«Je suis à disposition si mon parti le juge utile»

Elections 2017Sa motivation est intacte, mais le socialiste Pierre-Yves Maillard met son sort dans les mains de la direction de son parti. Et appelle à un jeu ouvert.

Le socialiste insiste sur la légitimité de la direction de son parti. Il l’appelle à orienter le jeu avant l’échéance cruciale du congrès du 27 septembre 2017 qui devra voter sur des demandes de dérogation à la limitation des mandats.

Le socialiste insiste sur la légitimité de la direction de son parti. Il l’appelle à orienter le jeu avant l’échéance cruciale du congrès du 27 septembre 2017 qui devra voter sur des demandes de dérogation à la limitation des mandats. Image: Odile Meylan

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L’automne dernier, Pierre-Yves Maillard a soufflé le chaud et le froid sur son avenir politique. Il s’exprime pour la première fois sur sa décision. Le socialiste est motivé à continuer, mais il bouscule la direction de son parti: pour quelle stratégie et quels objectifs? Entretien.

Alors, votre candidature est-elle une simple formalité ou y a-t-il une surprise?

J’ai bien réfléchi cet été et j’ai mis en balance plusieurs aspects, privés et politiques. Je vois les enjeux et nos règles internes qu’on ne peut pas traiter avec légèreté, sauf à les changer. Je suis entré au Conseil d’Etat en décembre 2004. Au moment de notre prochain Congrès, j’aurai passé 2,6 législatures au gouvernement. A un mois près, je suis concerné par notre règle qui limite l’exercice du mandat à trois législatures. Mais j’ai décidé de me mettre à disposition du parti.

Que ce soit clair, demandez-vous une dérogation pour être candidat?

Je me conformerai à l’analyse que fera la direction du PS de la meilleure stratégie à suivre. Elle a été élue démocratiquement. Elle a le mandat de préparer les échéances électorales. C’est à elle d’évaluer la situation politique, de soupeser les candidatures potentielles, de décider du rythme de relève souhaité. Si le comité directeur du PS estime que je peux apporter quelque chose, j’irai devant le Congrès, qui tranchera. Sinon, je renoncerai sans états d’âme.

C’est de la coquetterie, le parti n’attend que votre signal!

Non, je respecte les responsabilités données à ceux qui conduisent notre parti et les processus démocratiques qui nous sont chers.

Le PS vaudois tremble à l’idée de devoir faire sans son champion…

Je partirai bien un jour. Et la popularité est un statut provisoire et précaire.

Ne faites-vous pas un pas de côté par rapport aux règles du parti?

Au contraire, je veux les respecter. Mais qui est le meilleur juge pour savoir s’il faut déroger à la limitation du mandat? La personne concernée n’a qu’une vision partielle et partiale. Je sais me battre pour des causes, pour un projet et une méthode, mais pas pour dire que je suis indispensable. Les 18 militantes et militants élus à la tête du parti devront avoir la vision d’ensemble des candidatures en présence pour décider dans quelle mesure il faut miser sur l’expérience et les bilans ou sur un renouvellement avec de nouvelles forces et de nouvelles idées.

Imaginons que vous ne soyez pas retenu. Vous en seriez traumatisé?

Non, j’y suis préparé. Je m’engagerais comme militant pour soutenir les prochains candidats socialistes au Conseil d’Etat. Je ne suis pas si vieux, il y a une vie hors du Conseil d’Etat, en juillet 2017 ou dans quelques années.

Votre motivation est-elle intacte?

Elle se perçoit, je l’espère, à travers une série de projets que je viens de lancer et qui, pour certains, me valent de prendre des coups. J’ai beaucoup d’énergie, les batteries sont pleines. Et je suis rempli de passion pour exercer l’un des plus beaux mandats politiques en Suisse.

Qu’est-ce que vous aimez tant dans ce job de conseiller d’Etat?

D’abord, c’est un mandat et pas un métier. On le reçoit pour un temps limité pour y servir l’intérêt général et donner de la réalité à des idées et des convictions. Le mandat est exceptionnel car il permet de réaliser des politiques avec des effets concrets pour la population. Les cantons ont de nombreuses compétences, parfois plus que certains Etats-nations si l’on pense que l’Union européenne contrôle les budgets nationaux. Personne ne donnerait un tel pouvoir à la Confédération sur les budgets cantonaux. Et Vaud, avec sa taille et sa position au centre de la Suisse romande, a de réelles marges de manœuvre. Notre population est diverse, dynamique, ouverte. On doit dire merci de pouvoir exercer ce mandat.

Miser sur la continuité, avec deux conseillers d’Etat qui ont trois législatures au compteur, est-ce la meilleure stratégie pour atteindre des objectifs ambitieux?

Nous avons sans doute une dizaine de personnes capables d’aspirer au Conseil d’Etat. Qui le veut vraiment en 2017? C’est à la lumière de la réponse à cette question que notre base devra décider.

Si, avec votre collègue Anne-Catherine Lyon, vous obtenez les deux le droit de vous représenter, la règle socialiste fixant la limite de trois mandats sera vidée de son sens?

Le parti devra apprécier ce point.

Pour la relève du PS, ce serait décourageant?

Bien essayé! Mais vous comprenez que je ne me prononce pas.

Conserver la majorité au gouvernement, est-ce l’enjeu prioritaire pour le PS?

Notre plus grand enjeu, c’est de progresser au Grand Conseil. Sommes-nous capables d’y maintenir des positions fortes ou de progresser? Sans un rapport de force qui pousse aux équilibres et aux compromis, on n’obtient rien. Si la gauche perd des plumes au parlement, même les meilleurs socialistes au Conseil d’Etat seront affaiblis et le climat politique constructif pourrait vite vaciller.

C’est malsain si un conseiller d’Etat cumule vingt ans à la tête du même département?

Vingt ans, c’est beaucoup, évidemment. Mais depuis près d’un demi-siècle, c’est probablement la première fois que des conseillers d’Etat ont davantage d’ancienneté que leurs chefs de service; ça a aussi des avantages. Face à notre administration qui est de haut niveau, un conseiller d’Etat doit garder une capacité d’impulsion et de réalisation. L’expérience l’aide. Il faut motiver et entraîner, mais, dans le respect des personnes, il faut aussi parfois s’imposer, inspirer un peu de crainte même, pour que les choses avancent un peu. D’un autre côté, le temps qui passe peut faire perdre le recul parce qu’on se laisse prendre au filet des affinités et des flatteries.

Vous êtes identifié à la santé et au social. Aimeriez-vous relever de nouveaux défis au Conseil d’Etat?

On n’est pas élu à la tête d’un département, mais au Conseil d’Etat. Je pourrais bien sûr m’imaginer faire autre chose. Mais j’ai une affection évidente pour les politiques de la santé et du social, où les enjeux pour notre population sont considérables. N’ayons pas peur des mots: notre système de santé entre en crise. Les réformes fédérales de 2012 ont libéré l’offre et provoqué une inflation des coûts sans gain de qualité. Trop de gens veulent en profiter pour faire trop d’argent. Il faudra défendre les assurés contre cette dérive. Cela passera par des conflits assez durs.

Vous feriez une deuxième législature à la présidence du Canton?

Quand j’ai accepté la présidence, j’ai pensé que c’était pour un seul mandat. On verra le cas échéant, en fonction des circonstances. On est encore loin de ces échéances, il faut d’abord être élu. C’est une tâche exigeante de primus inter pares, avec une forte composante d’arbitrage. Il lui faut donc un peu de discrétion et beaucoup de travail, c’est la condition pour que les collègues acceptent de chercher les solutions avec vous.


«Je me bats pour que nous soyons un parti du monde du travail, pour les gens qui ont une vie ordinaire»

Vous vous êtes beaucoup exprimé sur des thèmes nationaux comme le pouvoir d’achat de la classe moyenne, la LAMal, la burqa. Est-ce la bonne échelle pour gagner les élections vaudoises?

Notre canton n’est pas une île, il est concerné par les soubresauts du pays et du monde. La crise de 2008 dure, on n’en sort pas. C’est une crise du modèle économique et de l’espérance en l’avenir, avec pour corollaire une floraison des sectarismes. Tout cela exige des réponses politiques claires et des actions: pas seulement du prêchi-prêcha inopérant. Face à cette réalité compliquée, on cherche le modèle de société qu’il faudrait inventer, comme si, depuis le temps que les gens pensent, il y avait encore un modèle magique introuvé. Or, si on jugeait pour une fois ce qui a été expérimenté dans la vraie vie, on trouverait plus facilement un chemin. Le modèle social-démocrate, là où il a été mis en pratique dans la durée, a développé des sociétés où il fait bon vivre. Il constitue la bonne synthèse de liberté, d’égalité des chances et de dynamisme économique.

Oui, mais pour quel projet?

Je me bats pour que mon parti retourne aux sources sur la question de la laïcité, sur la question du pouvoir d’achat. Je me bats aussi pour que nous soyons un parti du monde du travail, pour les gens qui ont une vie ordinaire, sans nous laisser toujours ranger dans les marges. Si on est crédible aux yeux d’une large base populaire, alors on aura le poids pour aider les gens les plus précarisés. En disant ça, je souligne ce qui a fait le succès du PS vaudois. Nous avons progressé jusqu’à 25% ces dernières années. Les élections fédérales ont marqué un recul, puis les Communales un rebond. Mais notre parti dure à un niveau élevé en comparaison nationale. Je crois que cette compréhension populaire de la social-démocratie y est pour quelque chose. Elle s’appuie sur des réalisations tangibles comme les PC Familles, la hausse des allocations familiales, le développement des crèches ou les aides à la formation pour les jeunes.

Sur l’imposition des entreprises, vous avez forcé la main à votre parti et divisé la gauche, qui dénonce un cadeau fiscal. Les socialistes ne s’exposent-ils pas à une sanction aux élections de ce printemps?

Nous avons gagné le référendum sur la RIE III à 87%. L’adhésion à gauche était massive, y compris dans la base syndicale. C’est la marque d’un grand compromis. Dès 2019, les ménages dont la prime maladie dépasse les 10% de leurs revenus seront aidés. On mesurera dans quelques jours le besoin de cette réforme. La base socialiste sait que les gens ont de la peine à boucler les fins de mois. Elle sait aussi qu’il faut du dynamisme économique pour financer les besoins sociaux. Or, dans ce contexte de franc fort et de salaires élevés en comparaison internationale, l’outil fiscal est un des leviers. Il sera utilisé avec mesure dans un contexte de finances saines et où des pays de l’UE offrent des taux à 1%, comme on le voit aujourd’hui.

La droite conteste l’ampleur de la facture sociale. Le Canton aura-t-il les moyens de sa politique si les finances se péjorent?

Notre politique sociale vise à soutenir le pouvoir d’achat et corriger le creusement des inégalités, accentué notamment par les primes par tête d’assurance-maladie. Après, il y a les bourses d’études, beaucoup plus productives que l’aide sociale pour les jeunes, et la prise en charge de la personne âgée qui est indispensable et qui coûtera, mais qui offrira des gisements de nouveaux emplois. D’autre part, il y a l’aide sociale, où nous devons assurer l’existence de personnes durablement sans emploi et sans formation en cours. Nous avions enfin atteint une stabilisation, notamment en ayant réussi à sortir des milliers de jeunes et de familles de ce régime. Mais les populations en provenance de pays en guerre ou vers lesquels le retour est impossible obtiennent des permis provisoires et sont orientées vers le Revenu d’insertion. La courbe repart à la hausse. On devra investir pour former notamment les jeunes de ces pays et les intégrer dans le monde du travail. Personne n’a inventé la baguette magique pour éviter ces coûts.

Alors comment faire?

Il faut voir les choses dans leur dynamique. Nous avons réussi à augmenter les mesures sociales ces dix dernières années tout en dégageant des centaines de millions de bénéfices. L’argent dépensé dans cette politique est revenu entièrement dans le circuit économique. Bien sûr, avec la conjecture qui se péjore, cela pourrait changer. C’est pourquoi nous nous sommes donné un jalon important par le biais de la RIE III dans sa version vaudoise, pour garder le dynamisme économique et pouvoir continuer à assumer des choix de politique sociale raisonnable.

Le climat entre le Canton et les communes reste très difficile. Non?

Non. Les assemblées de l’UCV sont conviviales. Un accord a été signé, une nouvelle péréquation est en voie d’être adoptée, tout comme une loi de l’accueil de jour, où l’Etat augmente ses dotations. Mais évidemment, recevoir sa part de facture sociale à payer sans avoir pu la déterminer reste difficile.

La réforme du pot commun entre les localités a été présentée unilatéralement par le Conseil d’Etat. N’était-ce pas brutal?

Un compromis a été trouvé. Mais, parfois, il faut un peu brusquer les choses, sinon c’est toujours la solution la plus facile qui l’emporte, celle où on attend et où on ne fait rien.

Créé: 31.08.2016, 06h36

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Le calendrier socialiste

Le 27 septembre 2016
Convoqué un soir de semaine, un congrès extraordinaire statuera sur les demandes de dérogation à la limitation de trois mandats fixée dans les statuts. Outre les cas des conseillers d’Etat Anne-Catherine Lyon et Pierre-Yves Maillard, neuf députés sont potentiellement concernés. Ils ont jusqu’au 20 septembre pour transmettre leur éventuelle demande de dérogation. Les décisions seront prises
à la majorité qualifiée des deux tiers.
Le vote à bulletins secrets peut être demandé; il s’impose au Congrès si au moins 30 voix le réclament. Avant ce rendez-vous, des socialistes signaleront-ils leur intérêt à la fonction de conseiller d’Etat? Cela rendrait plus concret le débat sur le besoin de renouvellement; mais ce n’est pas une obligation. L’attentisme jusqu’à l’issue du vote sur les dérogations n’est pas exclu.

Le 5 novembre 2016
Le Parti socialiste adoptera son programme de législature, soit le texte avec lequel il mènera la campagne électorale de 2017.

Le 4 janvier 2017
C’est le délai fixé aux «candidats à la candidature» pour le Conseil d’Etat.
Si un des deux anciens n’a pas obtenu sa dérogation, il est hors jeu et sa place sur la liste de trois sièges que le PS veut défendre est à prendre. Même si Lyon et Maillard ont obtenu leur dérogation, ils doivent recevoir l’investiture du Congrès ordinaire. Le scénario d’une candidature de combat contre l’un des deux sortants au nom du besoin de renouvellement pour mobiliser l’électorat socialiste reste possible, mais peu vraisemblable.

Le 14 janvier 2017
Le Parti socialiste donne l’investiture à ses trois candidats au Conseil d’Etat. Incontestée, la sortante Nuria Gorrite (une législature) sera sur le ticket. Si un des deux autres sortants a été exclu du processus au nom de la priorité donnée au renouvellement, la conseillère nationale Cesla Amarelle est citée comme la mieux placée pour traverser le parcours conduisant à l’investiture. Encore faut-il qu’elle confirme son intérêt.

Trajectoire en dates

16 mars 1968
Pierre-Yves Maillard naît à Lausanne.

1er décembre 2004
Il est élu au Conseil d’Etat après que Pierre Chiffelle a dû se retirer pour raisons de santé.

15 mai 2011
Le ministre gagne devant le peuple la bataille des PC Familles,
soit les prestations complémentaires pour les familles aux bas revenus. Ce régime permet aux ménages de ne plus avoir à compléter leur revenu avec l’aide sociale.

14 décembre 2011
Il rate son élection au Conseil fédéral, devancé par Alain Berset.

1er juillet 2012
Après la victoire de la gauche au Conseil d’Etat, le socialiste en devient le président pour cinq ans.

20 mars 2016
Le paquet RIE III, compromis entre mesures sociales et baisse d’impôts pour les entreprises, est plébiscité à 87,12%. Pierre-Yves Maillard et son collègue PLR Pascal Broulis sont généralement reconnus comme les principaux auteurs de ce dispositif.

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