L’Église protestante crée un groupe d’accueil de jeunes homosexuels

SpiritualitéSix ans après la bénédiction des couples partenariés, l’institution fait un pas de plus pour l’intégration des minorités sexuelles.

Christophe Golaz (à g.), Andrea Coduri et Liliane Rudaz, diacre, animent le groupe chaque mois à Lausanne.

Christophe Golaz (à g.), Andrea Coduri et Liliane Rudaz, diacre, animent le groupe chaque mois à Lausanne. Image: PATRICK MARTIN

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«Ce qui m’a terriblement manqué durant mon adolescence, c’était un lieu où j’aurais pu parler en même temps de ma relation avec mon copain et du sens de la vie», explique Andrea Coduri (28 ans). Ce lieu existe désormais. Et notamment grâce à lui. Ce chrétien a approché l’Église protestante vaudoise l’automne dernier pour lui suggérer de créer un groupe de jeunes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuel (le)s, transgenres et intersexes), comme cela existe déjà à Genève ou à Neuchâtel.

«Je préfère croire en un Dieu d’amour qui m’aime comme je suis. Si Dieu a choisi de me faire ainsi, c’est qu’il a un plan pour moi»

L’Église a répondu par l’affirmative en février. Appelé À bras ouverts, le groupe consiste, comme son nom le suggère, à accueillir tout le monde sans jugement, dans une vision d’Église inclusive. Il se réunit un jeudi soir par mois à la paroisse de la Sallaz. Une page Facebook a été créée et une dizaine de jeunes y sont inscrits pour l’heure. «C’est un groupe où l’on peut réconcilier vie affective et spiritualité. Dans les milieux gays, il est difficile de dire qu’on est chrétien et vice versa», observe Liliane Rudaz, diacre, qui anime les séances. Celles-ci réunissent pour l’instant de jeunes protestants et catholiques, mais elles sont ouvertes à tout le monde, indépendamment de sa croyance ou de sa religion.

Difficile en paroisse

Dans un monde idéal, un tel groupe ne devrait pas exister. Liliane Rudaz l’admet volontiers. Bien qu’ayant reconnu la bénédiction des couples partenariés en 2012, l’Église vaudoise «a encore de la difficulté à vivre l’accueil en paroisse, dit-elle. Il y a une volonté de bienveillance, mais il nous reste à la vivre… Comme l’Église a fait du tort dans le passé en ne se montrant pas toujours bienveillante, elle doit maintenant prouver qu’elle est réellement ouverte.»

Polémique pour une image

L’accueil inclusif des personnes homosexuelles ne va pas encore de soi pour tous les chrétiens. Une couverture du magazine «Réformés» montrant deux hommes nus couchés dans un lit, en janvier dernier, a provoqué de vives protestations. Surtout dans le canton de Vaud. Les protestants vaudois ne sont pas plus homophobes qu’ailleurs, à entendre Xavier Paillard, président du Conseil synodal: «Les trois quarts des abonnés du journal sont Vaudois, il était normal que les protestations soient plus nombreuses ici. Et cette couverture a probablement réveillé certains débats qui avaient eu lieu quand le Synode a accepté le principe des couples partenariés.»

L’accueil bienveillant et sans jugement des personnes LGBTI relève d’une nécessité, selon Andrea Coduri: «Chacun est libre de penser comme il veut, mais il y a une préoccupation d’intérêt public: le nombre de jeunes LGBTI qui se suicident est cinq fois plus élevé que pour les autres. Des souffrances, on en a assez eu au travail, en famille ou ailleurs. Nous voulons que l’Église et la spiritualité soient pour nous des ressources.»

«Un plan pour moi»

Certaines paroles de la Bible sur l’homosexualité ne pousseraient-elles pas plutôt à s’éloigner de la religion? «Le message de l’Évangile est un message d’amour et les textes bibliques peuvent être lus de différentes manières», estime Christophe Golaz (20 ans), cofondateur du groupe. «Quand j’ai pris conscience de mon orientation sexuelle, je me suis demandé si on pouvait être chrétien et homo. Mais oui… je préfère croire en un Dieu d’amour qui m’aime comme je suis. Si Dieu a choisi de me faire ainsi, c’est qu’il a un plan pour moi.»

Liliane Rudaz prédit un grand succès à venir au groupe À bras ouverts. Dans une vie de ministre, dit-elle, «on a peu d’expériences aussi belles que celles-là».

Créé: 30.04.2018, 16h38

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