«L’écoféminisme vise à libérer les femmes et la nature»

InterviewLa professeure française Catherine Larrère raconte un mouvement bien dans l’actualité qui pointe une double domination masculine.

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Dans le sillage de la grève des femmes et des mobilisations pour le climat, il est un courant qui gagne en visibilité dans le débat public: l’écoféminisme. En pleine campagne pour les élections fédérales, le Parti socialiste vaudois s’est emparé de ce thème, notamment via l’organisation d’une table ronde à Lausanne. Invitée pour l’occasion, Catherine Larrère, philosophe et professeure émérite à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, raconte un mouvement qui «met au cœur de sa réflexion les connexions qui existent entre la domination des hommes sur la nature et sur les femmes».

Quand et comment est né l’écoféminisme?
Le mot a été inventé par une Française, Françoise d’Eaubonne, dans les années 70. À cette époque, elle lance l’idée mais ça reste assez confidentiel. Ça décolle vraiment dans les années 80 aux États-Unis, quand des femmes se mobilisent pour la paix et la justice environnementale. Le mouvement n’est ni unifié ni purement théorique, il est pluraliste et se rapporte à la présence active des femmes dans les mobilisations écologiques. L’écoféminisme occidental n’est d’ailleurs pas le même que celui qui émerge dans les pays du Sud ou du tiers-monde. Là-bas, il peut s’agir d’une lutte de subsistance.

C’est-à-dire?
Certaines activités traditionnelles effectuées par les femmes, comme aller chercher du bois et de l’eau, ont été dégradées ou rendues plus difficiles par la révolution verte (ndlr: industrialisation de l’agriculture visant à augmenter la productivité). Ces femmes sont directement confrontées aux conséquences de ces politiques sur l’environnement et sur leurs conditions de travail, c’est pourquoi elles s’engagent. De manière générale, la dégradation de la planète et du climat pèse davantage sur les populations vulnérables, parmi lesquelles il y a les femmes. Puisqu’elles gagnent moins et sont moins indépendantes, elles sont en première ligne.

Qu’en est-il dans les mobilisations récentes?
La présence féminine est toujours forte même si certains veulent le nier. Ils se servent parfois d’un essentialisme supposé, l’idée que «les femmes sont le vivant et la nature», pour essayer de les ridiculiser. Ce n’est pas du tout ce que défendent les militantes. De par les rôles sociaux qui leur sont attribués, les femmes sont concernées par le milieu de vie comme un tout et pas par le seul travail. Or la centralité des luttes s’est aujourd’hui déplacée: ce n’est plus l’usine mais la santé, les transports, la qualité de l’air… Et les femmes se posent des questions sur ces sujets dont elles sont historiquement chargées.

Où se situe exactement le point de convergence?
C’est plus qu’une analogie, ce sont des rencontres à propos de la domination masculine. L’écoféminisme doit être vu comme une réflexion sur les objectifs communs entre femmes et nature, toutes deux exploitées. Dans les faits, les hommes traitent la femme comme si c’était une nature et la nature comme si c’était une femme. L’enjeu est donc une double libération. Ça ne veut pas dire que tous les aspects de ces combats présentent des liens directs. Je pense par exemple à la situation des jeunes femmes dans certaines banlieues françaises ou à la question du féminicide.

À défaut de fusionner, les deux luttes doivent donc se nourrir mutuellement?
Oui, toute chose qui donne confiance aux femmes, dans un domaine précis, les aidera à s’affirmer par ailleurs. Elles ont fortement investi la question environnementale et cette présence significative peut leur donner des forces pour tout le reste.

Créé: 10.10.2019, 06h58

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