«On dit que je suis le visage du canton de Vaud»

Conseil d’EtatNuria Gorrite est la nouvelle présidente du Conseil d’Etat pour cinq ans. Elle en appelle au travail dans un esprit de consensus.

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Elle va incarner le Canton ces cinq prochaines années. Nuria Gorrite (PS), entrée au gouvernement en 2012, en charges des infrastructures et des ressources humaines de l’Etat de Vaud, reprend une présidence qui semble taillée pour elle. Personnalité solaire, l’ancienne syndique de Morges est connue pour son caractère extraverti, populaire, sa capacité à dialoguer et nouer des alliances. Première interview de celle qui veut être la présidente de «tous les Vaudois».

– Vous succédez à deux hommes, Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard. Est-ce important qu’une femme devienne présidente?
– Oui, je reçois depuis hier beaucoup de témoignages dans ce sens. Je crois que les femmes attendaient ça. Cela abolit une sorte de plafond de verre.

– Vous étiez candidate?
– Ce n’est pas une élection populaire il n’y a donc pas de candidature. C’est après discussion avec mes six collègues du nouveau gouvernement que j’ai été désignée à l’unanimité.

– Pourquoi cette fonction vous a-t-elle intéressée?
– J’ai toujours aimé ce genre de défis, le fait de trouver des solutions dans l’écoute et le dialogue constructif. Dans un collège gouvernemental à majorité contrastée, avec des personnalités fortes, il faut chercher des consensus.

– La présidence du Conseil d’Etat est-elle honorifique? Quelle est son importance?
– C’est d’abord une fonction interne, qui consiste à conduire les débats au sein du collège. La présidence sur cinq ans a évidemment une forte dimension d’incarnation, il s’agit de représenter les intérêts du peuple vaudois à l’extérieur. Je vais partager cette fonction avec Pascal Broulis qui garde l’Office des affaires extérieures. Je pense que cela correspond à l’équilibre politique cantonal. C’est important qu’on se rassemble pour défendre nos intérêts à l’extérieur. A l’intérieur du Canton, la présidence est aussi un marqueur de son temps. Et on me prête quelques qualités pour écouter les besoins de toutes les couches de la population.

– Lesquelles?
– Une forme de gouvernance plus directe, spontanée, dans la proximité. Par mes origines, j’ai l’habitude de côtoyer des milieux très différents et pas uniquement les cercles institutionnels. Je sors volontiers avec des bobos lausannois, mais j’adore aller au Giron des jeunesses dans la Broye. Par mon parcours je pense que je peux être le symbole de la réalité contrastée de ce canton.

– Cette présidence est-elle aussi un symbole pour l’immigration?
– Bien sûr, le canton de Vaud s’est aussi construit par l’apport de l’immigration. J’ai aussi reçu beaucoup de messages dans ce sens, de gens qui se disent fiers. Le fait que le gouvernement soit présidé par quelqu’un qui a un parcours d’intégration réussi, cela montre qu’il y a un champ des possibles. Il faut encourager l’intégration, l’ascenseur social, c’est bon pour l’ensemble de la communauté. Cela dit, ce n’est pas une première: Pascal Broulis est d’origine grecque. La majorité des conseillers d’Etat sont d’origine étrangère: Béatrice Métraux est d’origine française, moi d’origine espagnole, Anne-Catherine Lyon à moitié anglaise et Cesla Amarelle à moitié Uruguayenne. Cela traduit l’évolution du Canton.

La présidence en trois mots. Vidéo: Pascal Wassmer

– Ressentez-vous une responsabilité particulière à être présidente du gouvernement?
– Il y a une grande responsabilité, qui consiste à rassembler. Le Canton doit continuer de capitaliser sur la création d’emplois et en même temps ne pas occulter le fait qu’on a des concitoyens qui vivent des heures difficiles malgré la prospérité. Il faut faire matcher un peu mieux la création d’emplois et la réinsertion.

– Vous attendez-vous à une présidence plus difficile que les précédentes?
– Ce n’est pas exclu, parce que les temps sont à la polarisation, à la caricature. Je plaide pour qu’on puisse garder à l’esprit la mission qui est la nôtre et tenir compte du changement climatique, du vieillissement de la population, de la révolution numérique, des dérégulations, des extrémismes, religieux ou politiques. Ces débats sont délicats et vont faire appel à notre capacité à résister aux émotions immédiates.

– Vous êtes élue présidente et les petits Vaudois n’ont même pas un jour de congé!
– Non, au boulot (rires)! Ce n’est pas une élection au Conseil fédéral. Et il n’est pas question de me la jouer Roi-Soleil, mon travail consiste d’abord à mettre en valeur celui de mes collègues. On m’a dit que désormais j’étais le visage du canton de Vaud, j’espère en être aussi un peu le cerveau.

Créé: 16.06.2017, 20h04

«C’est le temps du rassemblement»

Le deuxième tour des élections cantonales a provoqué des tensions entre la gauche et la droite. Nuria Gorrite se réjouit que l’on soit «en train d’en sortir». Elle estime «qu’il y a un temps pour chaque chose. Pendant une campagne, les règles du jeu politique font que cela tourne au rapport de force. Chaque camp s’arrime à des positions idéologiques. Après, il y a un autre temps: c’est le temps du rassemblement, le temps pour construire. Le peuple vaudois a décidé d’une majorité au Conseil d’Etat et d’une autre au Parlement. Nous avons maintenant une responsabilité collective, celle de travailler à la recherche d’un consensus pour faire progresser les idées.» L’appel est lancé à la droite autant qu’à la gauche, précise-t-elle.

Elle réfute l’idée que la gauche se soit montrée trop gourmande dans la répartition des départements, notamment en faisant grandir celui de Pierre-Yves Maillard: «Soit on réfléchit en termes gauche-droite soit on parle de politique publique, et c’est la deuxième alternative qui m’intéresse. Nous devons mettre en cohérence les chaînes d’actions publiques. Il y a trop de jeunes qui n’ont pas de solution, qui se retrouvent à l’aide sociale. Ce gouvernement a une responsabilité à agir.»

Parmi les défis identifiés par le Conseil d’Etat, figure la stratégie numérique, dont Nuria Gorrite a la charge, en collaboration avec plusieurs collègues: «Nous devons poser des conditions-cadres. On peut supposer que la transition numérique représente des gisements d’emplois, mais parallèlement il faudra anticiper les dérégulations. Et la formation continue sera l’un des plus grands défis liés à ces technologies.»

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