Ils dorment bien malgré le vacarme de leurs rues

LausanneSelon une étude, la circulation lausannoise est la plus bruyante du pays. Reportage dans les zones les plus problématiques.

Image: Patrick Martin

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C’est un record qui ne fait pas rêver. La circulation lausannoise, qui dépasse souvent la valeur limite européenne fixée à 55 décibels, est la plus bruyante du pays. Principale cause de ce vacarme: ses rues en pente. Cauchemar des apprentis conducteurs, les démarrages et accélérations typiques de cette topographie inclinée font également le malheur de nombreux dormeurs, dont le sommeil serait de moindre qualité.

C’est ce que révèle une récente étude de l’EPFL, du CHUV et des HUG («24 heures» du 5 juin). En s’appuyant sur les plaintes de somnolence de près de 3700 Lausannois participant à l’étude CoLaus/PsyCoLaus, la recherche établit un lien entre le lieu de vie des personnes qui souffrent de somnolence diurne et le bruit nocturne causé par les trafics routier et ferroviaire.

Klaxons romains

L’étude cible également «des points noirs particulièrement problématiques en ville de Lausanne». Le premier se situe à l’ouest de la ville, entre l’avenue d’Échallens et le chemin de Montétan. Entre les voitures, le ballet des camions, les passages réguliers du LEB et les fameuses rues en pente qui quadrillent le secteur, l’endroit est effectivement particulièrement bruyant.

Pourtant, le tintamarre ambiant semble ici relativement bien toléré. «Il y a du bruit, mais pas plus qu’ailleurs, estime Laurent Gonthier. Le jeune homme, qui vit dans le quartier depuis une dizaine d’années, assure même réviser et dormir «les fenêtres ouvertes, sans aucun souci».

Employé au restaurant vietnamien qui fait l’angle, Angelica Lorella a le même sentiment que l’étudiant. Pour un peu, elle trouverait même l’endroit plutôt calme. En tout cas s’agissant de la circulation. «Je viens de Rome, où j’ai longtemps vécu. Là-bas, les voitures font un bruit incomparable à celui que l’on entend dans les rues lausannoises, et je ne vous parle pas des klaxons qui ne s’arrêtent jamais. C’est l’horreur!» lance la Romaine, qui poursuit le registre des comparaisons. «Il n’y a pas plus de bruit ici qu’à l’avenue de France, où je vis.»

«Le LEB, c’est mon réveil»

Dans le quartier, on semble donc plutôt bien tolérer le bruit de la rue. Un phénomène qui n’étonne pas les spécialistes du sommeil et pour lequel ils avancent plusieurs explications.

On se réjouit que le LEB soit enterré. Lorsqu’il passe, ma maison vibre et le matin, à 5 h 30, le LEB est mon radio-réveil

Cependant, mardi après-midi, toutes les personnes croisées n’affichaient pas la même sérénité. Pour les riverains, les voitures ne constituent pas le pire des bruits avec lesquels il faut composer: il y a le son des sirènes des ambulances qui entrent et sortent de l’Hôpital de l’Enfance. Mais il y a surtout le LEB, considéré comme la pire des nuisances sonores. «On se réjouit qu’il soit enterré. Lorsqu’il passe, ma maison vibre et le matin, à 5 h 30, le LEB est mon radio-réveil», soupire un habitant.

La deuxième zone ciblée par l’étude, géographiquement plus diffuse, se situe sous-gare et près du parc de Milan. Sur place, hormis ceux qui vivent à proximité immédiate des voies de chemin de fer et qui confient «avoir des nuits difficiles», la plupart des riverains interrogés dépeignent un quotidien sonore des plus calmes. Le long du boulevard de Grancy, Xavier Guerry acquiesce. «On dort très bien ici, je n’ai jamais eu de problème de sommeil. On entend même les oiseaux chanter.»

Réveiller sans s’en souvenir

Entre les «points noirs» relevés par l’étude et le ressenti des habitants des quartiers concernés, le fossé a l’air immense. Peut-être pas tant que ça.

Directeur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV, le professeur Raphael Heinzer n’est pas d’ailleurs particulièrement étonné du ressenti exprimé par la plupart des riverains croisés. «Plusieurs facteurs permettent d’expliquer pourquoi ces gens ne sont pas dérangés par le bruit, indique d’emblée le spécialiste. Certaines personnes, qui sont moins sensibles aux nuisances sonores, auront tendance à rester dans des quartiers bruyants quand d’autres chercheront à déménager. Le tout donnant lieu à une sorte de sélection naturelle. Il ne faut pas non plus oublier qu’avec le temps, on s’habitue au bruit, il dérange moins. Ou donne en tout cas l’impression de moins déranger.»

Car que ceux qui assurent ne pas être perturbés se trompent peut-être, poursuit le médecin, dont de nombreux patients se plaignent de somnoler durant la journée. «Le cerveau peut parfaitement faire abstraction du bruit, donnant l’impression à l’individu concerné qu’il n’est pas incommodé dans la mesure où il n’a pas conscience de se réveiller, mais il se réveille pourtant bel et bien», relève Raphael Heinzer. Et de développer, explicitant la notion de microréveil: «Des microréveils de trois secondes suffisent à altérer les structures du sommeil. Celui qui les subit n’en a pas conscience puisque, pour se rappeler qu’on a été tiré du sommeil, il faut que le réveil dure au moins une minute.»

Créé: 07.06.2018, 18h07

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