Une élue crée le malaise en amenant son garde du corps au Conseil
LausanneAprès sa dénonciation sur le deal, la PDC Sandra Pernet assure sa sécurité avec un agent privé. La démarche fait jaser.
L’image d’une Suisse paisible où un conseiller fédéral peut musarder sans crainte seul sur un quai de gare est-elle en train de prendre l’eau? Cette question de la sécurité des élus a animé, entre ricanements et interrogations, les coulisses du Conseil communal de Lausanne de mardi soir.
Lors de cette séance, un garde du corps accompagnait l’une des élues, la PDC Sandra Pernet, connue pour avoir dénoncé le deal de rue aux côtés du cinéaste Fernand Melgar. Poursuivant sur sa lancée, la conseillère communale s’en prend aujourd’hui à des dealers du nord de Lausanne, dont elle a intercepté un message sur Snapchat. Après avoir déposé une plainte et porté l’affaire au Conseil il y a quinze jours, elle déclare avoir reçu des menaces (lire encadré).
L’arme laissée à l’entrée
C’est pourquoi elle se fait désormais accompagner d’un agent de sécurité. L’avoir amené jusque dans l’enceinte de l’Hôtel de Ville, mardi soir, n’a pas laissé indifférent. À la pause, les élus n’avaient que cette histoire à la bouche. Sous nos latitudes, une telle initiative n’est pas commune, même après la tuerie de Zoug, le 27 septembre 2001, date à partir de laquelle les entrées des parlements ont été gardées par la police, ce qui est le cas à Lausanne.
Le garde du corps de Sandra Pernet a été sommé de laisser son arme à l’entrée. Municipal de la sécurité, Pierre-Antoine Hildbrand précise que nul ne peut pénétrer dans l’Hôtel de Ville avec une arme. «La protection du Conseil communal est assurée exclusivement par la police. Rien ne légitime une intimidation d’une élue et je déclare ma solidarité avec Mme Pernet et ses proches. Une enquête est ouverte. Il faut laisser la police faire son travail.»
Un garde du corps, même dés-armé, a-t-il le droit de s’introduire dans le parlement de Lausanne? Le président Valéry Beaud assure que n’importe qui peut venir dans les rangs du public, pour autant qu’il ait passé les contrôles de police. «J'ai été prévenu de la venue de l’agent de sécurité par la Municipalité, relate le premier citoyen. L’agent avait le droit d’être là, mais pas celui de s’avancer parmi les élus. Il a suivi les consignes.»
«En tant que conseiller communal, on doit travailler à la sécurité des citoyens et ne pas spectaculariser sa propre protection»
Parmi les conseillers, les réactions sont contrastées. Le socialiste Benoît Gaillard s’interroge sur l’image que cette affaire donne de la police: «Je ne remets pas en cause le choix de Mme Pernet si elle se sent menacée. Mais deux policiers armés surveillent la totalité de nos séances. J’ai peine à croire qu’un garde du corps protège mieux que les policiers.»
Il regrette que la présence de l’agent de sécurité n’ait pas été thématisée lors de la soirée. «Sandra Pernet aurait dû nous dire ouvertement ce qui se passait.» L’élu regrette quelque peu cet épisode: «En tant que conseiller communal, on doit travailler à la sécurité des citoyens et ne pas spectaculariser sa propre protection.»
La présence de l’agent privé est d’autant moins passée inaperçue que certains se sont sentis eux-mêmes surveillés. Le PLR Guy Gaudard dit avoir été gêné: «Il m’a suivi lorsque je me suis déplacé vers le local technique et aussi quand je suis parti. J’ai trouvé cela troublant. Si chaque conseiller communal qui a un problème doit venir avec un garde du corps, il n’y aura pas assez de place.»
L’élu de Chailly déplore aussi le propos de Sandra Pernet, qui dénonce les dealers du nord de Lausanne et jette l’opprobre sur des endroits qu’il connaît bien, par le sport notamment. «Il y a là une jolie jeunesse, sportive et respectueuse. Soixante nationalités se côtoient harmonieusement. Je n’aime pas que l’on discrimine ce quartier.»
«J’ai été choqué»
Un autre habitant du nord de Lausanne, l’UDC Jean-Luc Chollet, va dans le même sens, seulement sur la forme toutefois. Pour lui, il n’est pas nécessaire d’avoir un garde du corps à l’intérieur de l’Hôtel de Ville, puisqu’il est gardé. Il concède une certaine «théâtralisation», voire une «dramatisation» dans la manière de faire de Sandra Pernet. Mais il veut se concentrer sur le contenu: «J’ai été choqué d’apprendre que des crapules de quartier jouent les caïds et se permettent de la menacer. Cela se passe à 400 mètres à vol d’oiseau de chez moi et ça me fait froid dans le dos.»
En deuxième partie de séance, Sandra Pernet a reçu les réponses à son interpellation déposée il y a quinze jours. Dans son cri d’alarme, elle désigne les Boveresses, Praz-Séchaud et Chailly. Après vérification, la Municipalité relève que les professionnels du terrain (policiers, enseignants, travailleurs sociaux) n’observent pas de recrudescence des délits ou de la violence.
Il reste maintenant à attendre les résultats des enquêtes diligentées par la police après la plainte déposée par l’élue PDC.
Créé: 15.02.2019, 06h51
«Mon combat ne vire pas à la paranoïa»
Pourquoi avez-vous engagé un garde du corps?
Parce qu’à cause de ma lutte contre le deal de rue à Lausanne, j’ai reçu des menaces de mort. Sur les réseaux sociaux. Sur mon téléphone, dont le numéro a circulé sur Snapchat. On me dit qu’on va me planter avec un couteau. Cela dure depuis une semaine. Il faut dire que je l’ai bien cherché aussi… Ce sont des collègues de travail qui m’ont encouragé à le faire. Mourir c’est une chose, prendre un coup de couteau et me retrouver handicapée, ça en est une autre. J’ai bien entendu porté plainte. J’ai fourni toutes les preuves des menaces que j’ai reçues à la police.
Il est armé. C’est nécessaire?
Il travaille comme ça. Ce n’est pas une demande de ma part.
Il vous accompagne partout?
Vous comprendrez bien que je ne vais pas vous révéler quand il me protège et quand il ne le fait pas! Il ne vient pas avec moi chercher une baguette de pain, si c’est ce que vous voulez savoir… On a convenu d’un planning.
Pourquoi ne pas avoir fait appel à la police?
Parce qu’elle n’est pas là pour ça. Et c’est moi qui ai provoqué tout ça. J’assume.
Vous n’en faites pas trop? Votre combat ne vire-t-il pas à la paranoïa?
Non. Si ça peut rassurer mes proches… Je n’avais d’ailleurs pas fait étalage du fait que j’avais un garde du corps. Même ma famille n’était pas au courant avant le Conseil communal de mardi soir. Je ne voulais justement pas que cela tourne à la paranoïa pour eux. J’avais bien sûr prévenu les autorités que je serais accompagnée, mais voilà, l’information a fuité.
Laurent Antonoff
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