Le domaine de Mobutu à nouveau aux enchères

SavignyAprès un divorce et une faillite, la propriété sera vendue aux enchères par l’Office des poursuites de Lavaux-Oron

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«Nichée au cœur d’un parc exceptionnel et aménagée avec un soin tout particulier, la propriété, qui peut être qualifiée de grandiose, bénéficie d’une situation exceptionnelle et privative dans un environnement très calme et offre une vue imprenable sur les Alpes. Cette demeure empreinte de classicisme et de raffinement offre un cadre de vie particulièrement intimiste étant située à l’écart de tout voisinage direct dans une zone résidentielle hors de toute nuisance.» L’Office des poursuites de Lavaux-Oron, qui, le 15 juin prochain à Cully, vendra l’objet estimé à 18 millions de francs par l’office des immeubles, ne craint pas de se montrer lyrique dans son annonce. Dame! L’occasion de mettre aux enchères une propriété de maître avec maison d’hôte, jardin à la française, serre horticole, piscine, pool house et court de tennis, le tout sur six hectares, ne se présente pas tous les jours.

Le domaine des Miguettes, en l’espèce, se trouve sur la commune de Savigny et a appartenu au général Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, le président du Zaïre destitué, décédé en 1997 au Maroc. A la mort du dictateur, il avait été mis sous séquestre à la suite de la demande d’entraide judiciaire de son pays. La vente aux enchères du mobilier et des voitures avait alors rapporté 270'000 francs, venus s’ajouter aux 6 millions de francs des fonds de Mobutu bloqués dans le cadre de la procédure d’entraide. En 2001, après l’échec d’une première vente aux enchères, la propriété avait été attribuée de gré à gré, pour la somme dérisoire de 3,1 millions de francs, à un homme d’affaires suisse, Léon Schrurs, âgé de 41 ans à l’époque, investisseur actif dans des entreprises belges, françaises et italiennes, spécialisées dans le textile. D’origine grisonne et marié à une Américaine, il a fait ses études en HEC à Lausanne.

«Rien que pour le mazout, il y en a pour 100'000 francs, et il faut au moins deux jardiniers à demeure»

Avant de s’y installer fin 2002, le couple avait entrepris d’importants travaux de rénovation dans les deux maisons qui composent la propriété, dans le parc, et la piscine avait été remise à neuf. Mais aujourd’hui, alors que des eaux tumultueuses ont coulé sous les ponts, Elisabeth Schrurs l’occupe seule avec ses cinq enfants. «Nous avons divorcé et mon mari a fait faillite. Le domaine a donc été lourdement hypothéqué, jusqu’au jour où la banque a dit stop, explique-t-elle. Si je l’avais racheté avant la mise aux enchères, mon mari, qui ne paie plus rien depuis quatre ans, en serait resté le copropriétaire, ce que je ne souhaite évidemment pas. Je lui ai demandé de me le laisser, mais il ne veut pas non plus. J’espère donc pouvoir le racheter le 15 juin, parce que je comptais bien rester ici jusqu’à la fin de mes jours.»

25 toilettes

Avec franchise et un délicieux accent américain, Elisabeth Schrurs détaille le gouffre financier que représente une telle propriété. «Celui qui est prêt à débourser 9 ou 10 millions pour l’acheter – je ne pense pas que les enchères dépasseront ce montant – doit savoir que l’entretien lui coûtera largement plus de 500'000 francs par an, dit-elle. Rien que pour le mazout, il y en a pour 100'000 francs, et il faut au moins deux jardiniers à demeure. Vous savez, cette «stioupide chose» compte quand même 25 toilettes et 16 chambres!»

Une «stioupide chose» qui risque pourtant, le mois prochain, d’échapper à la famille Schrurs. La faute à la faillite, à Neuville-en-Ferrain (F), de Tissavel, dernière entreprise en Europe à fabriquer de la fourrure synthétique: Léon Schrurs en avait pris les commandes en 2006, injectant plusieurs millions d’euros, mais il n’était pas parvenu à redresser la barre. En octobre 2013, le fabricant mettait la clé sous la porte, laissant ses 49 salariés sur le carreau. (24 heures)

Créé: 11.05.2016, 16h45

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