Le français gagne des heures dans le programme scolaire

EnseignementLa nouvelle organisation des matières à enseigner fait la part belle à la langue de Voltaire

Les élèves auront plus de français, d’allemand ou de?maths, au détriment, d’autres branches.

Les élèves auront plus de français, d’allemand ou de?maths, au détriment, d’autres branches. Image: Patrick MARTIN

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Des changements substantiels sont à venir dans l’école vaudoise. Dès la rentrée 2013, fin août, une nouvelle organisation des matières enseignées entrera en vigueur. Cela s’appelle la nouvelle grille horaire, qui répartit le nombre de périodes par branche. Un tel remodelage n’est pas courant. Il intervient cette année dans le contexte de l’entrée en vigueur du Plan d’étude romand (PER) émanant du dispositif HarmoS et de la réforme LEO (Loi sur l’enseignement obligatoire), adoptée par les Vaudois en septembre 2011.

La refonte d’une grille horaire donne toujours lieu à des négociations approfondies, surtout au secondaire, où la lutte entre les disciplines se solde par des conséquences sur l’emploi. La nouvelle mouture, publiée par le Conseil d’Etat le mois dernier, a fait l’objet de deux consultations auprès des principaux partenaires concernés par l’école. Le processus s’est étendu sur plusieurs années.

La priorité a été donnée au français. Pour les élèves de 7-8 ans, deux périodes de 45 minutes en plus par semaine seront consacrées à notre langue, une demi-période pour les 9-10 ans et une période pour les 13 ans. Les adolescents de la future voie générale, qui regroupe l’actuelle VSO et VSG, auront en outre deux périodes supplémentaires de français appliqué, dans le cadre des options «orientées métiers».

Un essor important

Pour Serge Martin, chef de service adjoint à la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO), c’est une augmentation considérable: «Par rapport à la grille horaire historique du canton de Vaud et aux exigences du PER, qui demande par exemple l’introduction de nombreuses matières dont l’anglais dès l’âge de 11 ans, la nouvelle dotation en français est importante», expose-t-il.

D’autres branches sont également renforcées, comme les maths ou l’allemand. L’enseignement de cette dernière branche passe du statut actuel de «sensibilisation» à celui de véritable discipline scolaire avec évaluation dès la 5e HarmoS (3e actuelle). Cet essor de certaines matières se fait au détriment d’autres. Le temps d’école sera augmenté à l’école enfantine et au primaire (degrés 1 à 6 HarmoS), mais pas du tout au degré secondaire. De sorte que la nouvelle configuration entraîne des perdants. Ces derniers sont les arts visuels (dessin), l’histoire biblique, ainsi que, dans une moindre mesure, le latin et les activités créatrices et manuelles (travaux manuels, couture, cuisine).

Président de la Société pédagogique vaudoise, syndicat des enseignants généralistes, Jacques Daniélou constate que l’équilibre parfait n’est pas possible. «Les améliorations concernant le français portent essentiellement sur le primaire, c’est bien. Mais avec l’introduction de l’anglais dans les classes de 7e HarmoS (ndlr: 5e actuelle), d’ici deux ans, les élèves qui ont de la peine en langues risquent d’être pénalisés.»

Julien Eggenberger, du Syndicat suisse des services publics (SSP), regrette que ce temps d’enseignement supplémentaire pour le français ne soit augmenté, pour les élèves du secondaire, que dans le cadre des options «orientées métiers». Dans ces options, la langue de Voltaire sera étudiée de manière pratique, si l’on peut dire, par le biais du français commercial, par exemple. «Ce n’est pas la même chose qu’un enseignement du français proprement dit, professe Julien Eggenberger. La LEO promettait plus de français. Là je trouve qu’il y a une erreur politique.»

Passer à 34 périodes

Jacques Daniélou observe aussi que le Plan d’étude romand est «très riche et très lourd». «Pour les trois dernières années de l’école, il faudrait augmenter le temps scolaire à 34 périodes par semaine au lieu des 32 actuelles. Il faut que l’Etat se donne les moyens de sa politique.» Un avis partagé par les deux autres syndicats de la fonction publique, SSP et SUD, qui estiment que les 32 périodes ne suffisent plus.

«Nous avons demandé 34 périodes dès le départ, indique Gilles Pierrehumbert, de la fédération syndicale SUD. Car il faut veiller à ne pas pénaliser les disciplines artistiques. La nouvelle grille est un peu trop scolaire.» Dans son programme de législature, le Conseil d’Etat a annoncé une 33e période, en précisant que ce serait pour le français. Les syndicats attendent de pied ferme que cette promesse soit traduite dans les faits.

Créé: 21.01.2013, 07h08

Les perdants essaient de se faire une raison

Les enseignants de latin ont tenté d’empêcher, au moment de la consultation, la perte d’une période pour les élèves de prégymnasiale. «Mais nous n’avons pas réussi, relate Viviane Durussel, présidente de la commission pédagogique de latin. Nous sommes inquiets parce qu’en plus il ne sera plus possible d’ouvrir une classe d’option à moins de huit élèves.» Si les écoliers doivent aller dans un autre collège juste pour le latin, les vocations seront découragées. «Nous allons devoir réadapter nos programmes et les élèves seront moins bien formés pour le gymnase, qui va devoir, lui aussi, se réformer, poursuit Viviane Durussel. A terme, cela posera un problème pour la lecture des sources en latin qui sont numérisées mais ne sont pas traduites…»

Les professeurs de travaux manuels ont obtenu, suite à la présentation d’une pétition assortie de 7000 signatures, des compensations aux coupes imaginées à l’origine: «Le Département (ndlr: de la formation et de la jeunesse) a remis notre matière dans les options «orientées métiers». Mes collègues ne sont pas tous contents, loin de là. Mais je pense qu’il faut maintenant travailler à solidifier notre enseignement», déclare Jean-Claude Sahli, président des enseignants en activités créatrices.

Du côté des maîtres d’arts visuels qui perdent une période sur deux à certains degrés, la pilule a du mal à passer. «Nous avons écrit, présenté une pétition et des messages de personnes de toutes sortes de professions qui considèrent, comme nous, que ce n’est pas là qu’il faut couper. Mais rien n’y a fait», décrit Daniel Bugmann, président des enseignants des arts visuels.

Les professeurs de dessin redoutent l’avenir: «Une branche comme la nôtre, qui touche au rêve, à la créativité, doit être pratiquée régulièrement avec des maîtres qui connaissent bien leurs élèves et dans un laps de temps qui permet de créer une ambiance.»

Les arts visuels bénéficieront cependant, eux aussi, des options «orientées métiers» et les enseignants en profiteront pour monter des cours orientés vers le graphisme et les médias.

Anne-Catherine Lyon, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (Image: Patrick Martin )

«Nous devons y aller par étapes»

La grille horaire n’est apparemment pas assez grande… Pourquoi ne pas augmenter le temps d’école tout de suite au secondaire?

Nous ne pouvons pas le faire dès cette rentrée parce que, au secondaire, la nouvelle grille ne concernera que les 9es HarmoS cette année. Or nous ne pouvons pas demander aux établissements et aux Communes d’organiser un temps d’école pour les 9es et un autre pour les 10es et 11es.

Quand allez-vous introduire cette 33e période?

Le programme de législature du Conseil d’Etat prévoit cette 33e période. Elle pourrait être introduite dès la rentrée 2015 si le Conseil d’Etat, puis le Grand Conseil, donnent leur accord. Pour l’école enfantine et le secteur primaire, le temps d’école sera considérablement augmenté dès août 2013.

Et la 34e période que demandent les syndicats?

Le règlement de la loi sur l’enseignement obligatoire permet une augmentation jusqu’à 34 périodes. Mais il faut y aller par étapes. Entre le temps d’école, les trajets et les devoirs, les élèves travaillent presque comme des adultes. Or l’élève doit aussi pouvoir vivre sa vie d’enfant.

Le latin perd une période. N’est-ce pas dangereux pour les langues mortes?

Vaud est un des derniers cantons à donner du latin à l’école obligatoire. Les autres ne l’enseignent qu’au gymnase. Cela dit, avec l’offre qui est faite aux élèves de voie non gymnasiale de prendre le latin, on peut dire que cette discipline reste plus ou moins stable. J’y suis sensible. J’ai moi-même suivi la section latin-anglais.

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