La disparition du glyphosate n’est pas encore pour demain

EnvironnementLa conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro a répondu à l’apiculteur qui souhaite l’interdiction de l’herbicide.

En Suisse, ce sont 300 tonnes de glyphosate qui sont utilisées chaque année. Le plus répandu est le Roundup, produit par la multinationale Monsanto.

En Suisse, ce sont 300 tonnes de glyphosate qui sont utilisées chaque année. Le plus répandu est le Roundup, produit par la multinationale Monsanto. Image: Reuters

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Entre mercredi et jeudi, le Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale de l’Union européenne (UE) doit se prononcer sur la prolongation de l’utilisation du glyphosate, un herbicide hautement contesté depuis que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’a déclaré «cancérogène probable» en 2015. Son autorisation de commercialisation s’achève en effet fin juin prochain.

Décision cruciale

Lancé par la multinationale Monsanto sous la marque Roundup, le glyphosate, dont le brevet a expiré en 2000, entre aujourd’hui dans la composition de plusieurs centaines de produits phytosanitaires vendus en Europe. C’est dire si la décision attendue est cruciale: les membres de l’UE vont-ils prolonger la commercialisation de l’herbicide pendant encore dix, voire quinze ans, comme le préconise la Commission européenne? Vont-ils la limiter à sept ans, et uniquement à des fins professionnelles, comme l’a souhaité une majorité d’eurodéputés lors d’un vote en avril dernier? Ou alors vont-ils avoir l’audace de l’interdire complètement, ainsi que le demande la France par la bouche de sa ministre de l’Environnement, Ségolène Royal?

La question se pose avec d’autant plus d’acuité qu’un comité d’experts de l’OMS et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’est invité dans la foire d’empoigne en déclarant, lundi dernier, qu’il était «improbable» que le glyphosate «constitue un risque cancérigène pour les humains». Et cela en réfutant une contradiction entre ses conclusions et celles du CIRC: de son point de vue, les objets de deux études sont «différents, mais complémentaires».

Prudence vaudoise

Sans être membre de l’UE, la Suisse – et donc le canton de Vaud – n’échappe pas au débat qui fait rage autour de l’herbicide le plus répandu du monde, utilisé à hauteur de 300 tonnes par an. A cet égard, Jacqueline de Quattro, cheffe du Département du territoire et de l’environnement, vient de répondre à un apiculteur amateur de Grandvaux qui lui a demandé, en février dernier, d’interdire le glyphosate sur le territoire du canton.

En 2015, Philippe Barraud a installé deux ruches au milieu des vignes qui entourent sa maison, puis il a confié l’analyse de son miel à un laboratoire allemand. Le résultat a révélé une charge en glyphosate trois fois supérieure à la norme européenne tolérée, qui est de 0,1 microgramme par litre dans l’eau potable, l’incitant à manifester son inquiétude auprès du chimiste cantonal et de la conseillère d’Etat.

La réponse de Jacqueline de Quattro, prudente, lève sans doute un coin du voile sur celle que le Conseil d’Etat doit prochainement donner au Grand Conseil qui, à l’initiative du député Vert Yves Ferrari, a prié le gouvernement vaudois, il y a un an, de trouver «les moyens de convaincre la Confédération d’en limiter l’usage en Suisse».

«Le risque serait de voir arriver sur le marché des produits dangereux dont la nocivité n’aurait pas été testée»

«Il faut être conscient qu’une interdiction totale de cet herbicide peut enclencher un processus forcé et précipité d’émergence de substituts effectifs pour le glyphosate. Le risque serait de voir arriver sur le marché des produits dangereux dont la nocivité n’aurait pas été testée, écrit notamment la conseillère d’Etat. (…) Toutefois, je suis d’avis que la présence de molécules chimiques telles que des herbicides n’est pas souhaitable dans notre alimentation et doit, dans la mesure du possible, être évitée. Quant à l’interdiction totale du glyphosate dans notre canton, conclut-elle, elle n’est pas du ressort des autorités cantonales puisque, légalement, l’utilisation, l’autorisation ou l’interdiction de vente du produit Roundup sont de la compétence de la Confédération.»

Plus de 25000 paraphes

Une Confédération favorable à l’utilisation du glyphosate et qui, pour l’heure, a temporisé en attentant la décision européenne, en restant de marbre tant devant la pétition contre l’herbicide signée par plus de 25 000 personnes que devant la campagne «Stop aux pesticides» de Pro Natura ou l’initiative de Prométerre qui va investiguer pour savoir si les traces de glyphosate retrouvées dans l’urine de près de 40% des Romands proviennent de son utilisation dans l’agriculture ou de produits importés.

Créé: 17.05.2016, 17h55

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