Des éleveurs ont fait fi des risques de contamination

Grippe aviaireDe nombreuses volailles picoraient en extérieur sans précautions, malgré la réglementation en vigueur tombée aujourd’hui

Les poules d'une éleveuse de la région lausannoise picoraient en extérieur sans protection avant même la levée des mesures de sécurité.

Les poules d'une éleveuse de la région lausannoise picoraient en extérieur sans protection avant même la levée des mesures de sécurité. Image: Philippe Maeder

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«La décision de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) arrive à point nommé. Certains couples d’oiseaux se sont formés et, avec le retour du soleil, l’ambiance était un peu électrique…» Directeur du Zoo de Servion, Roland Bulliard se réjouit. Les autorités compétentes viennent de mettre un terme aux mesures de sécurité contraignantes, datant du 12 novembre dernier, instaurées pour éviter l’apparition d’un foyer de grippe aviaire en Suisse: jusqu’à aujourd’hui, les éleveurs devaient concrètement empêcher tout contact entre la volaille domestique et sauvage.

Une décision motivée par la découverte, en novembre dernier, d’oiseaux sauvages morts et positifs au virus de la grippe aviaire, sous-type H5N8, notamment à Lausanne. La majorité des oiseaux migrateurs ayant quitté leurs quartiers d’hiver, le risque de contamination n’est aujourd’hui plus jugé alarmant.

Il y a quelques jours encore, certains producteurs plaidaient le bien-être animal pour ne pas respecter les consignes de précaution, malgré un risque de contamination encore considéré comme préoccupant par l’OSAV. «Nos bêtes sont dehors sans protection contre les oiseaux sauvages depuis le vendredi 10 mars», raconte Marie-Claude*, propriétaire de poules en région lausannoise. «Après avoir été enfermées trois mois, nos volailles étaient entièrement déplumées. Depuis le retour du soleil et de l’herbe, il était également difficile de garder à l’intérieur des animaux habitués à être constamment dehors et en liberté.» Des installations supplémentaires pour sécuriser l’enclos n’ont pas été envisagées. «Techniquement, tirer un filet recouvrant le champ des poules serait difficile», argumente la propriétaire de gallinacés. «Et cela n’empêcherait pas des petits oiseaux de s’introduire auprès de nos animaux.»

Chef du Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV) et vétérinaire cantonal, Giovanni Peduto n’est pas du même avis. «Les mesures imposées résultent d’une pesée des intérêts entre la sauvegarde du statut sanitaire et le bien-être des animaux. Cette pesée s’est faite en faveur du statut sanitaire sachant qu’en cas d’apparition de grippe aviaire dans le cheptel domestique, ce sont des milliers d’oiseaux qui risquent de périr ou d’être mis à mort, explique-t-il. Le confinement ciblé sur une période donnée pour éviter l’exposition à la contagion répondait donc non seulement aux intérêts sanitaires mais également au respect de la vie animale, poursuit-il. En effet, les mesures mises en place en Suisse ont été couronnées de succès, dans ce sens que nous avons évité jusqu’à présent l’introduction de la grippe aviaire chez la volaille domestique.»

Sanctions pénales
Marie-Claude est consciente d’avoir enfreint les mesures de sécurité et de risquer une condamnation. «Je sais que je prends des risques, mais je fais tout de même attention à ce que les mangeoires de nos bêtes ne soient pas accessibles aux oiseaux sauvages», tempère-t-elle. «Non loin de chez nous, d’autres éleveurs font pareil. Il suffit de se balader en campagne pour le constater.» Des allégations vérifiées dans la région.

Giovanni Peduto rappelle les sanctions encourues par les contrevenants: «Ils s’exposent à des mesures administratives (confinement des oiseaux avec prise en charge des frais de procédure) et à des mesures pénales pouvant aller jusqu’à plusieurs milliers de francs.» Le vétérinaire cantonal reconnaît toutefois que le cas de Marie-Claude n’est pas isolé: «Il y a effectivement des resquilleurs chez lesquels nous avons dû intervenir. Cependant, la plupart des aviculteurs sont conscients des enjeux et acceptent les mesures.»

Au Zoo de Servion, Roland Bulliard, avait opté pour une manière de faire radicale: «Comme nous avions assez de volières, tous nos animaux ont été rentrés. Nos canards vivaient en liberté au bord de l’étang, et la nourriture que nous leur apportions attirait des oiseaux sauvages raconte-t-il. Ainsi, pour éviter tout risque, nous avons préféré les confiner à l’intérieur.»

* Prénom d’emprunt
(24 heures)

Créé: 18.03.2017, 09h57

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