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L’Église anglicane se plaît toujours sur la Riviera

Sur neuf paroisses en Suisse, quatre sont vaudoises. Celle de St. John’s, à Territet, est l’héritière du goût britannique pour les rives du Léman au XIXe siècle.

Achevée en 1877, l’église St. John’s est un magnifique édifice néogothique qui, récemment, a été en partie rénové.
Achevée en 1877, l’église St. John’s est un magnifique édifice néogothique qui, récemment, a été en partie rénové.
VANESSA CARDOSO

Au bord du lac, à Territet, l’avenue de Chillon file tout droit entre les voies de chemin de fer et les vestiges d’une autre époque, la Belle Époque. Abandonnés, l’ancien Grand Hôtel et le théâtre de l’Alcazar attendent de retrouver leur lustre d’antan. À côté de ces reliques, l’église anglicane St. John’s, avec sa belle architecture néogothique, est loin d’être désertée, près d’un siècle et demi après sa construction.

Le nouveau prêtre est originaire de Liverpool et a pris ses quartiers il y a quelques mois à peine. Après plusieurs années en poste à Madrid, Paul Ormrod découvre peu à peu sa nouvelle paroisse, mais connaît déjà quelques anecdotes. «Parmi les Anglais qui se sont établis dans la région jusqu’au début du XXe siècle, beaucoup étaient des officiels qui revenaient d’Inde. Le climat en Angleterre était devenu trop froid pour eux!»

Aujourd’hui encore, il existe en effet une seconde église anglicane sur la Riviera, à Vevey, qui autrefois ne désemplissait pas, tout comme celle de Territet. Achevée en 1877 par un prestigieux architecte victorien, cette dernière n’a d’ailleurs pas tardé à nécessiter divers agrandissements. L’édifice s’est même doté d’une bibliothèque, beau bâtiment adjacent qui sert désormais de logement au révérend et à son épouse.

La connexion anglo-saxone

La Belle Époque, c’est du passé, mais le noyau dur des paroissiens compte tout de même encore une trentaine de personnes. En plus, l’église St. John’s a aussi sous sa responsabilité la petite église anglicane de Villars. «Nous sommes environ huit personnes à la fréquenter régulièrement», détaille Crysane, jeune Américaine installée dans la région depuis quatre ans. Son mari assiste parfois le prêtre lors de la messe et étudie dans le but d’être ordonné. «Nous venons tous deux d’un environnement très croyant aux États-Unis, dans la région de la Bible Belt. On peut dire que la foi est fondamentale dans notre vie.»

Anglais, Américains et Canadiens, plusieurs paroissiens vivent dans la région depuis des dizaines d’années et sont devenus Suisses, selon le prêtre. Mais il y a d’autres habitués: des propriétaires de résidences secondaires qui viennent aux offices pendant leurs longs séjours dans la région. La fréquentation suffit en tout cas à faire vivre la petite église. «Je ne reçois aucun salaire d’Angleterre, assure le père Ormrod. Nos fonds proviennent entièrement des paroissiens et des appels aux dons. C’est la même règle pour toutes les paroisses du diocèse d’Europe.»

Autre signe de vitalité, sur neuf paroisses anglicanes en Suisse, pas moins de quatre sont vaudoises, deux sur la Riviera, une à La Côte et une à Lausanne. De quoi revendiquer une reconnaissance d’intérêt public dans le canton. La procédure a été amorcée en 2016 déjà, faisant des anglicans la première communauté vaudoise à sauter le pas, bien avant les musulmans et les évangéliques.

«Si un catholique entre dans une église anglicane, il est possible qu’il ne s’en rende pas compte tout de suite»Père Paul Ormrod, chaplain de la paroisse St. John’s

Moins médiatique que d’autres spiritualités, l’anglicanisme garde l’image d’un christianisme aux accents British, parfois difficile à situer entre protestantisme et catholicisme. «On peut en parler comme d’une voie médiane», explique Paul Ormrod. À première vue, assister à l’office à St. John’s donne surtout l’impression de vivre une messe catholique dans la langue de Shakespeare.

«Si un catholique entre dans une église anglicane, il est possible qu’il ne s’en rende pas compte tout de suite, sourit le prêtre. Le rituel de l’Eucharistie a une structure très similaire, par exemple, et ce sont à peu près les mêmes textes bibliques que nous lisons pendant les offices tout au long de l’année.»

Pour le premier dimanche de l’avent, cette année, la messe attire une vingtaine de personnes sur les bancs de l’église. On compterait presque plus de monde devant l’autel, car pour l’occasion un chœur de jeunes garçons d’une école privée londonienne participe à l’office. Culottes courtes et visages d’anges, ils semblent venir tout droit de l’Angleterre fantasmée de Harry Potter. Quant à l’humour britannique, il s’invite dans le sermon de Paul Ormrod, qui dresse des parallèles entre les Monty Python et la naissance de Jésus.

Autre vision de l’Eucharistie

Et l’apport de la Réforme? Contrairement aux catholiques, les anglicans ne croient pas à la transformation effective du pain et du vin en sang et en corps du Christ lors de la Cène. En revanche, l’interprétation du rite reste ouverte. «Personnellement, j’ai une compréhension traditionnelle de l’Eucharistie, fondée sur le principe d’une présence effective et non symbolique de Dieu, explique Paul Ormrod. Mais les deux visions coexistent, et c’est une des forces de l’anglicanisme. Dans beaucoup de domaines, les gens sont libres d’arriver à leurs propres conclusions.»

Après la messe, Christine (prénom d’emprunt), une Américaine établie à Aigle, s’active pour servir le thé et des biscuits aux paroissiens. «Moi, anglicane? Non! Je suis protestante à l’origine, mais le rituel n’a pas d’importance.» Elle explique pourquoi elle apprécie tant de fréquenter la paroisse: on y parle anglais, le nouveau prêtre est très bien et il y a un bel esprit de camaraderie. «Les vies spirituelle et sociale ne sont pas séparées. Et il suffit d’entrer dans une église comme celle-ci pour qu’il se passe quelque chose en vous.»

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