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La directrice de l'Hemu tord le cou aux craintes sur la filière poprock

Petite dernière de la Haute École de Musique Vaud Valais Fribourg, la section des Musiques actuelles aura son master en 2020

Noémie L. Robidas – ici au siège de La Grotte – a pris ses fonctions en mars. Elle hérite d’une institution chamboulée, où les querelles de personnes sont légion. Son ambition affichée: «convaincre l’équipage et hisser les voiles».
Noémie L. Robidas – ici au siège de La Grotte – a pris ses fonctions en mars. Elle hérite d’une institution chamboulée, où les querelles de personnes sont légion. Son ambition affichée: «convaincre l’équipage et hisser les voiles».
Florian Cella

Veut-on tuer la jeune section des Musiques actuelles (MUA) de la Haute École de musique Vaud Valais Fribourg (HEMU)? C’est en substance la question que des professeurs ont posée par lettre recommandée à la nouvelle directrice, Noémie L. Robidas, en place depuis le mois de mars. Sans réelle tête pensante depuis le départ de son fondateur, Stephan «Mandrax» Kohler, en juin 2017, la section lancée en 2016 est «en train de perdre la légitimité à peine gagnée», indiquent-ils, alors que la première volée MUA vient d’obtenir son bachelor (lire encadré). «Toute vision artistique propre aux musiques actuelles a été abandonnée, déplore Sacha Ruffieux, guitariste (en solo Sacha Love, et avec Stress, Marc Aymon, Billie Bird…) et professeur de MUA. Nous sommes considérés comme une section de seconde zone et livrés à nous-mêmes.»

Les attaques sont graves, le constat inquiétant. En effet, lors des restructurations au sein de la HEMU, liées à la mise à pied au printemps 2018 de l’ancien directeur Hervé Klopfenstein, il semble que les musiques actuelles ont été oubliées. C’est le doyen de la section Jazz qui chapeaute par intérim aussi celle des musiques actuelles, alors que certains décrivent une guerre entre les deux entités réunies au Flon, voire un mépris de la première envers la seconde. Pour Sacha Ruffieux, il faut un spécialiste à la tête de la filière pop-rock, et la poursuite d’une collaboration avec celle de jazz.

Responsable recherché

Sur ce point-là, le professeur a été entendu. Le poste d’adjoint de direction pour le département des Musiques actuelles (30 à 40%) a été mis au concours ce mercredi, la veille de notre entretien avec Noémie L. Robidas, qui s’était engagée à le faire avant l’été. «J’entends les demandes et nous allons faire des changements dès que possible. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour…», déclare la nouvelle directrice, avec une volonté affichée de «convaincre l’équipage et de hisser les voiles». Il faut dire que cette violoniste classique arrive en terrain miné, dans une institution où des clans sont formés depuis longtemps.

Là où de nombreux témoins décrivent opacité, copinage et omerta, Noémie L. Robidas veut «de la transparence». «Il en faut davantage dans le recrutement des professeurs, dans leur évaluation – par exemple par les étudiants –, dans les plans d’études… On doit pouvoir objectiver les choses pour sortir du ressenti et des querelles de personnes.» La clarification des rôles est aussi en cours à l’échelon supérieur, où une direction transversale de cinq personnes, dont la directrice et le directeur administratif, sera mise en place à la rentrée académique.

«Rockeurs» infantilisés

Reste que la tension décrite entre jazz et musiques actuelles est profonde. Plusieurs professeurs dénoncent une «infantilisation» des musiciens pop-rock. «On est vu un peu comme des kids qui font du bruit dans leur garage», illustre Sacha Ruffieux. Le batteur Laurent Biollay (Sens Unik, Stress…) témoigne également de ce qui l’a fait quitter la HEMU, il y a deux ans: «On nous prenait pour des imposteurs, j’ai entendu ce mot-là! J’ai ressenti le mépris de musiciens jazz qui se targuaient d’avoir des papiers, eux, d’avoir étudié la musique…» Il dénonce «une vision vieillissante de la musique» et un certain «protectionnisme agressif» de la part de professeurs de jazz.

C’est aussi ce qui avait fait partir Mandrax en 2017, désolé de voir se poursuivre une «hiérarchisation basée sur la complexité musicale» à la HEMU. «Alors que cette tendance n’a plus cours dans la majorité des écoles que j’ai pu visiter en Europe, et particulièrement en Angleterre», indique le créateur de la filière lausannoise. Depuis le début, il appelle à un enseignement «pertinent, professionnel et authentique, qui respecte les spécificités artistiques et esthétiques». Avec pour objectif «d’ouvrir des débouchés professionnels concrets» en Suisse et à l’international pour les étudiants. Si le clivage, aboli depuis de nombreuses années dans les pays anglo-saxons, a la dent dure en Suisse romande, «il est en train de disparaître avec les nouvelles générations de musiciens», se réjouit Sacha Ruffieux. Cela, Noémie L. Robidas le reconnaît: la relève veut étudier les musiques actuelles au sens large. «Nous devons développer ce domaine, y intégrer les virtuoses des «machines» notamment.»

Un master en 2020

Aujourd’hui, cette différence entre musique «savante» et «populaire» (le valorisé popmusic anglais) est renforcée par le fait que les étudiants en musiques actuelles sont les seuls de la HEMU à ne pas avoir accès à un master, insistent les professeurs. L’étudiant MUA lausannois qui s’y destinait a été admis à Zurich, où un master pop-rock existe depuis plus de dix ans. Il ne sera bientôt plus nécessaire de traverser la Sarine, promet la directrice. «Le calendrier HES-SO prévoit une refonte des masters cette année, c’est très heureux! Les MUA auront le leur à la rentrée 2020, en enchaînement logique après ces trois ans de bachelor. On ne pouvait pas le créer ex nihilo.»

Quant au futur responsable des musiques actuelles, «on n’exigera pas qu’il ait dix ans d’expérience en enseignement supérieur et un master, cela n’existe pas en Suisse romande», rassure la directrice. L’annonce parue mercredi exige une formation supérieure musicale (bachelor, master ou équivalent) et une solide expérience.

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