Les dix paramètres à connaître sur le territoire vaudois

DéveloppementAvant la votation sur l’initiative «Stop mitage», l’analyse des chiffres révèle en quoi le paysage a mué.

Derrière le mitage et l'extension urbaine, plusieurs chiffres permettent d'illustrer les complexes évolutions en cours sur le territoire vaudois. L'emprise des transports et des infrastructures de loisir mange aussi son lot de terre.

Derrière le mitage et l'extension urbaine, plusieurs chiffres permettent d'illustrer les complexes évolutions en cours sur le territoire vaudois. L'emprise des transports et des infrastructures de loisir mange aussi son lot de terre. Image: Keystone

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Le territoire vaudois est l’objet de bien plus d’évolutions que celles dont on parle en vue de la votation «Stop mitage» de ce dimanche. Il n’y a plus uniquement les tendances connues et facilement identifiables, comme l’extension des zones villas. Depuis la mise en place d’outils de mesures d’une rare complexité au tournant des années 2000, la lecture des phénomènes touchant notre paysage quotidien s’est considérablement affinée. C’est notamment ce qui pousse la plupart des géographes vaudois experts du domaine à faire montre d’une prudence de Sioux quand il s’agit de s’exprimer sur la question. La plupart préfèrent rester anonymes. Voici, dans la kyrielle des derniers survols (datant de 2014) de l’Office fédéral des statistiques, dix chiffres révélateurs des phénomènes en cours.

1. L’inconstructible

D'abord, reprenons les manuels de géographie scolaire: 16% du territoire vaudois est inutilisable. Un chiffre remarquablement stable, évidemment. Ce sont des rivières, des lacs, des glaciers (comme les Diablerets). S’y ajoutent plus de 25% de forêts. Ce qui condense l’activité sur finalement peu d’espaces.

2. Le poids de l’agriculture

L’exploitation agricole occupe encore 41% de la surface du canton, dont 22% pour les terres arables. Au point que Vaud constitue, avec Berne, l’un des plus gros contributeurs nationaux aux surfaces d’assolement, ces meilleures terres arables protégées par la Confédération. Les surfaces arables sont-elles sous pression en terres vaudoises? Assez. 10% d'entre elles ont fondu depuis 1982. L’essentiel de cette disparition a eu lieu entre les années 1994 et 2006. Autres superficies à la baisse: les arbres en plein champ et l’arboriculture. L’ensemble du territoire agricole n’a perdu toutefois «que» 7% de ses hectares ces trente dernières années, du fait notamment d’une expansion des vignes (les Vaudois en ont replanté) et des pâturages locaux, des parcelles fourragères. Ce que ça veut dire ? Une déprise des champs face à autre chose que le béton est peut-être bien en route, observent les spécialistes.

3. L’expansion de la forêt

Bénéficiant des premières mesures de protections fédérales au XIXe siècle, la forêt va bien. Les arbres ont pris 2000 hectares en trente ans, en quasi-totalité sur les alpages éloignés de moins en moins exploités. La tendance est connue. «Parfois aussi, c’est aux abords des domaines, moins en plaine. Défricher sans compensation est depuis un tabou et personne n’ose en parler. Mais la question est restée figée dans les années 1860. Nos prochaines surfaces à bâtir, ce sont peut-être bien les zones forestières», analyse un géographe, d’ailleurs désireux de rester anonyme.

4. La pression résidentielle

C’est peut-être dans le très technique chiffre OFS numéro 3 et 4 sur 72 de la nomenclature NAOS04, soit les maisons individuelles et de deux logements ainsi que leur terrain attenant, que se cache le mitage dénoncé par les Jeunes Verts. Les villas ont effectivement boulotté 1254 hectares du canton à ce jour, soit le double de l’industrie. La progression la plus marquée étant toutefois à dater de 1982 à 1994 (27%), contre la moitié (13,2%) de 2006 à 2015. Ce dernier boom? «Entre le plan directeur de 2008 et le tour de vis de la LAT, beaucoup de communes ont profité pour construire ce qui leur restait», glisse un fonctionnaire. L’extension des villas controversée serait ainsi à la baisse, ce qu’estime le géographe Pierre Dessemontet, sceptique de l’initiative. À noter que l’habitat de faible densité reste toutefois gourmand en surfaces: chaque hectare de villas construit entre 2006 et 2015 a «mangé» 4,2 hectares de terrains environnant.

5. La pression urbaine

Difficile à caractériser dans les chiffres. Les espaces construits (immeubles, artisanats, édifices publics, habitat moyen, etc.) et attenants font plus de 7200 ha en 2015. Mais c’est surtout la périphérie, les points de contact avec les agglomérations, les franges, qui ont avalé des champs. «Il y a eu des erreurs, on a longtemps été permissif dans les autorisations et le contrôle des formes urbaines dans ces endroits. Ce sont les effets de la pendularité sur les agglomérations secondaires par exemple», note Muriel Delabarre, maître d’enseignement et de recherche à l’UNIL. «Maintenant, la question c’est comment reconstruire des tissus, des corridors écologiques et des usages dans ces endroits.» Son collègue Antonio Da Cunha, professeur honoraire, distingue, lui, l’étalement («des constructions de faibles densités provoquant le morcellement de la ressource sol») des extensions («une utilisation raisonnable du sol, avec des espaces rendant la ville durable, mais sur les axes structurants comme les transports. Sauf décroissance, on en aura toujours besoin»).

6. Les friches

Souvent avancées comme remède à la poussée urbaine, les friches industrielles ne sont pas un si grand eldorado que ça. Vaud en est le plus grand détenteur en Suisse, 261 ha, soit 8,7% environ de nos réserves constructibles. Un stock qui se grignote petit à petit, notent les géographes. «La désindustrialisation a frappé certaines régions plus que d’autres, dire que les friches sont une solution globale est trop simpliste. Par rapport à certaines agglomérations, nous n’avons jamais eu d’industries très gourmandes en surface», observe Jérôme Chenal, maître d’enseignement et de recherche à l’EPFL.

7. Le rail et la route

Le développement de ces dernières années, c’est aussi des transports. Le canton compte en tout 994 hectares de rails et aires ferroviaires. La route? Un peu plus… 8500 hectares, soit 2,6% du territoire vaudois. «On est dans le creux de la vague, après les investissements des années 1980. Il faudra un jour soit changer de manière de faire, soit rattraper avec une 4e voie CFF, de nouvelles jonctions autoroutières… des choses très consommatrices de territoire», poursuit Jérôme Chenal.

8. Le stationnement

C’est 748 hectares. Le double de la surface utilisée par les bâtiments publics (écoles, administration, etc.). Plus qu’à Zurich. «On sous-estime la place occupée par les voitures, soupire Jérôme Chenal. Le coût en superficie est considérable. Les efforts qui ont été entrepris pour rendre accessibles par la voiture des territoires, même si on ne veut pas les construire en soi, c’est aussi une forme de mitage.» L’héritage de cette accumulation de parkings date du saut entre 1982 et 1994. On observe toutefois une hausse de 8% des surfaces entre 1994 et 2015.

9. Golf, jardins collectifs, et camping

L’autre coût du développement, même si ce n’est pas forcément du béton. Les années 80 à 95 ont été celles d’une hausse massive des installations accompagnant la poussée résidentielle. Des zones sportives (849 ha au total), des terrains de golf (435 ha), camping (150 ha), parcs publics (614 ha) et jardins familiaux (83 ha). En tout 0,6% du territoire cantonal. À la fois peu et beaucoup. «Une forme de privatisation pas toujours équitable du territoire par certaines parties de la population», estiment plusieurs géographes.

10. Les cimetières

On ne s’en vante pas assez, mais le canton de Vaud est 3e national des cimetières. Derrière Zurich et Berne. Nous en avons 132 hectares en tout, sans qu’on en connaisse le motif précis. «Par contre on ne trouvera pas de politique pour se battre contre les cimetières», sourit l’enseignant à l’EPFL. Peut-être, évoquent les spécialistes, l’héritage d’une région à la fois urbaine et rurale, qui a longtemps pu s’étendre sans s’inquiéter.


Voici comment la Suisse utilise son territoire

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(24 heures)

Créé: 06.02.2019, 10h55

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