Encore une année de vaches grasses pour l’État

FinancesLes comptes 2018 se soldent par un excédent de 590 millions.

«C'est une situation financière solide qui permet de voir venir», se félicite Pascal Broulis, conseiller d’État responsable des Finances.

«C'est une situation financière solide qui permet de voir venir», se félicite Pascal Broulis, conseiller d’État responsable des Finances. Image: Jean-Bernard Sieber

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À l’approche de la présentation des comptes de l’État de Vaud, la question n’est pas de savoir si le résultat sera positif ou négatif. Les interrogations se portent plutôt sur l’ampleur que prendront les «écritures de bouclement» afin de camoufler un tant soit peu l’excédent. Mardi, le chef du Département des finances a annoncé un surplus de revenus de 87 millions pour les comptes 2018. Auxquels il faut additionner un demi-milliard, 503 millions précisément, d’opérations de bouclement. Soit un excédent réel de 590 millions.


Lire l'édito: Sincérité budgétaire et excédents comptables


Il s’agit du quatorzième exercice comptable consécutif qui se conclut par des résultats positifs pour l’État de Vaud. «Une situation financière solide qui permet de voir venir», a commenté Pascal Broulis, responsable des Finances du Canton depuis 2002. Mais le conseiller d’État observe aussi «une croissance plus importante des charges que des revenus». Comme chaque année, les incertitudes qui planent sur le Canton sont énumérées: Brexit, marchés boursiers fluctuants, votations sur la réforme fiscale etc.

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Recettes sous-estimées

Les revenus du Canton atteignent 10,36 milliards, soit 827 millions de plus par rapport à ce qui était planifié au budget. Cela représente un différentiel de 8,7%. «Cet écart s’explique pour plus de la moitié par l’augmentation des revenus fiscaux», précise le Conseil d’État dans son communiqué de presse. Par rapport aux comptes 2017, la croissance des recettes de l’impôt est de 1,8%. Les dépenses courantes de l’État augmentent, elles, de 269 millions en comparaison à 2017. Soit une hausse de 2,9%. Pour ses «écritures de bouclement», le Conseil d’État a choisi, cette année, de préfinancer l’innovation médicale et des outils numériques dans le domaine de l’enseignement. Mais le gros des «écritures», ce sont des «amortissements non planifiés» ou des «remboursements d’emprunts échus» contractés par des établissements médicosociaux.

Le Conseil d’État observe encore une «légère croissance de la dette». Celle-ci s’établit à 875 millions. «Cette progression provient principalement de la recapitalisation de la Caisse de pension (CPEV) et du volume des investissements», écrit-il. Au sujet de la CPEV, l’État versera une dernière tranche de 320 millions en 2019. Il aura ainsi terminé cette recapitalisation de 1,44 milliard entamée en 2013.

Comme à l’accoutumée, les deux partis gouvernementaux ont réagi aux résultats de ces comptes par voie de communiqué. La rengaine est la même que les années précédentes. Le PLR salue les comptes positifs mais s’inquiète «d’une hausse non maîtrisée des dépenses sociales». Alors que le PS voit le «signe d’une excellente gestion financière» dans ces comptes 2018. Les alliés Verts, s’étonnent que l’État n’investisse pas plus dans le climat.

La critique qui vient des partis non gouvernementaux est plus virulente. «Cet excédent devrait être investi dans les secteurs de l’État qui sont sous-dotés comme la santé ou le développement des transports publics», estime Hadrien Buclin, député d’Ensemble à Gauche. L’UDC dénonce la hausse des charges dans le social. Une «fâcheuse tendance du gouvernement à majorité de gauche à mettre ainsi la santé financière du canton en péril.»

Créé: 12.04.2019, 06h38

Une santé qui fait pâlir les Communes

La santé financière de l’État interpelle les Communes. Prises dans leur ensemble, elles afficheront probablement une nettement moins bonne situation. C’est du moins l’analyse de Gianni Saitta, secrétaire général de l’Union des communes vaudoises. Dans un récent article, il démontre que l’écart se creuse («24 heures» du 28 décembre). Villes et villages enragent. Bon nombre d’élus accusent Pascal Broulis de noircir le tableau cantonal pour justifier sa pingrerie au moment des négociations. Dans le «tableau de bord de l’État de Vaud» établi par Statistique Vaud, on peut lire que les «engagements nets» de l’État, c’est-à-dire l’argent qu’il doit, sont devenus négatifs depuis 2015. Ils culminent à plus d’un milliard (1,108). En clair, les sommes d’argent dues par l’État (aux entités externes comme les banques) sont inférieures aux sommes d’argent qu’on lui doit (prêts octroyés, impôts à encaisser).

Pourquoi le grand argentier persiste-t-il alors à parler de la dette de l’État, qui aurait même augmenté en 2018? Y a-t-il «malhonnêteté intellectuelle», comme le dénoncent les plus remontés? Pour Gianni Saitta – économiste, spécialiste en finances et gestion publique, mais pas politicien – ces éléments peuvent être discutés, voire devenir «discutables»… Pour bien analyser ces ratios, notamment le rapport entre les dettes et les créances, «il s’agit avant tout de savoir ce qu’ils représentent, quels sont les éléments qu’ils contiennent et donc pourquoi ils varient dans le temps». Par ailleurs, poursuit-il, il ne faut pas perdre de vue qu’il y a toujours matière à interprétation, en fonction du modèle comptable qui dépend lui-même de choix politiques. Quant à la fortune supposée des collectivités publiques (actions, terrains, bâtiments locatifs, etc.), elle ne peut être certaine qu’au moment où ces éléments sont vendus, c’est-à-dire pratiquement jamais.

Lise Bourgeois

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