L’École vaudoise accouche d’un service mastodonte

RéformeEn fusionnant l’Enseignement obligatoire et l’Enseignement spécialisé, Cesla Amarelle rompt avec le passé.

Giancarlo Valceschini a été nommé à la tête de la DGEO 
par la ministre socialiste Cesla Amarelle.

Giancarlo Valceschini a été nommé à la tête de la DGEO par la ministre socialiste Cesla Amarelle. Image: VANESSA CARDOSO

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Cela pourrait passer pour le barbant ajustement d’un organigramme de l’État, mais sa portée est énorme pour l’École vaudoise. La ministre Cesla Amarelle a décidé de fusionner la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) et le Service de l’enseignement spécialisé (SESAF). Le premier était déjà l’un des plus importants organes de l’État, employant près de 10 000 personnes, l’immense majorité étant des profs. Le second compte 1500 collaborateurs: dont une moitié d’enseignants spécialisés qui aident les élèves à besoins particuliers. Autant dire que la nouvelle entité qui naîtra le 1er janvier 2020 sera un vrai mastodonte. Un mammouth, pour reprendre la célèbre métaphore d’un ministre français.

Qui cornaquera la bête? L’actuel chef du SESAF, Giancarlo Valceschini (60 ans), nommé l’an dernier par Cesla Amarelle. Il pilotera cette fusion et prendra à terme les rênes du superservice. À cette fin, le voilà d’ores et déjà bombardé nouveau chef de la DGEO, poste le plus important du département. Il succède à Alain Bouquet qui, aux portes de la retraite, se voit confier comme ultime mission de faire un premier bilan de la Loi sur l’enseignement obligatoire, la fameuse LEO.

Homme de confiance

Ancien directeur d’école passé aussi dans les hautes sphères de la DGEO, Giancarlo Valceschini est l’homme de confiance de la ministre. Elle lui avait aussi confié la charge de revoir en profondeur la politique de soutien aux élèves en difficulté. Ce vaste projet, baptisé Concept 360, embrasse l’allophonie, les divers handicaps et troubles de l’apprentissage ainsi que les problèmes socioéducatifs. Le fruit de ces réflexions, qui sont liées à l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la pédagogie spécialisée (LPS), sera présenté ce vendredi lors d’une conférence de presse. «Ce dispositif central dans la politique du département a des objectifs ambitieux, comme celui de promouvoir activement l’égalité des chances pour tous les élèves du canton», vante le communiqué. On comprend donc que cette réforme, très attendue par le corps enseignant, doit se faire sous l’égide d’une direction unique. C’était d’ailleurs dans l’air, la conseillère d’État évoquant il y a un an déjà le nécessaire «rapprochement» entre SESAF et DGEO. L’union est maintenant scellée.

Et la nouvelle est bien accueillie par le syndicat SSP, qui avait suggéré cette fusion il y a quelques années, lors de la consultation de la loi sur la pédagogie spécialisée. Générant un surplus de bureaucratie, la coexistence de ces deux services «est un obstacle à une prise en charge adaptée des élèves à besoins particuliers», constate son président, Julien Eggenberger. Les querelles de chapelle et guerres des chefs entre les deux entités sont antédiluviennes. «Si leur réunion est une condition nécessaire pour améliorer la situation, elle n’est pas suffisante à elle seule», prévient-il.

Ainsi, c’est surtout le contenu du Concept 360 qui va focaliser l’attention des profs. Là-dessus, tous les syndicats sont d’accord. «Je ne crois pas à la magie de la réorganisation administrative, qui ferait que les personnes collaborent mieux du seul fait qu’elles sont réunies dans l’organigramme», recadre le président de la Société vaudoise des maîtres secondaires, Gilles Pierrehumbert. «L’inquiétude que l’on peut avoir, d’ailleurs, c’est qu’une déperdition de moyens soit mise dans cette réorganisation. S’il y a une économie d’échelle à réaliser, l’argent doit être redéployé dans les classes.» La demande, rappelle-t-il, c’est qu’une prestation destinée à un élève à besoins particuliers soit rapidement accordée lorsqu’elle est sollicitée. Ce qui n’est de loin pas toujours le cas aujourd’hui.

Inquiétudes

La taille du futur service suscite quelques inquiétudes du côté de la Société pédagogique vaudoise (SPV). «Il y a une cohérence dans cette fusion. Mais 11 000 collaborateurs, sur le plan des ressources humaines, c’est énorme, relève le président Grégory Durand. La DGEO a déjà d’importantes réformes à mener, et il ne faudra pas que celles-ci éclipsent la gestion du travail quotidien. Car l’école ne peut pas se mettre entre parenthèses.»

«Voyons ce mariage comme une union où chacun aura ses spécificités et sera accueilli avec bienveillance», plaide la présidente d’Enseignant-e-s spécialisé-e-s Vaud, Marie-France Fillettaz. «Il faut que tous soient entendus et aient leur place. Partons du postulat que ça va marcher.» (24 heures)

Créé: 07.03.2019, 21h45

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Une fusion à clarifier

La fusion du Service de l’enseignement spécialisé et de la DGEO, si elle est actée sur son principe, reste à ciseler d’ici à 2020. Car le personnel du SESAF ne compte pas que des enseignants spécialisés. Les psychomotriciens, psychologues scolaires, logopédistes en font aussi partie. Tout comme les collaborateurs de l’Unité de promotion de la santé et de la prévention en milieu scolaire, ou l’Office d’orientation scolaire. Il n’est pas dit que toutes ces composantes soient fondues dans la DGEO. Certaines pourraient par exemple se greffer sur le Service de protection de la Jeunesse, imagine le président de SSP-Vaud, Julien Eggenberger, rappelant que cela avait naguère été envisagé.

Présidente de l’Association vaudoise des logopédistes diplômés, Laurie Valton plaide aussi pour que la profession «ait une hiérarchie différente de celle des enseignants, dans l’idée de conserver des critères exclusivement thérapeutiques s’agissant de la prise en charge des élèves».

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