A l’école des curateurs, enfin volontaires

VaudEn 2018, le Canton tournera définitivement la page des curatelles imposées. L’Etat devra former entre 300 et 400 bénévoles par an.

Une des volées de futurs curateurs volontaires, lors d’un cours consacré aux assurances sociales, à Lausanne.

Une des volées de futurs curateurs volontaires, lors d’un cours consacré aux assurances sociales, à Lausanne. Image: PATRICK MARTIN

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Tout savoir en une matinée sur les assurances sociales, de la maladie à l’invalidité en passant par le chômage. Tout, ou du moins les connaissances indispensables aux futurs curateurs volontaires qui apporteront leur aide à des concitoyens incapables de gérer leur vie. L’âge élevé, un handicap, la maladie ou un trouble psychiatrique sont autant de situations qui peuvent engendrer un besoin d’assistance. Mardi dernier, au bâtiment administratif cantonal de la Pontaise, à Lausanne, 43 bénévoles étaient réunis pour un des trois modules de leur formation qui couvre de nombreux domaines, du droit à la psychologie.

L’atmosphère est studieuse, les participants sont curieux. Et les questions fusent: «Si la personne dont je m’occupe déménage dans un autre canton, je n’aurai plus le suivi?» Réponse: «Vous conserverez votre fonction quelques mois avant le transfert juridique dans l’autre canton. Mais vous pouvez demander à continuer!» Continuer? L’idée aurait semblé farfelue il y a une dizaine d’années, lorsque la colère grondait contre les nominations imposées à la fonction de curateur. Des Vaudois surchargés se sentaient totalement désemparés face à une contrainte dont ils ne pouvaient se défaire.

Cas lourds pour les pros

En 2012, l’Etat de Vaud a décidé de réserver les cas lourds aux professionnels, au nombre de 70. «Les cas lourds sont des personnes souffrant notamment de graves problèmes psychiatriques non stabilisés, d’addictions importantes ou encore d’une situation sociale et financière très complexe. Les volontaires, eux, appuient des personnes vulnérables qui ne parviennent plus à s’occuper seules de leurs affaires à un moment de leur vie. Ils les aident à faire face aux difficultés rencontrées sur le plan administratif, social ou financier», explique Frédéric Vuissoz, chef de l’Office des curatelles et tutelles professionnelles. Les enfants, eux, sont pris en charge par des spécialistes.

En 2014, la conseillère d’Etat Béatrice Métraux annonçait la fin de la nomination contrainte des curateurs et la mise en œuvre d’un nouveau système en 2018. Les Vaudois étaient sous pression. Le Canton était le dernier à appliquer la possibilité, accordée jusque-là par les dispositions fédérales, de contraindre un citoyen à accepter une tâche d’assistance. A Berne, les Chambres fédérales viennent d’interdire les désignations forcées, à la suite de l’initiative parlementaire du conseiller national socialiste vaudois Jean Christophe Schwaab. La décision devrait entrer en vigueur en juillet de l’an prochain. Pionnière de la lutte contre les nominations contraintes avec le groupe Action Tutelle, créé en 2007, Andrea Eggli juge l’évolution positive: «Au début, nos séances accueillaient 30 à 40 personnes par mois. Nous n’organisons plus de séance depuis deux ans et les appels sont rares. Les autorités ont fait tout ce que nous avions demandé.»

En cas d'erreur

Au cours, les volontaires sont sensibilisés à leur importante responsabilité. Comme le relève une formatrice, des milliers de pages de lois et de jurisprudences sont noircies à propos de l’assurance-invalidité ou de l’aide sociale. Il est important de ne pas rater les délais impartis afin de déposer des dossiers ou des demandes de soutien. «Vous ne pouvez pas vous souvenir de tout mais ayez les antennes en alerte. En cas de doute, appelez-nous, vous n’êtes pas seuls. Le Bureau d’aide aux curateurs privés (BAC) est là pour vous donner des conseils», déclare une formatrice.

Un curateur privé risque-t-il des poursuites d’ordre judiciaire à la suite d’une faute lourde de conséquences financières? «En cas de manquements, le Canton assume la responsabilité. Le curateur pourrait en revanche être visé personnellement en cas d’infraction pénale comme un vol ou un abus de confiance. Ce qui est heureusement rare. En ce qui concerne les aspects juridiques ou administratifs d’un mandat, un curateur gère la vie des autres de la même manière qu’il peut être amené à gérer certaines situations de sa propre vie ou de sa famille», souligne Frédéric Vuissoz.

Défi important

Une centaine de curateurs volontaires ont été formés dans les deux premières volées, constituées à la suite des campagnes d’annonces et d’affiches qui ont commencé en juin. Ce démarrage est jugé positif, mais le défi est important. Afin de maintenir l’effectif de quelque 5000 curateurs privés et d’assurer la relève, il sera nécessaire de recruter entre 300 et 400 volontaires par an, en partie auprès des proches des personnes qui ont besoin d’assistance.


En formation, ils expliquent les raisons de leur engagement

«L’occasion d’aider»

Valérie Stucki, Saint-Saphorin-sur-Morges, 58 ans «J’ai vécu plus de vingt ans à l’étranger, notamment en Amérique du Sud, avec mon mari expatrié. J’y ai fait du bénévolat mais je n’avais pas de travail. Quand je suis revenue en Suisse, il y a trois ans, c’était difficile de reprendre une vie professionnelle, même si j’ai, par le passé, travaillé au sein de plusieurs sociétés en Suisse. Quand j’ai vu la campagne de l’Etat de Vaud qui cherchait des curateurs, je me suis dit: «C’est ce que je vais faire, je veux apporter de l’aide.» La formation est très concentrée, mais ce n’est pas plus dur que de prendre soin de soi ou de sa famille, puisque j’ai deux enfants adultes. J’ai déjà eu l’occasion d’avoir de la pratique, par exemple dans le domaine des assurances. Nous recevons beaucoup d’informations, mais les responsabilités ne me font pas peur.»

«L’attrait du travail social»

Claude-Denis Humbert, La Sarraz, 68 ans «Je suis retraité et j’ai donc du temps. L’origine de mon engagement comme curateur volontaire remonte au mois de juin. Je m’occupais de mon frère dont l’état de santé s’était dégradé. Le 17, on m’a demandé si je voulais être son curateur. Trois jours plus tard, il décédait. Au même moment, j’ai vu les annonces appelant à devenir curateur. Cette curieuse coïncidence m’a décidé. J’ai une formation d’éducateur spécialisé et l’aide sociale m’intéresse. Mon expérience me permet d’aborder des situations complexes avec distance tout en étant impliqué: c’était mon job! Lors de l’entretien qui suit l’inscription, on nous demande quel profil nous convient: les jeunes, les personnes âgées, le type de difficulté… Je suis d’accord pour toutes les catégories.»

«Tous un peu curateurs»

Nadine Heiz, Lausanne, 38 ans «Quand j’ai vu les affiches de la campagne de recrutement, ça m’a interpellée. J’ai réagi dans l’optique de donner de mon temps, d’aider les plus démunis. Je suis infirmière de formation et je travaille au CHUV. J’ai compris une chose, c’est que nous sommes tous des aidants naturels. D’ailleurs, en Suisse, avant de s’adresser à l’Etat, on opte pour l’autonomie, en cherchant d’abord des ressources dans l’entourage des personnes en difficulté. On regarde du côté des proches. Nous sommes tous un peu des curateurs! J’ai deux enfants en bas âge. Si, par exemple, la maman de jour est en retard alors que je dois travailler, je peux solliciter de l’aide autour de moi. On est dans un pays où ça se passe bien du point de vue de la sécurité. On peut compter sur les autres.»

«Quelque chose en retour»

Smaranda Manoiu, Saint-Sulpice, 36 ans «Je suis d’origine roumaine et je suis venue en Suisse pour accompagner mon mari, qui a une start-up et a été appelé par l’EPFL. Un jour, j’ai reçu un courrier me proposant de devenir curatrice, j’ignore pour quelle raison. Le terme curator, en roumain, désigne quelqu’un qui s’occupe d’expositions d’art. Il se trouve que je travaillais dans les relations publiques, dans le domaine artistique. Des amis m’ont dit: «Curateur, ce n’est pas du tout ça, c’est horrible, pars en courant!» J’ai eu la tentation de dire non. Lors d’un voyage en France, je me suis retrouvée sans argent dans un supermarché, avec mes deux enfants, car je ne trouvais plus mon portefeuille. Pour certains, une telle situation, c’est la vie quotidienne. J’ai eu de la chance jusqu’à maintenant. Mais je pourrais aussi me retrouver seule avec de graves difficultés. J’ai donc décidé de me lancer.» (24 heures)

Créé: 30.10.2017, 06h40

Mode d’emploi

Qui peut être curateur? Toute personne majeure, dotée d’une certaine expérience de la vie, capable de gérer des tâches administratives ou de comptabilité simple. Pas de poursuites, casier judiciaire vierge.
Curatelles et tutelles Le droit de la protection de l’adulte, entré en vigueur en 2013, a gommé les aspects stigmatisants des anciennes dispositions. Les notions de «mise sous tutelle» et d’«interdiction» (privation des droits civiques) ont disparu. On dit «personnes concernées» au lieu de «pupilles». Les adultes sont assistés par des curateurs. Les tuteurs sont réservés aux mineurs.
Défraiement Les curateurs volontaires reçoivent 1800 fr. par an et par cas. Pour combien d’heures de travail? «Il est difficile d’évaluer le temps nécessaire à la gestion d’une curatelle, cela dépend bien sûr des situations. Ce qui est clair, c’est que cela prend plus de temps au début du mandat (quelques heures par mois) ou lors d’une démarche spécifique à effectuer, puis moins lorsque la situation est stabilisée», estime Frédéric Vuissoz, chef de l’Office des curatelles et tutelles professionnelles. Andrea Eggli, du groupe Action Tutelle, note la progression: «En 2006, nous avions demandé que le défraiement, alors de 350 fr., soit augmenté. Il est passé à 1200 fr. puis à 1800 fr.
Chiffres vaudois Au 31 décembre 2016, 6878 mandats étaient confiés à des curateurs privés et 2809 à des professionnels. Le profil selon un sondage réalisé à la fin de 2013: des retraités, des hommes à partir de 45-50 ans qui veulent se rapprocher de leurs valeurs, quelques jeunes femmes de 30 à 40 ans, des femmes qui se sont éloignées de la vie professionnelle pour des raisons familiales.
Pour s'inscrire Informations et marche à suivre: www.vd.ch/curatelles.

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