«L’électricité solaire peut nous faire passer l’hiver»

EnergieLe photovoltaïque peut remplacer les énergies fossiles. Roger Nordmann le démontre, chiffres à l’appui, dans un livre qui vient de paraître.

Face à l’urgence climatique, le solaire est une solution réaliste, estime le conseiller national Roger Nordmann (PS).

Face à l’urgence climatique, le solaire est une solution réaliste, estime le conseiller national Roger Nordmann (PS). Image: ODILE MEYLAN

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C’est un plan de bataille pour deux générations que propose Roger Nordmann. Multiplions par 25 la production d’électricité à base de panneaux solaires, et la Suisse pourra dire adieu au fossile. Cette proposition n’a rien d’une utopie mais se fonde sur des données réalistes, à entendre le conseiller national (PS), président de Swissolar et spécialiste des énergies. Il le prouve dans un livre qui vient de paraître*. Questions.

Vous pensez vraiment que le photovoltaïque est la réponse à tous nos besoins?
En tout cas, l’électricité solaire peut jouer un très grand rôle dans la décarbonisation. Comme 80% des gaz à effet de serre proviennent de l’utilisation du pétrole et du gaz, il faudra beaucoup d’électricité pour se passer du fossile. Je voulais, en faisant cette étude, vérifier si le solaire est assez puissant pour nous faire passer l’hiver en autarcie. La conclusion, c’est qu’en combinaison avec l’énergie hydraulique il peut couvrir l’essentiel, et c’est une très bonne nouvelle.

Il faudrait donc poser des panneaux solaires partout?
En Suisse, le solaire est bien accepté. On peut effectivement installer des panneaux sur de nombreux bâtiments, sur des infrastructures et même sur les routes. Cela s’impose, d’autant que notre pays dispose d’un bon ensoleillement. Mais, pour atteindre en trente ans la puissance nécessaire de 50 gigawatts (GW), il faudrait établir une vitesse de croisière de montage photovoltaïque de l’ordre de 1,5 GW par année, soit cinq à six fois plus qu’aujourd’hui.

Comment stocker l’énergie?
Ce que mon étude prouve, et qu’on soupçonnait déjà d’ailleurs, c’est qu’il y a une grande complémentarité entre l’hydroélectricité et le photovoltaïque. On peut imaginer augmenter le stockage saisonnier en rehaussant certains barrages. Et des ouvrages comme Nant de Drance ou Hongrin-Léman nous seront précieux pour le stockage à court terme. Ces installations, actuellement sous-utilisées, donnent une immense marge de manœuvre. Je propose aussi un mix avec des batteries dans le réseau de distribution, un peu de stockage saisonnier dans les sondes de pompes à chaleur. Mes calculs se basent sur des technologies existantes.

Votre modèle prévoit qu’il resterait environ 5 millions de tonnes de CO2 rejetées en 2050 à cause de l’électricité gazière…
J’ai employé exprès les hypothèses les plus pessimistes. Mais il y a de fortes chances pour que de nouvelles technologies soient rapidement disponibles ou que d’autres énergies renouvelables se développent. Je montre que le chemin le plus difficile est faisable, c’est la face nord de l’Eiger.

Cela réclamerait des investissements publics considérables. Réaliste?
L’urgence climatique ne nous laisse plus le choix. Au départ, je voulais faire un rapport technique. Mais ce qui m’a poussé à en faire un livre grand public, c’est l’échec de la loi sur le CO2, éviscérée par le PLR et l’UDC à Berne en décembre 2018. Je me suis dit que les gens n’ont pas bien compris l’enjeu, alors qu’il y a des solutions raisonnables et applicables. Vous parlez d’investissements? Dans les années 1960, on a dépensé jusqu’à 2% du produit intérieur brut (PIB) pour construire des barrages et des lignes à haute tension. C’était un investissement génial dont on profite encore. L’ampleur de l’investissement à faire dans le solaire est environ de 0,3% du PIB pour nous décarboner très largement d’ici à 2050. C’est plus facile que ce que nos grands-parents ont fait.

Encore faut-il que tout le monde consente à des efforts.
Oui, la politique publique est indispensable, mais cela passe aussi par des efforts de chacune et chacun. Au lieu de s’offrir un voyage avec la famille à l’autre bout du monde, n’est-il pas préférable d’investir dans une voiture électrique ou une installation solaire?

Vous pensez que c’est une solution désirable?
Pour la durabilité de votre satisfaction, absolument. L’idée que je peux produire ma propre électricité et en revendre, c’est pas mal, et ça dure trente ou quarante ans.

Vous y croyez, à «ce grand mouvement qui sortira la terre du cycle mortel des combustions fossiles», comme l’écrit Jacques Dubochet dans la préface?
Oui, mais il faut que tout le monde joue le jeu, spécialement les pays et les personnes aisées, qui consomment davantage d’énergie. En quinze ans, les prix du solaire ont été divisés par dix. Les voitures électriques ont triplé leur rayon d’action. Le mois passé, on était à 4% de modèles électriques dans les ventes de nouvelles voitures. Ça progresse, mais pas assez vite. J’avais envie de prouver que c’est possible et de livrer un plan d’action concret.

Créé: 07.05.2019, 06h56

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