En dix ans, Laurent Ballif a laissé sa marque à Vevey

BilanL’élu prend sa retraite après trois législatures à la Municipalité, dont une décennie en qualité de syndic. Bilan contrasté.

Laurent Ballif quitte l’exécutif veveysan avec le sentiment du devoir accompli.

Laurent Ballif quitte l’exécutif veveysan avec le sentiment du devoir accompli. Image: Chantal Dervey

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Stratège politique pour certains, omnipotent pour d’autres – qualificatif qu’il réfute, lui préférant omniscient –, Laurent Ballif n’aura jamais laissé indifférent. L’édile socialiste aux innombrables casquettes, dont celle de député, quitte la Municipalité de Vevey à la fin du mois, après quinze ans de pouvoir, dont dix en qualité de syndic à la tête de majorités de gauche. La Ville a forcément évolué sous la houlette de cet homme qui l’a profondément aimée et défendue. La réciproque est – en partie – vraie. Entre réussite et échecs, le bilan en quelques thèmes.

Finances

«De manière générale, je reconnais et assume des erreurs d’évaluation. Je n’ai pas vu venir la crise de 2008-2009, laquelle a produit des effets en 2011, année effroyable pour nos finances. Par ailleurs, j’étais persuadé que les recettes fiscales augmenteraient de manière conséquente puisque la population ne cessait de croître. Or elles n’ont fait que stagner.»

Durant l’ère Ballif, l’endettement brut de Vevey s’est largement creusé, «si l’on excepte 2007 et 2008, années durant lesquelles il a été réduit grâce à une bonne maîtrise des investissements et des ressources», tempère-t-il. De 113 millions de francs en 2006, la dette publique culmine aujourd’hui à 199 millions (l’endettement net est de 103 millions, soit 5400 francs pour chaque Veveysan). Le plafond d’endettement fixé à 200 millions a été augmenté de 75 millions pour financer le futur collège secondaire. «J’affirme que le volume de la dette est maîtrisé compte tenu de la fortune patrimoniale de Vevey: 550 millions de francs.»

«Certes, on peut toujours faire mieux, mais nous avons fait beaucoup»

Depuis 2009, les comptes communaux ont toujours été déficitaires, à l’exception notable de 2014 (600 000 francs de bénéfices). «J’estime néanmoins qu’ils ont été bien tenus, mais pas aussi bien que je l’aurais voulu. Je n’ai pas réussi à terminer mon mandat sur un équilibre financier, c’est un fait.» L’autofinancement peut être qualifié de correct durant la gouvernance Ballif, mais n’a pas été suffisant pour éviter d’importants recours à l’emprunt dans le but de financer des projets d’envergure. «Forcément, aucun investissement n’a été engagé lors de la législature précédant mon arrivée à la syndicature. Ou alors reportés. Pourtant, les enjeux étaient énormes: rénovation des tours d’habitation de Gilamont, Castillo, ex-EPA, Oriental, etc. Aujourd’hui, ces engagements conséquents nous rapportent 500 000 francs par an rien que pour les tours de Gilamont. Et globalement trois fois plus que l’intérêt de la dette.»

Social et culture

Homme de gauche, Laurent Ballif a appliqué le programme social pour lequel il a été élu, et réélu. «Certes, on peut toujours faire mieux, mais nous avons fait beaucoup. Nous avons notamment créé une aide individuelle au logement, encouragé les loyers modérés, considérablement développé les prestations sociales, les soins à domicile, l’accueil des enfants. Alors municipal, j’ai fondé la première garderie communale. J’en suis très fier. J’aurais voulu que l’on crée plus d’emplois, le taux de chômage de Vevey étant de 2% plus élevé que la moyenne cantonale. C’est un échec.»

Sur le plan culturel, Laurent Ballif le clame sans ambages: «J’ai tout réussi. Sauf le programme «One Night in Vevey», qui n’a connu qu’une soirée. Fin 2003, j’ai rédigé les lignes directrices culturelles, toujours en vigueur. J’ai permis aux gens d’oser. J’ai engagé et encadré Stefano Stoll dans le développement du Festival Images, qui rayonne sur le plan international.»

Visage de la ville

Les critiques sur la circulation et l’insuffisance de parkings qui plombent le centre et ses accès ont rythmé la décennie. Elles n’atteignent pas – ou peu – le syndic. «Bien sûr, les parkings sous la place du Marché et derrière la gare ne se sont pas réalisés. Mais nous avons élaboré le Plan de mobilité urbaine, dont les premières mesures sont une réussite, notamment la limitation du trafic de transit», estime-t-il. L’habitat et différents projets se sont développés harmonieusement derrière la gare. D’autres, comme la Cour aux marchandises, peinent à voir le jour. «Nous avons beaucoup œuvré pour plus d’espaces publics, plus de mobilité douce, pour rendre la ville plus attractive, avec patinoire et plage provisoires notamment.» L’Exécutif, en revanche, a été désavoué à deux reprises par la population sur autant de référendums. Notamment celui du jardin du Rivage, pour lequel le syndic s’était personnellement engagé.

Moteur régional

Laurent Ballif – les avis sont quasi unanimes – a beaucoup et bien travaillé pour la Riviera, région phare de l’intercommunalité dans le canton. Mais encore pour le projet d’agglomération Rivelac, qu’il considère comme «un succès». Celui de la fusion des dix communes de la Riviera a échoué. Le syndic de Vevey, qui avait fortement symbolisé ce projet avec ses homologues de Montreux et La Tour-de-Peilz, l’avait qualifié d’«élément central de la législature» dans une interview, en août 2010. «Je voulais consulter directement la population avec un oui ou non à la fusion. Cela n’a pas pu se faire pour diverses raisons. C’est une déception.»


Comment ils jugent la gouvernance Ballif

Yves Christen, ancien syndic radical de Vevey, ex-président du Conseil national: «La ville a connu ces quinze dernières années, soit en grande partie durant sa syndicature, une croissance démographique très importante. La population a passé de 15'000 à 20'000 habitants. Sous sa houlette, la Municipalité a su maîtriser cette croissance, sans erreurs majeures. Mais cela a nécessité des investissements dans les infrastructures publiques et les finances se sont un peu dégradées. Rien de grave, à mon avis. Sur le plan culturel, Laurent Ballif a saisi l’importance du concept Vevey Ville d’Images et l’a développé. Laurent Ballif aime Vevey et lui a consacré une partie de sa vie active. Cultivé et curieux avec un style qui lui est propre, peu enclin à flatter son électorat. Ce qui explique qu’il n’ait jamais cherché à être un leader charismatique.»

Pierre Chiffelle, ex-municipal de Vevey, ancien conseiller d’Etat, ex-conseiller national PS: «Sur un plan général, la ville a été moyennement bien gérée cette dernière décennie par l’équipe municipale. Il faut saluer la politique mise en place en matière de prestations sociales, notamment en ce qui concerne les garderies; quand bien même les délais d’attente restent importants. Des investissements nécessaires ont été engagés. L’importance de la dette doit en ce sens être relativisée, et ce d’autant plus que les taux d’intérêt des emprunts tendent à devenir négatifs. Il y a eu une fuite en avant concernant la densification, avec pour conséquence l’arrivée de nouveaux citoyens en trop grand nombre compte tenu du coût important des infrastructures qu’il a fallu créer. On a trop laissé de libertés aux promoteurs. Il s’agit désormais de promouvoir un moratoire pour stopper la densification. Et, priorité absolue, réformer le PGA, ce qui aurait dû être fait depuis trente ans déjà.»

Werner Riesen, conseiller communal veveysan, député UDC: «Sous l’ère Ballif, la Ville a dépensé sans compter. Pas toujours à bon escient, et surtout pas pour tous les Veveysans. On a par exemple trop donné à la culture au détriment de l’entretien du patrimoine communal. Laurent Ballif, trop dogmatique, n’a pas été suffisamment à l’écoute. J’admire en revanche ses grandes connaissances, sa force de travail et la manière dont il a toujours voulu mettre en avant la ville et la défendre sur le plan de la région et du canton. Il va sans doute un peu manquer.»

Créé: 16.06.2016, 20h13

Laurent Ballif en bref

Né en 1951, à Lucens; marié, père de quatre enfants.

Etudes en sciences politiques.

Journaliste à L’Est vaudois (1973-1974).

Ex-entraîneur
, puis directeur général du Vevey-Natation. Membre d’honneur de la Fédération suisse de natation.

Ancien secrétaire général de l’IDEHAP.

Conseiller communal depuis 1985.

Député PS depuis 1994.

Municipal veveysan depuis 2001.

Syndic de Vevey depuis 2006.

A la retraite? «Flemmer... tout en lisant, écrivant, écoutant de la chanson française ou du rock et, un jour, en m’occupant de mes petits-enfants!»

Articles en relation

La Verte Elina Leimgruber succédera au syndic socialiste Laurent Ballif

Vevey La Municipalité s’est mise d’accord sur la répartition des dicastères et sur la syndicature. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.