indésirables»

Les seniors prennent 5 ou 6 médicaments quotidiennement à domicile, contre 9 ou 10 lorsqu’ils vivent en EMS (étude d’Helsana, 2017). Au niveau européen, 60% des résidents des homes seraient exposés à des prescriptions inappropriées. «De quoi s’interroger», note le professeur Olivier Bugnon, pharmacien-chef et responsable qualité de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne (PMU). «Plus on augmente le nombre de médicaments, plus on augmente le risque d’effets indésirables. Beaucoup de patients âgés sont donc exposés à des risques médicamenteux. C’est une réalité.»

La liste de ces risques est longue: troubles de la mémoire, chutes, perte de vivacité, efficacité limitée des traitements anti-alzheimer, surmortalité sous neuroleptique… «Pour les personnes âgées, les psychotropes figurent parmi les médicaments sur la sellette, conclut Olivier Bugnon. Il n’est pas question de culpabiliser quiconque; ces patients sont souvent polymorbides et leur prise en charge est complexe. Mais il faut chercher des moyens d’optimiser la médication des seniors.»

C’est le but des cercles de qualité, introduits en 2010 et généralisés depuis dans les EMS vaudois: optimiser qualitativement le choix et l’usage de l’ensemble des médicaments prescrits au sein d’un établissement. Concrètement, il s’agit d’une réunion entre le médecin responsable de l’institution, le pharmacien et l’infirmier-chef. Deux à quatre fois par an, ces professionnels abordent la médication et aboutissent à un consensus sur le choix et l’usage des substances prescrites. A-t-on vraiment besoin de somnifère, par exemple? Lequel choisir? À quelle dose et sur quelle durée?

On l’a dit, ces cercles interdisciplinaires ont eu des effets d’ordre financier. Le coût annuel global d’un patient en EMS a diminué de 700 francs en 2016. Ces collaborations interprofessionnelles ont permis d’économiser de 4% à 7% sur l’ensemble des médicaments, «sans impact sur la mortalité et les hospitalisations», précise la PMU, chargée d’analyser les effets de la mesure.

Convaincu par ces résultats, le Département vaudois de la santé et de l’action sociale maintient son financement des cercles de qualité (2 millions de francs en 2017). «On commence à avoir une diminution du coût mais surtout du nombre de patients prenant des psychotropes», se réjouit le ministre en charge, Pierre-Yves Maillard.

Déprescription à l’étude

À l’avenir, les cercles de qualité vont évoluer vers une analyse plus pointue, plus individuelle. «Nous menons une réflexion pour étendre ces cercles de qualité à d’autres types d’établissements, par exemple les établissements socio-éducatifs», ajoute Pierre-Yves Maillard.

Par ailleurs, la PMU mène une recherche sur les opportunités et limites de la déprescription dans les EMS, avec le soutien du Fonds national suisse. «Elle vise notamment à comprendre les barrières sur le terrain, explique Olivier Bugnon. Parfois, en arrêtant un traitement, les soignants ont peur de donner l’impression qu’ils baissent les bras.»

Il n’est pas toujours aisé d’intervenir dans les habitudes des médecins. «C’est une sphère compliquée où les professionnels revendiquent leur autonomie et leur liberté de prescriptions, explique Pierre-Yves Maillard. Un regard d’expert doit être posé avec doigté sur leurs pratiques. Mais cela doit être fait.» (24 heures)

Créé: 16.03.2018, 20h58

Prangins mauvais élève

Le secteur de la psychiatrie de l’âge avancé a souvent été pointé du doigt pour la prescription abusive de médicaments psychotropes. Des mesures ont été mises en œuvre par l’État de Vaud après des évaluations menées en 2015 et 2016.

Le ministre de la Santé, Pierre-Yves Maillard, a dévoilé vendredi les derniers chiffres issus de l’évaluation de la médication psychotrope dans les institutions psychiatriques vaudoises. «Oui, il y a des inadéquations. Nous avons la volonté d’affronter ces débats difficiles et de poursuivre dans le processus d’amélioration.»

Des inadéquations – basées sur les critères de Swissmedic – sont relevées partout. Au Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé de Cery, 13% des prescriptions examinées par les experts (dossiers de patients choisis au hasard et examinés rétrospectivement) sont jugées inadéquates en 2016, contre 44% en 2015. «L’évolution est favorable, relève Pierre-Yves Maillard. Ce processus a mené à des mesures d’améliorations qui ont eu un effet sur la prescription.»

Il rappelle que les chambres à quatre lits seront supprimées dans le nouvel hôpital psychiatrique de Cery. «L’environnement était propice à une utilisation de psychotropes peut-être un peu plus forte que souhaité, afin que le système puisse «tenir».»

La palme du taux de prescriptions inadaptées revient à Prangins: 17%. Plus de la moitié des patients sont concernés (58%). Le rapport relève que des points sont à améliorer «impérativement», «autant dans la prise en charge globale que dans la prescription de médicaments psychotropes mais également somatiques».

«Nous en sommes au début d’un processus d’amélioration qui doit se faire par la suite de façon naturelle et continue», explique Pierre-Yves Maillard. Parmi les mesures déjà prises: des corrections faites au cours des évaluations et des recommandations de bonne pratique clinique. Tous les médecins assistants doivent désormais suivre un cursus en psychopharmacologie. «La formation est un point essentiel», insiste Jacques Gasser, directeur du Département de psychiatrie du CHUV.

Les professionnels peuvent aussi avoir recours à une ligne téléphonique de renseignements pour les aider dans la prescription. «Elle est très sollicitée», rapporte Pierre-Yves Maillard, qui a prévu de la renforcer en vue de faire bénéficier de cette expertise les médecins installés.

En chiffres

139 Le nombre d’EMS intégrés dans la démarche des cercles de qualité (pointage en 2017), soit 93% des établissements vaudois. Cela représente 6345 lits. Le canton de Vaud compte 150 EMS et 6500 résidents.

20% des coûts des médicaments prescrits dans les EMS concernent les psychotropes (2016).

700 C’est, en francs, la somme économisée par résident-patient en 2016 grâce à l’introduction des cercles de qualité.

24,6 C’est le pourcentage des dépenses en psychotropes des EMS vaudois en 2009. En 2016, ce même pourcentage a baissé à 21,9.

83,6 C’est le pourcentage de résidents sous psychotropes dans les EMS non pourvus d’un cercle de qualité (chiffres 2016). Ce taux descend à 81,8% dans les EMS qui ont adopté ces contrôles dès 2010.

47% environ des psychotropes utilisés dans les EMS sont des antidépresseurs. Les médicaments contre la démence représentent 6%. Les somnifères et sédatifs: 60%. Les neuroleptiques: environ 30%.

42% La part des résidents en EMS, au niveau européen, qui ne souffrent pas d’une surmédication mais d’une absence de médication qui serait indiquée dans leur cas.

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