Près de 400 km de routes vaudoises sont hors la loi

Lutte contre le bruitMontreux va retirer les pavés tapageurs de sa vieille ville. Mais seules 15% des chaussées vaudoises trop bruyantes ont été traitées au 31 mars, date butoir fixée par Berne.

La route pavée du vieux Montreux s’ajoutera sous peu aux tronçons assainis dans le canton,

La route pavée du vieux Montreux s’ajoutera sous peu aux tronçons assainis dans le canton, Image: Chantal Dervey

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Condamnés aux somnifères et aux boules Quiès durant une décennie, les habitants de la vieille ville de Montreux sont des privilégiés: les élus ont décidé de réduire au silence les bruyants pavés qui troublent leurs nuits, leur tapage ayant résonné jusqu’au Conseil communal et en salle de Municipalité.

Le témoignage des riverains des pavés de Montreux

Or la grande majorité des Vaudois habitant près d’une route aux nuisances sonores excessives n’ont pas cette chance. Près de 150 communes sont touchées. Et cela alors que le délai d’assainissement imposé par la Confédération en 1987, à l’entrée en vigueur de l’ordonnance sur la protection contre le bruit, puis prolongé en 2002, arrivait à échéance à fin mars. «Près de 400 kilomètres de routes cantonales et communales sont concernés, explique Pierre-Yves Gruaz, directeur général de la mobilité et des routes (DGMR). À ce jour, 85% de ce réseau a été analysé et les mesures à prendre y ont été identifiées. Mais, pour l’heure, seuls 15% des travaux ont été réalisés.»

Un coût de 3 milliards

Plusieurs raisons à ce retard. «Les assainissements ne se font qu’au gré des rénovations de routes, explique Cyril Durussel, responsable de la cellule bruit à la DGMR. Nous ne démontons pas une chaussée en bon état pour la rendre moins bruyante. C’est impensable! Car le coût serait astronomique.» La problématique est générale.

À l’échelle du pays, il reste encore près de 7000 km de routes, principalement cantonales et communales, à traiter pour un montant estimé 3 milliards de francs. «Nous avons d’abord dû assainir les abords des autoroutes dont le Canton avait la charge jusqu’en 2008, avant de pouvoir nous concentrer sur les routes cantonales», poursuit Cyril Durussel. De plus, un revêtement phonoabsorbant a une durée de vie plus courte (entre 10 et 15 ans) qu’une chaussée goudronnée (15 - 25 ans). Et au fil des années, il devient bruyant: «Longtemps, les responsables communaux pensaient pouvoir assainir leurs routes une fois pour toutes, ajoute ce dernier. Or, la lutte contre le bruit routier est permanente. Les communes en ont pris conscience. Elles ont toutes entamé leurs études d’assainissement et achevé quelques réalisations.»

Les pavés, une hérésie

Face à ce chantier hors normes concernant la santé publique (lire encadré), la Confédération vient de décider de prolonger jusqu’en 2022 le délai de subventionnement pour les travaux d’assainissement sur les routes, le trafic motorisé étant le plus important générateur de bruit. Dans ce contexte, la folle histoire des pavés de Montreux, mis en place à la demande des riverains en 2009, avant de les insupporter, constitue l’exemple à ne pas suivre. «C’est le genre de mésaventure que nous tenons absolument à éviter», confie Pierre-Yves Gruaz. Car on s’accorde aujourd’hui à le dire: en matière de bruit, les pavés sont acceptables sur un trottoir, mais pas sur une route proche d’habitations – de surcroît sur laquelle circulent 3000 voitures par jour. Les villes, souvent sur l’injonction du Canton, optent désormais pour des revêtements moins tapageurs, comme à Orbe ou encore à Nyon où les projets de pavage ont passé aux oubliettes.

«L’aménagement d’un centre-ville convivial entre parfois en conflit avec la lutte contre les nuisances sonores, relève Cyril Durussel. Et nous sommes là pour le rappeler.» Les ouvrages antibruit ne sont d’ailleurs pas érigés pour leurs qualités esthétiques. «Concernant les principes d’assainissement, les mesures sont d’abord prises à la source du bruit (sur la route et les véhicules), puis sur le chemin de propagation (parois antibruit), explique Pierre-Yves Gruaz. Si ces deux mesures sont insuffisantes ou irréalisables, il faut agir au point récepteur, par exemple en posant des fenêtres à double vitrage.»

«La réduction de vitesse est efficace et pas chère. Mais encore faut-il qu’elle soit acceptée par la population.»

À ce titre, depuis le 1er avril, le locataire ou le propriétaire incommodé par une infrastructure engendrant des nuisances sonores supérieures aux normes pourrait se retourner contre les pouvoirs publics propriétaires afin d’obtenir un dédommagement. «Pour l’instant, il n’y a pas eu de précédents, réagit Cyril Durussel. Nous n’avons reçu que quelques réclamations. À quoi ça servirait à un locataire de se battre pour tenter de recevoir un peu d’argent? Il n’en serait pas plus tranquille pour autant. Et cela affaiblirait la capacité financière de la Commune ou de l’État pour réduire les nuisances sonores.» Il n’empêche que 20% de la population est exposée à du bruit dépassant les valeurs limites admissibles.

Ces jours, le Canton sonde les effets d’une réduction de vitesse de 50 à 30 km/h sur le bruit. L’étude est effectuée de nuit aux avenues de Beaulieu et de Vinet à Lausanne, en vue, peut-être d’une instauration plus générale. «Cette mesure permet de gagner plusieurs décibels, explique Cyril Durussel. Mais nous voulons aussi mieux savoir, via des questionnaires, comment elle est réellement perçue en pratique par les riverains et les usagers de la route. La réduction de vitesse est efficace et pas chère. Mais encore faut-il qu’elle soit acceptée par la population.» (24 heures)

Créé: 13.07.2018, 11h21

En chiffres

60


C’est le nombre
de kilomètres de routes vaudoises trop bruyantes
assainies à ce jour.

20%


La proportion de la population qui est exposée à du bruit dépassant les valeurs limites admissibles, soit 1,6 million de personnes en Suisse.

54%


Plus de la moitié des Suisses souhaite renforcer la lutte contre ce fléau, selon une enquête GfS-Zurich de novembre dernier.
Ils sont même 17% à vouloir des lois plus sévères.

500


Le nombre de morts qui serait dûs au bruit via ses effets sur le système vasculaire, selon une étude alémanique de 2018. Un rapport fédéral de 2017 concluait déjà que le chahut rend malade.

Le chahut tuerait plus que la route

«Si l’on se fait réveiller 25 fois par nuit, je pense que l’on risque de vivre moins longtemps», estime Cyril Durussel, chef de la cellule cantonale du bruit routier – ce dernier est le plus important vecteur de nuisances sonores.

Un rapport fédéral de 2017 ne laisse planer aucun doute: «Le bruit rend malade.» Une étude alémanique de 2018 va plus loin: le chahut causerait 500 morts par an, deux fois plus que la route, par ses effets sur le système vasculaire. La moitié des Suisses (54%) souhaite dès lors renforcer la lutte contre ce fléau, selon une enquête GfS-Zurich de novembre 2017. Ils sont même 17% à vouloir des lois plus sévères.

C’est le bruit du trafic en général (47%) que les personnes interrogées trouvent le plus incommodant, en particulier les voitures (19%), les avions (14%), devant les autres êtres humains, notamment ceux qui parlent trop fort. «Le trafic routier a doublé depuis 1985, glisse Cyril Durussel. Mais les gens sont aussi plus sous pression et donc davantage sensibles au bruit.»

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