L’école ouverte à tous séduit surtout des surdiplômés

EPFLL’Extension School s’apprête à délivrer ses premiers certificats.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Depuis le début de l’année, les portes de l’EPFL sont ouvertes aux personnes qui n’ont pas fait d’études, grâce à l’Extension School. Le cursus, que l’on suit en ligne et chacun à son rythme – comptez plus de 500 heures de travail pour en venir à bout et 490 francs par mois –, permet d’obtenir un diplôme inédit dans le paysage académique helvétique: un Certificate of Open Studies (COS).

À l’heure où ces premiers diplômes sont sur le point d’être décernés, «24 heures» a voulu savoir qui étaient ces étudiants d’un nouveau genre et ce qui les a poussés à faire partie de cette volée. L’EPFL nous a proposé trois personnes (lire ci-dessous).


Paroles d’étudiants

À 37 ans, Panagiota Xydi est loin d’être une novice en matière de sciences. Physicienne diplômée de l’Université d’Athènes avec Master en microélectronique, la future maman (elle doit accoucher début juillet) a travaillé au CERN avant de partir œuvrer dans la sûreté nucléaire à Paris. Un CV impressionnant, qu’elle a toutefois voulu étoffer en s’inscrivant à l’Extension School. «En arrivant en Suisse, je me suis mise à la recherche d’un emploi, mais j’ai vite compris qu’il fallait s’adapter au marché romand», explique la jeune femme, qui a donc opté pour le cours sur le Machine Learning. Dans les faits, Panagiota Xydi consacre l’entier de ses journées au programme, cinq jours par semaine. «J’y passerai probablement plus que les 500 heures théoriquement prévues», estime la physicienne, très satisfaite de son choix. La preuve: la formation n’est même pas terminée que l’étiquette EPFL porte déjà ses fruits.

«À peine avais-je indiqué que je suivais le cours sur mon profil LinkedIn (ndlr: réseau social professionnel) que j’ai été contactée par des chasseurs de têtes. Les postes étaient passionnants, mais se trouvaient à l’étranger. J’ai donc décliné.» Appréciant tout particulièrement l’accompagnement personnalisé et les ateliers annexes et gratuits que propose l’école étendue, Panagiota Xydi est donc convaincue d’avoir fait le bon choix.

«J’ai suivi d’autres cours en ligne, mais ils n’allaient pas aussi en profondeur que celui-ci. Le niveau du programme de l’EPFL me rappelle les cours de physique à l’université.»

Actif dans le monde de la finance en France durant douze ans, entre banque de détail et institut d’investissement, Petru Mihaileanu, 38 ans, a récemment décidé de se reconvertir. «J’estimais avoir fait le tour du monde de la banque et je souhaitais acquérir de nouvelles compétences.»

Ni ingénieur ni programmeur, le jeune homme titulaire d’un bachelor en business administration et un master en finances a découvert le Machine Learning et l’intelligence artificielle en s’inscrivant à l’Extension School en début d’année. «Je n’y connaissais pas grand-chose, mais j’ai aimé le côté ouvert que propose le programme de l’EPFL. Le cursus n’est pas évident, mais c’est faisable. J’en suis la preuve», sourit le jeune homme, qui apprécie tout particulièrement la manière d’enseigner à l’Extension School. «On apprend par l’exemple et les codes, les algorithmes que l’on apprend sont appliqués tout de suite. C’est très concret.» Actuellement dans la dernière phase du cursus, Petru Mihaileanu essaie de se connecter tous les jours. «Au moins une heure par jour et plusieurs heures le week-end.»

Quant au fait de suivre une formation seul devant son écran, Petru Mihaileanu ne le voit pas comme un problème. «On est très bien accompagné et les cours assurent un vrai échange. Il est possible de s’entretenir en tête-à-tête avec les enseignants. Je recommanderais ce programme, je l’ai d’ailleurs déjà fait.»

Des trois élèves de l’école étendue que nous avons rencontrés, Aleksandra Sokolowska, 26 ans, est probablement la plus à l’aise dans le cursus. «Je ne trouve pas le programme particulièrement compliqué», confirme la jeune fille, presque gênée. Il faut dire que son CV, particulièrement fourni, joue en sa faveur.

Après un bachelor en physique et astrophysique décroché à l’université polonaise Nicolas Copernic, Aleksandra Sokolowska se spécialise en astrophysique et obtient un master en physique théorique de l’Université de Zurich. C’est également là qu’elle a effectué son doctorat en science computationnelle. Aujourd’hui employée dans une start-up zougoise active dans la technologie prometteuse de la «blockchain», où elle travaille sur le «hacking», la chercheuse est inscrite à l’Extension School depuis janvier.

«Je cherchais un cursus flexible dans le domaine du «machine learning», l’Extension School est vite apparue comme une évidence, explique la jeune fille, ravie de son choix, auquel elle se consacre presque quotidiennement. Je me sers de ce que j’apprends à l’Extension School tous les jours. Étant en ligne, le programme peut être suivi à son rythme, ce qui, avec mon emploi, me convient parfaitement.»

Cette semaine, Aleksandra Sokolowska ne planchera pas beaucoup sur ses cours. Véritable hyperactive, elle organise ce week-end un événement informatique dédié aux femmes à Zurich.


Première chose qui frappe: loin de ne pas avoir fait d’études, elles sont au contraire bardées de diplômes. L’idée de départ a-t-elle évolué? «Non, répond le professeur Marcel Salathé, directeur de l’école étendue. Ces personnes sont certes au bénéfice d’un solide bagage, mais le premier cours proposé, consacré au Machine Learning, concerne un sujet très pointu. Ces trois personnes sont donc représentatives de ce cours en particulier, pas de l’Extension School, qui est vraiment ouverte à tout le monde.»

La preuve, poursuit le responsable, avec les nouveaux cours que propose le programme dès la rentrée. Dont celui intitulé «50 choses à savoir sur Internet». «Dans ce cours, dont les inscriptions viennent d’ouvrir, nous nous attendons à voir s’inscrire des profils très différents de ceux que nous avons vus ces six derniers mois. Eux seront parfaitement dans l’esprit de l’Extension School.» (24 heures)

Créé: 14.06.2018, 18h03

Articles en relation

Il jouait avant Lenny Kravitz, il finit ponte de l’EPFL

Rencontre Marcel Salathé est partout, surtout où on ne l’attend pas. Professeur, peintre, il a même partagé la scène avec la star américaine Plus...

«Nous ouvrons l’EPFL à ceux qui n’ont pas fait d’études»

Formation À la tête de l’école depuis un an, Martin Vetterli revient sur ces douze mois riches en nouveautés. Plus...

Plus de 2 millions d'inscrits aux MOOCs de l'EPFL

Lausanne Plus de 100'000 personnes ont réussi à décrocher une attestation finale après avoir suivi les cours en ligne de l'école polytechnique de Lausanne. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Visite du pape en Suisse, paru le 21 juin.
(Image: Bénédicte) Plus...